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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #ETUDES HISTORIQUES SUR LIEUX SAINTS

EXTRAITS DE LA MONOGRAPHIE

DE LA CATHÉDRALE DE CHARTRES.

PAUL DURAND

EXPLICATION DES PLANCHES.

PLANCHE 1.

PLAN DE LA CRYPTE.

Quoique dans la table in-folio des planches ce plan soit indiqué sous le n° II, nous croyons devoir commencer par lui notre description, parce qu'il représente le fondement sur lequel repose tout l'édifice, et parce que ces parties inférieures et souterraines, plus anciennes que l'église haute, ont eu une grande influence sur les dispositions de celle-ci. C'est là, en effet, que se trouvent des restes considérables des fondations de la cathédrale antérieure à celle qui existe aujourd'hui et dont nous avons à nous occuper; c'est là que l'on peut étudier diverses questions d'antiquité et de construction qui ont déjà exercé la sagacité des antiquaires, et qui cependant sont restées obscures. Longtemps encore, probablement, les archéologues seront embarrassés pour expliquer certaines difficultés sur lesquelles on est loin d'être d'accord[1].

Il est à regretter que ce plan ne porte aucun signe, aucune marque, ni chiffres ni lettres, qui puissent servir de points de repère à celui qui l'examine ou à celui qui veut le décrire. Faute de ce secours, il nous sera difficile de nous faire comprendre facilement ; nous serons obligés de revenir à plusieurs reprises sur les mêmes points et d'entrer dans de fastidieuses explications. Que le lecteur veuille bien nous pardonner ces redites indispensables.

Jetons d'abord un coup d'œil général sur l'ensemble de cette planche.

Les parties blanches indiquent les vides, et les parties teintées celles remplies par des maçonneries ou par le terrain. Il sera bon de faire cet examen, en ayant en même temps sous les yeux la planche II, ou le plan au niveau du sol.

Il est indispensable, avant tout, de bien se représenter la forme de la crypte du 11ième siècle, parce que son plan a déterminé d'abord celui de l'église supérieure bâtie à cette époque, et, plus tard, a eu une grande influence sur celui de l'église du 13ième siècle.

Or, si nous faisons abstraction des constructions postérieures qui ont modifié cette église primitive, voici ce que nous trouvons : 1 ° Deux galeries latérales, partant des deux clochers situés à l'ouest; — 2° trois chapelles absidales, à l'est; les quatre autres sont du 13ième siècle; — 3° deux transepts; — 4° le martyrium ou confession, à l'extrémité orientale du terre-plein occupant le milieu de l'église; il est antérieur au XIe siècle.

Les deux massifs latéraux que l'on voit de chaque côté sont formés par les substructions des transepts de l'église du 13ième siècle ; comme ils n'existaient pas dans l'origine, aucune fenêtre de la crypte ne se trouvait obstruée, et l'intérieur de ce monument était .éclairé dans toutes ses parties, d'autant plus que le terrain avoisinant l'église s'est exhaussé par la suite des siècles.

Tel est, en résumé, l'ensemble de cette crypte, la plus grande que l'on trouve en France. Nous allons maintenant la suivre dans toute son étendue, ajoutant chemin faisant quelques réflexions sur les endroits intéressants et sur les particularités que nous rencontrerons.

L'escalier, d'une vingtaine de marches, partant au-dessous du clocher neuf (côté du nord), nous introduit dans la longue galerie qui suit le côté nord de l'église. A chaque travée, nous remarquerons des voûtes d'arêtes, sans nervures, reposant sur des pilastres engagés, fort peu saillants, terminés à leur partie supérieure par un tailloir extrêmement simple. Les fenêtres sont petites et en plein cintre. Ces caractères nous font reconnaître une construction du 11ième siècle, et sont conformes avec les documents historiques qui nous apprennent que l'évêque Fulbert fit bâtir cette crypte immédiatement après l'incendie de 1020.

La partie de cette galerie située au bas des marches est l'end roit désigné, dans les anciennes descriptions et sur les anciens plans, de la manière suivante : Lieux où demeurent les sœurs pour la garde des saints lieux.

Suivant l'historien Boulliard, « c'estoieit au commencement des hommes ecclésiastiques qui gardoient ce S. Lieu- lesquels couchoient  et levoient dans icelui et demeuroient en de petites chambres qui sont encores à l'entrée de la Grotte. Du depuis y furent mises des filles dévotes qui s'appeloient les filles des SS. Lieux-forts. A présent (1609) y a une seule fille, ou veuve dévote, qui a des servantes soubs elle, et gardent assiduellement ensemble les dicts - SS. Lieux, faisant leur perpétuelle résidence ès dictes chambrettes, dressées à cet effet. Elle est vulgairement nommée la Dame des SS. Lieux-fats, ou des Grottes, et a un fort beau revenu de fondation pour sa nourriture et entretenement. Aussi est-elle tenüe d'avoir le soing des orne mens de la dicte chapelle de Nostre-Dame, de fournir de tous ornermens, pour célébrer la messe, à tous les prebstres, quels qu'ils soient, qui vont chanter au dict lieu, de leur bailler pain et vin, et autres choses nécessaires à ce divin service. Je trouve par les anciennes chartres que les dictes personnes estoient commises à la garde des dictes Grottes aussi pour autres occasions, sçavoir : pour y recevoir les pellerins et malades qui y alloient en dévotion, comme on y ha toujours abordé de tous les coings du monde. Et, tant pour cette cause qu'autres jà dessus dictes, la dicte Grotte auroit été qualiifée l'hospital du S. Lieu-fort, comme appert par un tiltre du 3 octobre 1403, auquel sont nommées les sœurs du dict hospital en cette sorte : Perrine la Martinelle, Maistresse, Jehanne Laffîdée, Laurence la Verrière et Julliote la Herbert relie, sœurs de l'hospital du S. Lieu-fort, en l'église de Chartres. Cet hospital étoit pour recevoir les malades du feu sacré, qui couroit fort en ce temps-là, que l'on appeloit la maladie des ardents. Ces malades estoient retenus durant neuf jours pour faire leurs dévoctions, puis ils s'en retournoient guéris. »

Nous avons cité ces passages pour montrer l'importance que l'on attachait au sanctuaire de Notre-Dame-sous-terre, dont nous approchons. Il faut remarquer que les anciens auteurs emploient toujours l'expression de Grotte quand ils parlent de ce sanctuaire, ce qui est l'indice de traditions suivant lesquelles l'emplacement de la cathédrale était occupé par des grottes remontant à l'époque druidique. On ne trouve aujourd'hui aucun vestige de cette église souterraine.

Ces appartements, où demeuraient les sœurs pour la garde des saints lieux, étaient construits en bois ; ils se composaient d'une cellule à gauche et de six autres à droite. Il ne reste aujourd'hui presque rien de ces petites chambres, indiquées dans les auteurs anciens et figurées sur les vieux plans de la cathédrale, si ce n'est un système assez singulier de serrures et de petits guichets pratiqués dans les panneaux de la porte placée au bas de l'escalier, et qui indique qu'on ne pouvait pénétrer dans l'église souterraine, de ce côté, sans la permission de ces gardiennes.

Continuant à suivre notre route, nous passons devant les cinq fenêtres qui sont à gauche, en face desquelles sont des murs pleins, sans aucun ornement architectural. Dans l'une des premières travées, M. Lassus fit pratiquer une excavation horizontale d'environ deux mètres, s'enfonçant sous le sol de la nef de l'église haute ; on reconnut que c'était un massif de terre sans aucune construction ni excavation souterraine.

Après les cinq fenêtres dont nous venons de parler se trouve (à la sixième travée) une grande arcade ou porte, qui, avant le 13ième siècle, devait être une des entrées latérales de la crypte. Aujourd'hui, cette porte donne dans un corridor voûté, qui règne sous un des bas-côtés du transept nord de l'église haute et aboutit à un Escalier menant au dehors. Il faut remarquer que cet escalier est pratiqué dans l'épaisseur d'un contrefort, vice de construction qui est atténué par l'extrême résistance et par la dureté de la pierre dont la cathédrale est construite.

Après cette arcade on rencontrait, avant 185o, une grille et une porte en bois qui, au 17ième siècle, formaient la limite ouest de l'espace consacré dans la crypte au pèlerinage de Notre-Dame-sous-terre.

Les trois travées suivantes, la septième, la huitième et la neuvième, ont leurs fenêtres obstruées par l’emmarchement du porche septentrional; on aperçoit leurs contours sous l'enduit de maçonnerie et sous les peintures qui les recouvrent. Derrière la troisième de ces fenêtres bouchées il existe un corridor semblable à celui dont nous avons parlé un peu plus haut ; il est sans usage, et forme un souterrain ou une cave à l'usage de l'église.

L'endroit où nous arrivons ensuite n'a rien de particulier ni de remarquable sous le rapport de l'architecture. C'est à un autre point de vue qu'il mérite de fixer l'attention ; il a été pendant plusieurs siècles le point le plus important de l'église souterraine, parce que c'est là que se trouvaient le sanctuaire et l'autel du pèlerinage de Notre-Dame de Chartres, dont la statue était placée en ce lieu.

Remarquons d'abord que la dixième travée a subi une grande modification. Il y avait précédemment à cette place une fenêtre semblable aux autres; au 17ième siècle, le mur fut largement ouvert pour former une communication avec le dehors et donner accès au sanctuaire de Notre-Dame-sous-terre. Les architectes .qui firent ce changement laissèrent visible le haut de l'ancienne fenêtre. Plus bas, et sur les côtés, ils disposèrent la maçonnerie de manière à imiter une grotte taillée dans un rocher, afin de rappeler et de maintenir l'idée et le souvenir de la grotte druidique, dont on ne trouve cependant aujourd'hui aucun vestige dans la crypte, ainsi que nous l'avons dit.

En face de cette porte, et faisant aussi partie de la dixième travée, il y a un renfoncement pratiqué dans le terre-plein central : c'est la chapelle des Saints-Forts, Savinien, Potentien et leurs compagnons, premiers apôtres du christianisme dans cette partie des Gaules.

C'est dans la onzième travée que se trouvaient le sanctuaire et l'autel de l'antique pèlerinage de Notre-Dame de Chartres. Une tradition, dont l'origine se perd dans la nuit des temps, faisait remonter la statue de la Sainte Vierge tenant le divin Enfant sur ses genoux à l'époque druidique. Elle était accompagnée de la célèbre inscription : VIRGINI PARITVRAE rappelant la prophétie d'Isaïe : Ecce virgo concipiet et pariet filium. Pareille tradition existait en Orient : sur le mont Carmel, pays voisin de la Phénicie, il y avait, avant l'ère chrétienne, un antique sanctuaire dédié à la vierge qui devait enfanter et avec la même inscription.

Tout l'espace compris entre la septième et la onzième travée avait été orné avec beaucoup de luxe en l'année 1690. L'autel avait été refait et accompagné d'une balustrade en marbre, les murs revêtus de plaques de marbres variés et les voûtes enrichies de peintures, où, au milieu de rinceaux sur fond d'or, on voit encore des médaillons où sont représentées des scènes de l'ancien et du nouveau Testament.

Deux artistes chartrains, Nicolas Pauvert et Pierre de la Ronce, avaient exécuté les peintures, qui existent encore, quoique fort détériorées.

Quant aux marbres et aux autels de la Sainte Vierge et des Saints-Forts, ils ont été détruits à la fin du dernier siècle; mais la piété des Chartrains s'occupe depuis plusieurs années à rétablir ces lieux dans leur première splendeur.

Le musée de Chartres possède une ancienne et rare gravure du commencement du 16ième siècle qui donne une idée de l'ensemble de la décoration du sanctuaire de Notre-Dame-sous-terre tel qu'il était à cette époque.

Nous avons dit que la onzième travée contenait le sanctuaire et l'autel du pèlerinage. Le passage et la circulation auraient donc été interceptés si l'on n'eût pratiqué un couloir en perçant les murs sur le côté, comme nous le voyons sur cette planche. Nous suivrons ce passage, qui se courbe autour de l'autel et nous permet de passer derrière le mur transversal (non marqué sur notre planche) et de pénétrer dans la douzième travée.

Celle-ci, placée, comme nous venons de le dire, derrière le siège vénéré du pèlerinage, est aujourd'hui complètement obscure, parce que les constructions de la grande église du XIIIe siècle ont obstrué toutes les fenêtres. Cet endroit, et celui qui y correspond du côté du midi, ont subi de tels changements et de telles modifications, qu'il est fort difficile de se rendre compte de leur état primitif. Nous en sommes réduits à faire des suppositions, sans pouvoir rien établir de certain.

L'examen de ces parties, fait sur place, conduit à penser qu'il y avait ici un transept se reproduisant à l'étage supérieur dans la cathédrale du XIe siècle. Aujourd'hui cette partie carrée, dans laquelle est pris le corridor recourbé dont nous parlions tout à l'heure, est aménagée en caves et en magasins pour le service de l'église; il y a là aussi un réduit fort petit, entouré de murs qui lui sont propres, où sont percées des fenêtres garnies de barreaux de fer comme le cachot d'une prison.

Immédiatement après, à gauche, est une porte qui dans l'origine conduisait au dehors. Aujourd'hui, l'escalier que nous trouvons là conduit à d'autres caves et à des réduits du 14ième siècle, situés sous la grande sacristie, et à un second escalier menant à cette sacristie et au couloir par lequel elle communique avec la cathédrale.

Mais reprenons notre excursion sous terre. Nous voici arrivés maintenant à la partie semi-circulaire formant l'apside de la crypte.

La première chapelle, que nous rencontrons à gauche, est sous le vocable de sainte Véronique; elle sert aujourd'hui de sacristie pour le service de la crypte. C'est une adjonction construite au XIIIe siècle. Elle se trouve placée entre ce que nous regardons comme un ancien transept du XIe siècle et la chapelle suivante, qui est de cette même époque.

Les fenêtres sont grandes et en ogives; la voûte est renforcée par de grosses nervures carrées. Sur cette voûte et sur les murs sont des vestiges de peintures du 13ième  et du 14ième  siècle; elles sont fort détériorées, et les sujets ne peuvent plus se comprendre. On voit des hommes conduisant des chevaux encore assez visibles; sur des bandeaux tracés horizontalement on peut aussi distinguer des chevrons et des zigzags; sur les nervures, des cercles entrelacés; sur les voûtes, un semis de grandes fleurs de lis et de tours de Castille, et, au-dessus de l'endroit où se trouvait l'autel, un buste de Jésus-Christ bénissant, entre deux anges thuriféraires.

En face de cette chapelle, sur la droite du chemin que nous parcourons, il y a une porte par laquelle on descend dans une petite crypte plus basse et plus profondément enfoncée sous le sol.

Il faut examiner attentivement cet endroit. Il est très intéressant pour les archéologues, car c'est là que se trouvent les constructions les plus anciennes delà cathédrale, et tout porte à croire que plusieurs des murs de ce souterrain ont fait partie de substructions gallo-romaines appartenant à l'ancienne enceinte de la cité des Carnutes. Sur une portion notable de ces murs, la construction est en petit appareil accompagnée de bandes horizontales de briques larges et épaisses.

Ce caveau a été bien probablement le martyrium ou la confession des cathédrales qui ont précédé celle du 11ième siècle. Nous allons donner un aperçu des particularités qu'on y rencontre.

Il faut savoir d'abord que la porte par où nous venons de passer n'existait pas dans l'origine. On descendait dans cette petite crypte par l'escalier que l'on voit sur la droite de la gravure et qui communiquait avec le sanctuaire de l'église supérieure. Cet escalier et la porte que l'on rencontre vers le milieu de son parcours paraissent du 13ième siècle.

Il fut supprimé et muré dans sa partie supérieure lors des changements que subit le chœur de la cathédrale à la fin du siècle dernier. Au bas de cet escalier, à gauche, le pilier engagé dans le mur offre tous les signes d'une construction romane primitive; à sa partie supérieure est un tailloir orné de moulures feuilletées comme on en trouve dans les monuments du vine au 10ième siècle. Ce pilastre engagé, les deux piliers carrés isolés qui supportent la voûte, et la grosse colonne engagée qui est au milieu contre le mur ouest, sont attribués à une époque antérieure au 11ième siècle. On y remarque, en effet, un caractère architectonique qui n'existe qu'à cette époque. C'est une brique, quelquefois deux, placées verticalement çà et là dans l'appareil entre deux pierres de taille et accompagnées de joints fort épais. M. Alfred Ramé [2]a démontré que ces briques ainsi disposées n'avaient jamais été observées dans une construction postérieure ou antérieure au 10ième siècle, et que cette particularité, rapprochée de la forme particulière du tailloir, donnait ainsi la date précise de l'époque où avaient été construits les monuments qui offraient ce signe caractéristique.

Le mur plan devant lequel est la grosse colonne engagée est une construction gallo-romaine. II est formé d'une maçonnerie de moellons noyés dans du mortier, interrompue de distance en distance par des bandes de briques s'étendant horizontalement; cette construction peut remonter au 5ième ou au 6ième siècle.

Dans le mur circulaire qui est en face, du côté de l'est, sont creusées de grandes et profondes niches ou arcades en plein cintre, semblables à celles que l'on rencontre dans tous les monuments des époques primitives ; ce sont probablement des arcs de décharge.

Les voûtes et la partie supérieure des différents piliers de ce caveau ont été refaites à neuf et surhaussées dans le siècle dernier afin de leur donner une solidité capable de supporter le poids du nouvel autel et du groupe colossal de l'Assomption, placés dans le nouveau chœur de la cathédrale. Peut-être avant cette époque les piliers étaient-ils ornés à leur partie supérieure de sculptures, ou au moins de moulures, qui eussent pu nous fournir une indication précisant une époque d'une manière certaine. Ce caveau central, avons-nous dit, était le martyrium des cathédrales primitives détruites par les incendies ou par d'autres causes de ruine; mais cette ancienne destination était depuis longtemps tombée en désuétude, car la plupart des auteurs nomment cet endroit le Trésor.

De ce caveau central on passe, en allant à droite, dans un autre un peu plus petit, et l'on aperçoit en face, sur le côté ouest, un parement de mur où le petit appareil romain et les bandes horizontales de briques se montrent parfaitement conservés, ainsi que nous l'avons dit plus haut. C'est le seul endroit de la ville de Chartres où l'on voie ce système de construction, qui nous fait remonter peut-être jusqu'au 6ième siècle. Dans ce même caveau il y a une fosse où l'on ne peut descendre qu'à l'aide d'une échelle. C'était une cachette, où l'on pouvait, pendant les sièges ou les troubles si fréquents au moyen âge, déposer avec sécurité la Sainte-Châsse et les autres reliquaires précieux qui faisaient la richesse de la cathédrale et composaient le trésor de Notre-Dame. Cette fosse était alors recouverte d'une dalle, et l'entrée étroite qui nous introduit ici étant murée, il était bien difficile de pénétrer en cet endroit. Ce caveau communique aujourd'hui avec la crypte de Fulbert par la porte que nous avons prise pour y entrer, laquelle est située en face de la chapelle de Sainte-Véronique. Cette porte n'existait pas dans l'origine; les caveaux que nous venons de quitter n'étaient accessibles que par l'entrée donnant dans le sanctuaire de l’église haute.

Quand cette entrée fut supprimée par suite des travaux qui ont modifié le chœur, on perça grossièrement, par une trouée dans la muraille, le mur d'enceinte du martyrium afin de pouvoir y accéder; ce n'est que depuis quelques années, lorsque l'on fit ici une chapelle dédiée à saint Lubin, que l'on régularisa l'ouverture, que l'on plaça des marches et qu'on y adapta une grille qui puisse se fermer; mais, ne l'oublions pas, c'est une disposition entièrement moderne.

Reprenant la galerie circulaire, que nous avons quittée pour visiter le martyrium, nous trouvons après la chapelle de Sainte-Véronique (13ième siècle) une seconde chapelle dont la forme est différente. Elle est allongée, voûtée en berceau et terminée en cul-de-four; c'est une construction du 11ième siècle. Ses fenêtres sont petites et en plein cintre.

Au fond de cette chapelle, à gauche, il y a une très petite fenêtre qui est d'une époque antérieure; auprès on voit des briques debout dans les joints : c'est un reste d'une église antérieure. Les murs offraient, d'un côté, des scènes de pèlerins presque entièrement effacées et, de l'autre, des assises de pierre tracées en ocre rouge; on les a rétablies semblables il y a peu de temps, ainsi que les semis de fleurs sur la voûte, telles qu'on les voit sur la planche LXXII. Cette chapelle est aujourd'hui dédiée à saint Joseph.

La troisième chapelle, dite de Saint-Fulbert, est de celles ajoutées au 13ième siècle. Sa forme est polygonale; elle ne présente rien de particulier.

La quatrième chapelle, dédiée à saint Jean-Baptiste, est la chapelle qui se trouve dans l'axe de l'église; elle est du XIe siècle et semblable à celle de Saint-Joseph, dont nous avons parlé précédemment, et à celle de Sainte-Anne, que nous verrons tout à l'heure. Ce sont les trois chapelles faisant partie de la construction primitive; leur forme suffit sur le plan pour les caractériser et les faire reconnaître.

Entre la chapelle de Saint-Jean et la suivante on voit, au-delà de la cathédrale et plus à l'est, les parties inférieures de la chapelle de Saint-Piat, dont nous parlerons ailleurs.

La cinquième chapelle, dite de Saint-Yves, est du 13ième siècle, comme nous le reconnaissons à ses fenêtres en ogives, aux nervures de sa voûte et à sa disposition sur notre plan.

- La sixième est celle de Sainte-Anne; elle remonte au 11ième siècle, comme nous l'avons dit il y a un instant. C'est une des chapelles primitives.

La septième chapelle est la dernière de la partie absidale ; elle est du 13ième siècle, ainsi que nous le montrent ses fenêtres en ogives et ses autres accessoires de cette époque. Dans le coin, à droite en entrant, on trouve quelques vestiges d'une construction du 10ième siècle.

Ici finit la partie semi-circulaire de la crypte, et nous retrouvons, comme du côté opposé, une galerie droite, que nous allons aussi parcourir.

La première chose que nous rencontrons à gauche est une des entrées de l'église souterraine du côté méridional. La porte extérieure est ornée d'une arcade avec une décoration 'dans le style du 11ième au 12ième  siècle. Elle est accompagnée de deux colonnettes avec chapiteaux richement sculptés, surmontés d'un tore et d'une moulure garnie de dents de scie.


Vient ensuite un espace carré ayant formé, comme nous l'avons dit en parlant de l'autre côté, un transept primitif. Aujourd'hui, c'est la chapelle de Saint-Martin.

On a déposé dans cette chapelle les fragments de sculpture de l'ancien Jubé, détruit pendant le siècle dernier. Ce sont de précieux échantillons de l'art au 13ième siècle. Nous verrons plus loin (pl. XXXVII) les dessins et reproductions de plusieurs de ces fragments de la sculpture française au XIIIe siècle.

C'est dans cette chapelle aussi que se trouve un sarcophage mérovingien dans lequel avait été inhumé le corps de Chalétric, évêque de Chartres, mort au 6ième siècle (en 567).

On lit sur le couvercle du sarcophage une des plus anciennes inscriptions chrétiennes qui soient dans cette partie des Gaules :

+ HIC REQVIESCIT CHALESTRICVS EPISCOPVS CVIVS DVLCIS MEMORIA PRIDIE HONA; OCTOBRIS VITAM TRANSPORTAVIT IN COELIS

et sur laquelle on peut voir M. Edmond Le Blant, Inscriptions chrétiennes - de la Gaule avant le VIIIe siècle, I, p. 304 à 307.

Lors de la démolition de l'église de Saint-Nicolas-au-Cloître, portant aussi le nom de Saint-Serge et Saint-Bacche, on trouva sous le maître autel ce précieux et antique monument. Après avoir occupé divers emplacements, il fut déposé ici il y a une quinzaine d'années.

Continuant notre exploration, nous rencontrons plus loin, du même côté gauche, une chapelle carrée, disposée dans un endroit remanié à une époque assez rapprochée. C'est aujourd'hui la chapelle de Saint-Nicolas. Elle est en correspondance de symétrie avec l'escalier du côté du nord.

En face, sur le côté droit, dans le renfoncement qui pénètre dans le massif central, est la chapelle de Saint-Clément, où se trouve la peinture reproduite en chromolithographie sur la planche LXXI.

En cet endroit, nous rencontrons une barrière formée par une grille et par une porte en bois du temps de Louis XIII. Nous ne savons à quelle occasion elle a été placée là, car elle gêne la circulation dans les cérémonies qui se font sous terre.

Après cette porte il y a, à gauche, une piscine en pierre où l'on jette l'eau qui a servi à laver les linges de l'église. Au-dessus est une peinture à fresque du 12ième au 13ième siècle représentant la Nativité du Sauveur; Jésus-Christ, la Sainte Vierge et saint Joseph remplissent le tableau. Une petite draperie orne et complète cette peinture -dans le soubassement.

Viennent ensuite les fenêtres de l'église primitive, qui ont été bouchées par la construction du porche méridional. La première donne sur un souterrain dans lequel on accède par le dehors. La troisième est fort curieuse : c'est encore un de ces échantillons où les signes caractéristiques du 10ième siècle se manifestent à la vue. On remarquera qu'elle n'est pas de la même forme que les autres; elle est beaucoup plus petite et très étroite. Nous rencontrons plus loin, à gauche, une porte qui, comme du côté nord, entre dans un, corridor sortant au dehors par une porte pratiquée aussi dans l'épaisseur du contrefort, comme nous pouvons le remarquer sur le plan que nous avons sous les yeux. C'est la quatrième qui ait cette disposition. Le reste de cette galerie, semblable à celle du nord, présente à notre observation une belle cuve baptismale du 11ième au 12ième siècle. Elle est flanquée de quatre colonnettes surmontées de chapiteaux variés et très élégants. Des bancs en maçonnerie sont disposés le long des murs.

L'escalier où nous arrivons, au bout de cette galerie, tout à fait à l'ouest, débouche au bas du vieux clocher. En résumé, si nous examinons d'un coup d'œil cette belle crypte, nous reconnaîtrons qu'elle a la forme d'un fer à cheval allongé, formé par les deux galeries se réunissant du côté de l'est par une partie courbe; elle est accompagnée, avons-nous dit, de chapelles et de transepts, mais le noyau ou massif central est plein et ne contient pas de traces d'une ancienne nef.



[1] Avant d'entrer en matière, et pour rendre citerai pas à chaque endroit qu'ils ont éclairci justice à qui de droit, je dois faire connaître et expliqué; mais je préviens d'une manière dès à présent que les auteurs modernes qui générale ceux qui voudraient approfondir les m'ont été le plus utiles dans ce travail sont choses qu'ils trouveront dans les travaux de M. l'abbé Bulteau et M. Ad. Lecocq. Je ne les ces auteurs les meilleurs renseignements. [2] Voir Bulletin monumental de M. de Caumont ; année 1860.

 

Photos Source internet.
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