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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #ETUDES HISTORIQUES SUR LIEUX SAINTS

NOTRE-DAME DE ROMAY

ET LES SOUVENIRS QUI S'Y RATTACHENT

PAR

L'ABBÈ BARN

CHANOINE HONORAIRE D’AUTUN ET DE ROUEN

CURÉ-ARCHIPRÊTRE DE LA BASILIQUE

DU SACRE-COEUR DE PARAY- LE- MONIAL

NOTRE-DAME DE ROMAY

CHAPITRE IV

I

FONDATIONS A LA CHAPELLE DE ROMAY

Doux monuments restent debout, nous l'avons vu, pour attester la liante antiquité du culte en l'honneur de la Sainte Vierge à Romay : la chapelle, dont, la construction la plus ancienne rappelle le XIe ou le XIIe siècle et la Madone actuelle que les iconographes les plus compétents nous autorisent à dater du XIIIe.

A côté de ces témoins lapidaires, il en est d'autres, non moins affirmatifs du grand renom qui s'attache à ce lieu de prédilection. Ce sont quelques documents relatifs à des fondations de messes, soustraits par hasard aux injures du temps et à la fureur des révolutions. La paroisse de Para y se signale pendant une période d'environ six siècles, par la multiplicité de ses fondations religieuses de toutes sortes, depuis les premières fondations du Mépart de Notre-Dame, jusqu'à la suppression du culte catholique, en 1792 comme le prouvent une foule d'actes notariés[1]. On rencontre très fréquemment, dans les testaments des fondations de messes à l'église paroissiale de Notre-Dame et de son annexe Saint-Nicolas, à la chapelle de l'hôpital, à l'église des Bénédictins et aux antres chapelles ; fondations de messes et de prières pour les Trépassés; fondations de processions dans la ville avec stations aux chapelles des Communautés religieuses; fondations enfin en faveur des Confréries du Saint-Sacrement, du Rosaire, de Sainte-Anne et de Saint-Eloi.

La plus remarquable est celle des Confrères du Saint-Sacrement, faite le 4 avril 1664, en l'église Saint-Nicolas, pour la procession du jeudi absolu[2] moyennant une rente annuelle et perpétuelle de six livres tournois à la charge des choses suivantes : savoir « que, les sieurs curé, prêtres et sociétaires seront tenus de faire une procession autour de la  ville, revêtus de chappes, un cierge allumé en main ; et en cet ordre, suivis des confrères du Saint-Sacrement, faire station en toutes les églises de la ville, desquelles sera exposé le Saint-Sacrement et pendant la procession, les sieurs curé et sociétaires chanteront à haute voix le psaume Miserere mei, Deas, secundum magnam misericordiam tuam et le reste avec tel verset et répons qu'ils adviseront bon estre; et en chacune des stations, une antienne en l'honneur du Saint Sacrement de l'autel, la procession « commençant à sept heures du soir immédiatement ; « le tout pour obtenir, par les confrères et autres assistants à la procession, miséricorde de leurs péchés « par le mérite de la Passion de notre Sauveur[3]. » Suivent les signatures de dix-neuf officiers et confrères du Saint-Sacrement et six signatures de prêtres sociétaires. Pour ce qui regarde Romay, l'histoire et la tradition sont muettes sur l'exercice du culte dans la chapelle jusqu'aux deux tiers du XVIe siècle. Mais alors, un document, tombé entre les mains de M. Cucherat au moment où il allait être détruit, nous révèle l'existence de fondations de messes à Romay aussi bien qu'à Paray.

« J'ai sous les yeux, dit M. Cucherat  un parchemin du 1l novembre 1575, qui fonde des messes à la chapelle de Romay. » — Il donne ensuite, dans le style et l'orthographe du temps, la partie importante de cet acte authentique, dont voici les passages les plus intéressants pour l'histoire du sanctuaire de Romay :

« Par devant Sébastien Chassepot de Paray, notaire royal et présents les témoins souscrits, maître Jehan Quarré, prêtre, curé de l'église parochiale  de Notre-Dame de Paray — (viennent les noms de six prêtres « du Mépart)... tant en leur nom que pour et au nom des autres vénérables absents pour lesquels ils se font fort et promettent de les faire consentir, d'une part,  et  honorable femme. Mathie Mangonneaud, veuve de Jean Bouillet du Faubourg, d'autre part, sans contrainte, font entre eux les fondations, dotations,  promesses, obligations et autres choses cy-après écrites, savoir est que les vénérables et leurs successeurs en ladite église, pour toujours, et généralement promettent à Mathie Mangonneaud, présente, stipulante, et acceptante, pour elle et les siens de dire et célébrer chacun pour et à l'intention de ladite Mathie et de son dit feu mari pour le remède et salut de leurs âmes et de leurs parents et amis vivants et trépassés chaque samedi de chaque semaine, depuis le premier samedi du mois de mars, jusqu'au samedi  prochain après la Notre-Dame de septembre, en la chapelle de Romay, une grand'messe de Notre-Dame, où seront tenus d'assister cinq prêtres associés, celui qui dira la messe et quatre pour répondre à ladite messe..... Notez qu'elle transporte et revêt aux vénérables prêtres et qu'elle leur a livré la somme de six vingt, quatre livres, seize sols huit deniers, que les vénérables placeront en rentes à gens solvables, afin de servir au divin service pour payer chaque fois à celui qui dira la grand-messe à Romay, deux sols tournois et pour chaque chantre douze  deniers et rien quand les vénérables manqueront de dire et faire le divin service, lesquelles distributions seront alors données aux pauvres. » Une telle fondation, unique dans son genre, donne la plus haute idée de la piété envers Notre-Dame de Romay de la part, de la digne fondatrice et des prêtres qui l'acceptent, lorsqu'on sait que la chapelle est à deux kilomètres de Paray et que l'abord en était alors assez difficile. Il est à présumer que ces samedis-là, les paroissiens de Paray et autres lieux environnants remplissaient la chapelle ; car il devait certainement entrer dans les intentions de la fondatrice de développer de plus en plus, à Paray et dans la contrée, la dévotion à la bonne Dame de Romay, comme le prouve le choix du jour et celui du lieu.

Voici que nous trouvons dans un acte public une autre fondation non moins intéressant»; et non moins ancienne. Vers 1584, la fête de sainte Anne, mère de la Sainte Vierge, qui jusqu'alors, n'était célébrée que dans les églises particulières, fut étendue à l'Église universelle. Les habitants de la ville d'Apt, où repose le corps de sainte Anne, établirent une confrérie en son honneur dès le milieu du XVIe siècle ; et.pendant les guerres de religion, ils durent à la protection de sainte Anne d'échapper à deux reprises aux pillages et aux dévastations des huguenots et particulièrement à la fureur du terrible baron des Adrets. Ce serait vers cette époque, ou peu de temps après, que fut établie, dans l'église Saint-Nicolas, la Confrérie de Sainte-Anne, pour-la paroisse de. Paray, d'après le témoignage de M. Barriquand, ancien curé de Saint-Vincent-les-Bragny, près Paray. Cet ecclésiastique a eu entre les mains, pendant plusieurs années, le registre de cette Confrérie, dont nous avons parlé. Il le tenait de M. Farges, ancien curé de Paray. à titre d'héritier de sa bibliothèque[4]. Il le prêta à M. Cacherat, avec recommandation de le remettre aux archives de la paroisse, après l'avoir consulté. A la mort de M. Cucherat, on ne l'a pas retrouvé, malgré toutes les réclamations et recherches que nous avons faites dans sa bibliothèque.

Dès l'origine, cette Confrérie organisée en corporation et formée des menuisiers, des tisserands et des canabassiers[5] bien qu'elle soit fondée à l'église paroissiale, témoigne de sa prédilection pour la chapelle de Romay et elle se continue jusqu'à la Révolution. Un conflit s'éleva, sous l'administration de M. Jean-EIéonor Bouillet, entre les prêtres sociétaires et les confrères de Sainte-Anne. C'est à celle circonstance que nous devons la révélation de la fondation qui nous occupe. Les prêtres de Saint-Nicolas se plaignaient que les charges des fondations de la Confrérie étaient très peu récompensées. Ces confrères répondaient que, de temps immémorial, les prédécesseurs des réclamants avaient accepté ces charges par plusieurs contrats en leur possession, sans-compter ceux qui s'étaient perdus par le temps et le changement des officiers de la Confrérie. L'affaire était pendante en l'officialité d'Autun depuis quelque temps; Elle donna raison aux curé et sociétaires. Pour éviter les frais d'un procès long et coûteux, les confrères consentent à augmenter la rente annuelle et « obligent, (c'est-à-dire engagent) hypothécairement, à cet effet, tous les biens présens et advenirs de ladite Confrérie, moyennant quoi, les sieurs curé et sociétaires seront tenus à l'aire dire, et célébrer les services, messes et autres oeuvres pieuses cy-après exprimés pour le salut des âmes des confrères île Sainte-Anne.  Diront les vigiles des morts et les vêpres ci complies, tout consécutif et à haute voix, en la chapelle de Notre-Dame de Romet, la veille du jour de sainte Anne, et après ils diront le Libera me. Le lendemain, jour de la fête de sainte Anne, ils psalmodieront les Matines et chanteront le Te Deum et Laudes et, à haute voix, une grand'messe des défunts à diacre et sous-diacre, en l'église Saint-Nicolas, et la prose propre, ensuite de quoi, ils psalmodieront Prime, Tierce, Sexte et None ; le même jour de sainte Anne feront la procession de l'église de Saint-Nicolas à la chapelle de Romet, où étant arrivés, ils y célébreront une grand'messe du jour à diacre et sous-diacre, revêtus de tuniques de damas de couleur verte, appartenant à ladite Confrérie, avec une chasuble de la même couleur. Le même jour de la fête diront les vêpres et complies à haute voix et un Libera me pour les défunts à la fois, (tous) aussi dans ladite chapelle de Romet, et le lendemain de la fête, ils diront en l'église paroissiale de Notre-Dame (du cimetière) un nocturne des Morts et Laudes, avec une grand'messe de Requiem, etc., « etc. »

L'acte du 14 septembre porte la signature de M. Bouillet, curé, et de onze prêtres sociétaires, d'une part, et de quatorze confrères de Sainte-Anne, d'autre part. Les uns et les autres signent, tant en leur nom qu'au nom des absents.

Par cette fondation, on peut juger de l'antiquité de la Confrérie et de sa dévotion à Notre-Dame de Romay, puisqu'il est dit que les fondations sont établies de temps immémorial.

Ces fondations n'étaient pas les seules et les messes particulières devaient être nombreuses. Ce qui expliquerait, peut-être, la création de l'ermitage de, Romay, avec autorisation épiscopale, à la demande des autorités administratives. Le service établi à la chapelle de Romay fut confié, non pas à un prêtre de Paray, mais à un religieux. D'abord tout alla bien. Ensuite survint l'ère des difficultés. L'ermite habitait un petit logement contigu à la chapelle. Mlle Etienne Belriant, veuve de M. Pierre Quarré, revendiqua devant la justice la jouissance de, l'habitation et du jardin au Frère Fournier, canne de la ville et du couvent de Chalon-sur-Saône, successeur de défunt. P. Penin, religieux bénédictin. Dans une déclaration sous seing privé du 12 février 1668, l'ermite reconnaît que la résidence, qu'il fait dans la maison, joignant ensemble un jardin, lui a été accordée, par M. Pierre Quarré, parent du précédent, prêtre sociétaire au Mépart de Paray, pourquoi et moyennant quoi, il s'engage à dire par année quatorze messes à voix basse pro defunctis pour les membres de la famille[6].

L'ermite n'avait pas cette fondation à sa charge, on le devine bien. Avec un service régulier comme celui-ci, la population catholique devait se porter à Romay avec d'autant plus d'empressement que les calvinistes s'acharnaient à combattre le culte de la Sainte Vierge par leurs critiques et leurs moqueries stupides.

Une pièce, découverte aux archives de Saône-et-Loire, par M. P. Muguet, curé-archiprêtre de Sully, nous permet de suivre jusqu'en 1791 la dernière trace des fondations de messes à Romay. Voici ce que nous écrit M. le chanoine Muguet, le. 4 novembre 1896 : « En mai 1791, une certaine tolérance, de courte durée, fut laissée aux prêtres insermentés. Dans les paroisses ayant, plusieurs églises ou chapelles, une chapelle leur fut désignée pour célébrer la messe, administrer les sacrements à leurs adhérents et faire les fonctions de Vrai pasteur. Seulement cette église ou chapelle, devait porter une inscription indiquant sa destination particulière. A Paray, la chapelle, laissée au culte catholique romain fut celle des Ursulines (présentement la chapelle des religieuses du Saint-Sacrement. Voici l’inscription placée sur le frontispice : Eglise pour les catholiques, apostoliques, romains. »

On appelait : non conformistes, les vrais catholiques.

Dans les communes n'ayant qu'une église, la liberté fut donnée aux non conformistes de célébrer la messe en celle église, mais seulement une messe basse, non sonnée et à l'heure consentie par le curé intrus. Les chapelles de Romay et de Saint-Roch furent fermées et l’église de Saint-Nicolas devint l'église de M. Verneau et de ses adeptes. Or, l'abbé Delucenay. vicaire de Paray, après avoir refusé de prêter le serment sacrilège, demanda l'ouverture de la chapelle de Romay, ainsi que de la chapelle de Saint-Roch, pour y célébrer des messes fondées, lie digne prêtres d'une famille très honorable et très chrétienne de Paray, voulait remplir jusqu'au bout les charges de messes qui lui incombaient.

Voici la pièce qui fait connaître la demande de M. Delucenay :

District de Charolles, du 2 août 1791, séance du matin.

« Vu le mémoire présenté en premier lieu au Directoire du département de Saône-et-Loire de la part du sieur Jacques Lucenay[7], ci-devant vicaire à Paray, et ensuite renvoyé au Directoire de ce district par celui dudit département, d'après l'arrêté de celui-ci en date du 28 juillet dernier, ledit mémoire aux fins de faire, ordonner l'ouverture de la chapelle de Romay et de, celle de Saint-Roch, si toutefois elles sont considérées comme oratoires nationaux, ainsi que l'ouverture des portes de l'église principale et paroissiale de Paray dont on lui refuse, l'entrée. Les administrateurs composant le Directoire du district de Charolles, le procureur syndic, ouï, arrêtent que ledit mémoire sera communiqué tant à MM. les officiers municipaux de Paray qu'à M. Verneau, curé dudit lieu, à l'effet, de fournir leurs observations et réponses sur icelui pour icelles être rapportées au Directoire et être donné tel avis qu'il appartiendra sur la pétition du sieur Jacques Lucenav. »

Quel fut le sort de celle démarche? Les archives de la municipalité n'en font point mention. C'était, alors le règne, de l'arbitraire. Il est probable qu'elle n’eut pas de suite. Bientôt, toutes les fondations quotidiennes, hebdomadaires, annuelles et perpétuelles disparurent pour toujours.

Dieu, qui récompense la plus petite de nos bonnes actions, aura tenu compte aux pieux fondateurs de leurs intentions en leur appliquant à eux et à leur famille, les mérites des sacrifices accomplis par toutes, leurs œuvres religieuses.

Depuis le-Concordat, de nouvelles fondations, autorisées et protégées par l'Etat ont été faites par les familles, animées d'un profond sentiment de loi à l'efficacité du saint sacrifice de la messe. On se demande avec inquiétude, en ce moment, si un nouvel orage ne les détruira pas un jour ou l'autre. Quoi qu'il arrive, nous avons la certitude que la Providence saura y pourvoir.

 

[1] Autrefois, un notaire était spécialement chargé des actes ecclésiastiques. Il se nommait notaire royal et apostolique. [2] Le Jeudi-Saint se nommait alors jeudi absolu jeudi blanc ou encore le grand jeudi.[3] Nous découvrons là les premières processions aux flambeaux, que les pèlerins du Sacré-Cœur pratiquent fréquemment à Paray, à notre époque.[4] M. Farges l'avait découvert dans une maison de Paray. La mère de famille qui le possédait, voyant que M. le Curé attachait du prix à ce manuscrit illisible pour elle, le lui donna de grand cœur ; mais, comme cette femme n'était pas riche, M. Farges lui fit accepter cinq francs. En quittant Paray, il ne s'en dessaisit point, et l'emporta à Saint-Laurent-en-Brionnais, son nouveau poste.[5] Ganabassior, marchand de chanvre, ou de toile de chanvre; vieux mot encore usité à Lyon (Larousse illustré).[6] Notice historique et généalogique sur la famille Quarré, de Bourgogne, pages 131 et 132. — Lyon, imprimerie X. Jevain, 1893. — Cet ouvrage, très bien documenté, nous fut donné par l'auteur II. Quarré de Verneuil, grâce à la bienveillante entremise de Mlle Hedwige Quarré de Verneuil.[7] (1) La haine pour la particule était telle que le demandeur qui se nommait Delucenay, tout d'un mot, est désigné sous le nom Lucenay, par altération de son vrai nom Delucenay, sans séparation de la particule.


II

DOCUMENTS RELATIFS A ROMAY

En dehors des fondations de messes respectées par le temps, les documents intéressant l'histoire de Romay et de son sanctuaire sont assez rares. Toutefois nous pouvons en grouper quelques-uns sous le titre ci-dessus.

Romay, village situé sur les confins dos communes de Paray et de Volesvres, dépendait jadis de la seigneurie de Paray laquelle appartenait à l'abbaye de Cluny ainsi que l'attestent les archives de plusieurs familles de ce pays. Les actes antérieurs au cadastre parcellaire du commencement du siècle dernier portent que la chapelle de Romay est située sur la commune, de Volesvres. Depuis ce temps-là le registre cadastral délimite les doux territoires par le chemin tendant de Bord, hameau de Volesvres, au moulin de Romay, sur la Bourbince. La chapelle et les deux domaines, échus en héritage à Mlle de Carmoy, épouse de M. le marquis de Marguerie, font seuls partie de Paray-le-Monial. Tout le groupe de maisons de gauche est de Volesvres. Au Moyen âge, le système féodal reconnaissait à une terre deux propriétaires, l'un possédant le domaine éminent, nul en pratique, et l'autre ayant le domaine utile. On sait aussi qu'il y avait alors des domaines, des bois, etc., relevant des seigneuries, sans appartenir aux seigneurs.

Ceci établi, étudions ces témoins du passé. Le premier document relatif à la seigneurie de Paray remonte à 1197. C'est un règlement fait par l'abbé de Cluny. Il contient les émoluments et les charges de la prévôté de Paray. Romay avait sa prévôté à part comme on peut en juger par ces lignes extraites de la Généalogie de la famille Quarté, page 134 : le 6 janvier 1625, le R. P. Dom d'Arbonze, abbé de Cluny, s'appuie sur le terrier de la Prévôté de Romey, page 6 pour déclarer que la maison joignant la chapelle de Romay appartient à Denis Quarré, comme bâtie par ses auteurs. Dès, lors cessèrent les réclamations des habitants de Paray. La chapelle seule restait leur propriété.

Comment cette chapelle, construite en la terre seigneuriale de l'abbaye de Cluny, passa-t.-elle dans la suite aux habitants? Etait-ce par une vente en règle, ou par une donation absolue ou conditionnelle ? Question embarrassante pour l'historien. Le fait existe réellement, comme le prouvent plusieurs procès entre, les habitants de Paray et la famille Quarré, mais rien de, plus. Toutefois, nous constatons que les prêtres du Mépart apparaissent en pleine jouissance du sanctuaire, qu'ils y célèbrent la messe, qu'ils y reçoivent des abjurations de calvinistes et qu'ils bénissent la cloche, etc., de 1575 à 1600.

L'acte de cession de la chapelle par les Bénédictins à la ville de Paray est introuvable. Pour faire un peu de lumière sur ce point obscur, force nous est de procéder d'abord par raisonnement et ensuite par analogie. Au lecteur le soin d'accepter ou de rejeter une opinion toute personnelle.

A un moment donné, les carrières de Romay, qui avaient fourni de la pierre pour les grandes constructions des moines et pour les habitations groupées autour du monastère, s'épuisèrent entièrement et lurent à peu près abandonnées. Les moines architectes, constructeurs, sculpteurs et le reste, devinrent alors de vrais ermites et s'enfermèrent entièrement dans la solitude, du cloître pour se livrer à la prière et au travail intellectuel.

L'oratoire de Romay perdait, donc pour les Bénédictins de Paray sa raison d'être. On ne pouvait songer cependant à le détruire. De là vint tout naturellement l'idée d'en faire don aux habitants, comme dans la suite, on donna la chapelle, de. Saint-Roch à l'administration de la ville. Les habitants, en acceptant cette donation, durent prendre certains engagements pour l'entretien de la chapelle et la continuation du service religieux. Il est à présumer qu'ils se réservèrent certains droits sur les fondations et les revenus. La preuve se trouve dans la déclaration de M. Bouillet, curé de Paray. Il découvrit, en prenant possession de la chapelle, que le revenu en était considérable, mais qu'il n'en jouissait pas parce qu'il était absorbé par les familiers du sieur Buez, abbé de Cluny.

Lorsque le service de la chapelle passe aux ermites successifs, c'est à la demande des habitants administrant la ville de Paray et avec l'autorisation de Mgr l'Evêque d'Autun.

Après quelques années, des démêlés sérieux éclatent entre les propriétaires voisins de la chapelle et l'ermite. Il est manifeste qu'on cherche, à l'éloigner. Faut-il voir dans le conflit l'influence des Mépartistes ? Peut-être cette ingérence étrangère finit-elle par porter ombrage au Mépart. Une scène peu édifiante de pugilat entre l'ermite et un prêtre du Mépart le ferait supposer. Le fait nous est révélé par un procès-verbal de visite épiscopale où l'Evêque d'Autun s'informe si le prêtre agresseur s'est fait relever de l'excommunication encourue en frappant l'ermite de Romay. Au contraire, les administrateurs, appréciant les services de l'ermite, adressent, vers 1668 à l’autorité diocésaine, une requête tout en faveur du pauvre ermite battu. On peut lire, aux Archives de Macon, cette requête des échevins et de quelques bourgeois de Paray à Mgr l'Evêque d'Autun, à l'effet d'obtenir que le R. P. Isaac de saint Jean-Baptiste, prêtre religieux, profès de l'Ordre des Carmes de Chalon-sur-Saône, desservant la chapelle de Romay et y résidant, avec la permission de Mgr l'Evêque d'Autan, soit maintenu dans cette fonction.

Notre opinion sur la cession de la chapelle aux habitants de Paray par les Bénédictins s'appuie encore d'un autre exemple qu'il nous a été donne de découvrir récemment.

Un prieur claustral de Paray, Dom Vivien, mû de pitié par la fréquence des maladies contagieuses qui désolaient la ville et les environs de Paray, fit construire une chapelle aux lieu et place de la Croix-de-Boulery. Il mourut sans qu'elle fût livrée au culte. Elle échut à Monseigneur le prince de Conty, abbé, chef et supérieur général de l'abbaye et de tout l'Ordre de Cluny.

Les syndic et échevins de Paray, connaissant la dévotion des habitants à Messieurs saint Sébastien et saint Roch, depuis plusieurs années, adressèrent, en 1660, une requête à dom Rousset, prieur de Paray, en vue d'obtenir la chapelle qui était échue, aux Bénédictins de Paray par suite de la remise faite par le prince de Conty. Claude Rousset, prieur, y consentit, à condition que les syndic et échevins feraient une fondation en l'honneur de saint Sébastien et de saint Roch, ce que ceux-ci acceptèrent et exécutèrent. La fondation consistait à célébrer une messe à liante voix, avec diacre et sous-diacre le jour de la fête de saint Sébastien, 22 janvier, et le jour de la fête de saint Roch, 16 août.

Les administrateurs proposèrent la fondation aux prêtres sociétaires. Ils tombèrent d'accord sur la rente à fournir chaque-année aux sieurs curé et sociétaires, à la charge, par ces derniers, de faire une procession autour de la ville et de là à la chapelle, par le chemin le plus commode, et de célébrer la messe dans les conditions arrêtées. Et lorsque la rivière sera débordée et que les chemins seront impraticables, le service religieux se fera à l'autel de saint. Sébastien, en l'église Saint-Nicolas.

Du fait de la donation de celle chapelle aux habitants de Paray, dans la personne du syndic et des échevins, pour y fonder à perpétuité et y maintenir à jamais le service religieux, nous concluons par analogie, jusqu'à preuve du contraire, que l'oratoire du Val d'Or fut transmis par les Bénédictins, de, cette façon, aux administrateurs de la ville de, Paray, afin de pourvoir au culte, de concert avec Mgr l'Evêque d'Autun, mais sous bénéfice de certaines réserves sur les renies et fondations de cette chapelle.

Deux grandes causes vinrent entamer successivement, les revenus du prieuré de Paray. Premièrement, les dépenses incalculables de l'agrandissement de l'église au XIVe siècle ; deuxièmement, le pillage de l'église et du monastère par les huguenots au XVIe siècle.

Dès lors, les Bénédictins cédèrent à des propriétaires voisins une partie de leurs immeubles pour faire face aux dépenses, La terre de Romay apparaît séparée de la seigneurie de Cluny au commencement du XVIe siècle. Elle est constituée en fief noble. Les acquéreurs prennent d'abord le titre de sieurs de Romay et dans la suite, celui de seigneurs de Romay, sans réclamation des abbés de Cluny, seigneurs de Paray.

Pierre Quarré, sieur de Romay, troisième du nom, cinquième fils de Pierre Quarré de Château-Regnault et de Jeanne de Thésut, est qualifié de bourgeois de Paray dans les titres de 1470. Il acheta le fief noble de Romay près Paray, de Roubert de Villaines[1], ainsi qu'il appert du bail passé le 12 février 1525, par Jehan et Pierre Quarré, ses fils, à Guillaume Ravoulet, par acte reçu par Barthélémy Jacquand, prêtre, notaire public de la ville de Paray. Pierre Quarré fait successivement des acquêts à Romay, tels que la moitié d'une grange et d'une pièce de terre, sise au finage de Romay. Ses fils, Jehan et Pierre Quarré frères, passent bail à Antoine Pommier et Jeannette sa femme, de leurs grangeries de Romey et Mareschal [2], se réservant les tours, murs et aisances joignant à icelles qui fut du meix de Romey, provenant de Roubert de Villaines, Claudine Quarré, dame de Romey, épouse de François Bouillet de l'Heurtière ou Loretière, hameau de Saint-Vincent-lès-Bragny. Dans le partage de ses biens, ses enfants relâchèrent le domaine de Romey, la vigne et les dépendances, à Claudine Quarré, leur mère, pour ses biens propres, droits et avantages patrimoniaux, par acte du 16 octobre 1646 devant Chanfray, notaire à Paray. Dans ces documents, tirés de la Notice historique et généalogique de la famille Quarré, il n'est plus question des Bénédictins.

Pour ne laisser perdre aucune tradition du culte de Marie à Paray et à Romay, nous reproduisons l'extrait suivant d'une délibération administrative « 1641-1642, délivrance faite par les échevins des réparations du pont de Bord sur la Bourbince et de la construction de celui qu'il est besoin de faire sur les fossés qui sont proches de l'arbre de la Vierge, sur la levée de Romay ». Que faut-il entendre par ces mots? Cet arbre avait, donc une certaine importance pour être mentionné dans une pièce administrative très authentique. La tradition orale dont nous recueillons les derniers échos va nous l'apprendre. Légende ou histoire, elle mérite de fixer l'attention. On désignait anciennement sous le nom de levée de Romay, le monticule parlant de l'étang du Prince[3] et se poursuivant jusqu'à Survaux. Le chemin, transformé en une route de Charolles[4], était bordé par de larges fossés et deux lignes d'arbres. L'un d’eux laissait voir, dans l'épaisseur de son écorce la forma très exacte d'une statuette dans une niche. Le phénomène était si frappant aux veux de tous, qu'on voyait les moins croyants se déranger pour le constater et en exprimer leur étonnement.

Dans tous les alentours, il n'était question que de l'arbre de la Vierge. En allant à Romay, les habitants de Paray faisaient station au pied de l'arbre. Les mères et les enfants s'agenouillaient au pied de la statuette pour y prier. On rapporte que la forme, de la niche et de la statuette n'était pas encore entièrement déprimée, lorsque l'arbre vint à périr de vétusté. Si, en 1641-1642, l'arbre s'appelait déjà l'arbre de la Vierge, on est en droit de conclure que le fait remonte plus haut. C'était l'époque où disparut la vieille statue de pierre de la chapelle de Romay enfouie en terre, pour la soustraire à l'impiété. Or, la Vierge formée dans cet arbre était assurément, un attrait qui dut entretenir la pieuse promenade, du dimanche et des fêtes à la chapelle de Romay[5].

Voilà comment, grâce au récit des vieillards, l'arbre de la Vierge, cité plus haut, a cessé d'être une énigme pour nous.

 

[1] Villaines, hameau de Volesvres.[2] Maréchal, hameau de Saint-Vincent, est un ancien fief de la baronnie de Digoine. Cette terre appartient à la famille Beluze-Magnin, ayant un pied-à-terre à Paray.[3] La maison de Mme Crastes est bâtie sur l'emplacement de cet étang. [4] Cette route, rectifiée depuis, n'est plus qu'un simple chemin dit de Survaux.[5] Depuis la réouverture de la chapelle en 1811, tes habitants de Paray. en se rendant à la chapelle, faisaient encore une station à l'arbre de la Vierge, rapporte la tradition.


NOTRE-DAME DE ROMAY
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