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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #ETUDES HISTORIQUES SUR LIEUX SAINTS

LA CATHÉDRALE SAINT-ÉTIENNE DE SENS.

F.T JOLIMONT. 1828.

Un assez grand nombre d'historiens se sont occupés de l'histoire de l'église de Sens, mais la plupart de leurs ouvrages sont restés manuscrits, et par conséquent, ou sont égarés, ou ne sont possédés et connus que d'un petit nombre de personnes. Nous n'avons point trouvé de description ni d'histoire imprimées de cette cathédrale, qui cependant n'est pas sans quelque célébrité, et probablement nous eussions été fort dépourvus de documens certains pour rédiger cette notice, si nous n'avions trouvé dans la riche bibliothèque de M. Tarbé, imprimeur du Roi à Sens, littérateur aussi estimable que bibliophile érudit, une collection nombreuse de chroniques, de chartes, de cartulaires et de pièces authentiques, qu'il a recueillies avec un soin et un zèle infatigable; non-seulement sur ce qui concerne l'église de Sens, mais même sur ce qui concerne la ville et le département qu'il habite. Précieux dépôt qu'il a bien voulu mettre à notre disposition, ainsi que quelques notices publiées par lui-même, fort rares aujourd'hui, qu'il nous a communiqué avec une amabilité et une confiance qui exigent de nous ici un juste témoignage de notre gratitude.

Il y a peu d'églises en France, et probablement dans la plus grande partie de la chrétienté, qui ne se glorifient d'une origine très-ancienne. Toutes, si l'on en croit le pieux enthousiasme de leurs historiens, prétendent faire remonter leur fondation jusqu'à l'établissement même du christianisme dans les Gaules, et malgré l'incertitude et l'obscurité qui règnent dans l'histoire de cette époque, chacun d'eux étaie son système sur des preuves plus ou moins vraisemblables: c'est ainsi que ceux qui ont écrit sur l'origine de l'église de Sens, ont rivalisé d'efforts pour attester sa glorieuse antiquité. Nous ne les suivrons point dans leurs laborieuses recherches, et dans leurs volumineuses dissertations, dont il nous suffit d'indiquer le résultat : peu d'accord en général sur les dates précises, la plupart cependant regardent saint Savinien et saint Potentien comme les apôtres de Sens. Ces courageux personnages, et saint Altin, leur digne émule, après avoir prêché la foi dans Orléans, Chartres, Troyes, Paris, reçurent à Sens la palme du martyre vers la fin du deuxième siècle ou le commencement du troisième, et leurs cendres y reposaient dans des cryptes dont on voyait encore naguère quelques restes non loin de la ville[1].

La longue suite de siècles qui s'écoula depuis l'époque où Savinien et ses compagnons consacraient, au milieu des persécutions, un modeste oratoire au culte du vrai Dieu, jusqu'à celle où fut bâtie l'église actuelle, offre une série d'événemens successifs dont le récit peut avoir quelqu'intérêt local, mais qui dans cet ouvrage, consacré à l'ensemble des cathédrales de France, deviendrait fastidieux par la trop fréquente répétition de faits semblables, presque toujours dus aux mêmes causes, tels que des ruines, des incendies, des reconstructions, dont les exemples communs à toutes nos anciennes basiliques, attestent, tantôt la fragilité[2] des édifices que l'on construisait, tantôt les irruptions et les ravages des barbares, ou enfin les malheurs du temps, qui en faisait souvent négliger l'entretien.

Au nombre des événemens les plus funestes que signale l'histoire de l'église de Sens, il faut citer l'incendie arrivé vers l'an 97o, sous l'épiscopat d'Archambaut, qui détruisit l'édifice jusqu'aux fondemens. Le cloître, les archives, la bibliothèque, tout fut réduit en cendres ; ornemens, vases sacrés, reliques, tout fut enseveli sous les ruines de l'édifice, qui s'écroula au milieu de l'embrasement.

Il n'est point probable qu'Archambaut; que les chroniques nous dépeignent comme indigne de son ministère, par ses débauches, son impiété, et le mauvais emploi qu'il faisait des biens de l'église, ait fait réparer ce désastre. Il paraît plus certain que saint Anastase, son successeur , surnommé l'Homme-Dieu, riche de ses économies, de ses abstinences et du crédit que ses hautes vertus lui donnaient auprès des princes et des rois, jeta les fondemens de l'église actuelle, et mourut lorsque les piliers du chœur étaient à peine élevés. Sevin, digne en tout point de son prédécesseur, d'un génie vaste et entreprenant, acheva l'édifice, et en fit la dédicace le 17 octobre 999. Mais cette église, moins vaste et moins magnifique qu'elle ne l'est aujourd'hui, fut considérablement augmentée et presqu'entièrement rebâtie, dans un style différent, de 1143 à 1168, par les évêques Henri Sanglier et Hugues de Toncy, qui la firent telle que nous la voyons encore, à l'exception des deux tours et du transept qui sont postérieurs.

La tour septentrionale fut élevée en 1184, par Philippe-Auguste, et depuis on l'appela tour de plomb, parce que les guerres du temps ayant empêché de l'achever, elle fut provisoirement terminée par une charpente revêtue de ce métal, et ce provisoire dure encore. La tour méridionale, qui avait été d'abord conservée intacte de l'édifice, bâti dans le dixième siècle, par l'évêque Sevin, s'écroula tout à coup la surveille de Pâques, en 1267, avec un fracas épouvantable, tua ceux qui se trouvaient sur la place, ruina les édifices voisins, et produisit d'autres grands malheurs[3]. Pierre de Charny, alors évêque, fit relever cette tour, qui fut appelée tour neuve, et fut long-temps comme la tour septentrionale, terminée en charpente, revêtue de plomb; mais depuis, l'évêque Sallasard la fit exhausser, et le cardinal Duprat, en 1532, y ajouta la jolie campanille, ou lanterne, qui surmonte un des deux angles.

La transept, ou la croisée, ne fut commencée qu'en 1491, par Guillaume Gennart, doyen de Sens, qui posa la première pierre du portail septentrional, ou portail d'Abraham, et n'a été terminé qu'au commencement du seizième siècle, par l'évêque Sallasard, qui fit faire le portail méridional, ou de Saint-Étienne, du côté de l'évêché.

On peut dire enfin que ce ne fut guère que sous l'épiscopat de Sallasard que la cathédrale de Sens, souvent endommagé depuis sa reconstruction, et demeurée imparfaite en beaucoup de parties, est parvenue à l'état à peu près complet où nous la voyons. Ce prélat donna en différentes fois des sommes considérables pour les réparations et les embellissemens de son église, et peu l'ont autant que lui comblée de tant de libéralités.

EXTÉRIEUR.

L'église de Sens, peu considérable, quant à l'édifice, si on la compare à beaucoup d'autres, telles par exemple, que celles que nous avons déjà décrites[4], offre en général, à l'extérieur, toute la rudesse de style, toute la pénurie d'ornemens et la timidité de construction du siècle où la masse principale fut construite. Point ou fort peu de ces pyramides aiguës, de ces clochetons élégamment profilés, de ces frontons triangulaires évidés à jour et ornés de fleurons, de ces arcs-boutans hardiment projetés, de ces galeries délicatement travaillées, ornant si gracieusement le pourtour des murs. Ici, de lourds contreforts, des fenêtres étroites et peu divisées, des massifs de murs étayés d'arcs-boutans simples et rares, n'offrent à l'imagination que l'idée de la solidité à laquelle on ne savait point encore unir l'élégance et à la légèreté, qui, plus tard, ont émerveillé les regards. Les parties, mêmes les plus récemment construites, telles que les deux portails latéraux, et la tour neuve, sont encore loin d'offrir cette richesse de style dont nous parlons, et que l'on remarque en tant d'autres cathédrales. Cependant l'aspect de cet édifice n'est point par cela même peut-être sans intérêt pour ceux qui aiment à observer les diverses nuances et les nombreuses variétés de l'architecture du moyen âge.

Le grand portail, composé du pignon ou extrémité occidentale de la nef, flanqué de deux tours irrégulières, est assez majestueux et présente quelques détails et une distribution assez remarquables, dont le dessin ci-joint donne une idée plus complète que toutes les descriptions que nous en pourrions faire. Des statues des douze apôtres, de prophêtes, de rois et de saints personnages, détruites en 1793, ornaient primitivement les parois intérieurs des trois grandes entrées ouvertes de la partie inférieure du portail et des tours. Aujourd'hui, quelques fragmens de sculpture et de bas-reliefs sur les tympans, les piedroits et les soubassemens sont les seuls ornemens qui soient échappés aux destructeurs de cette époque, et leur extrême mutilation permet à peine d'en reconnaître les sujets[5].

Au-dessus du vitrail, qui remplace ici la grande rose qui occupe ordinairement le centre du portail [6], on voit, dans la partie la plus élevée, un peu en retraite, un cadran d'horloge avec un mécanisme marquant l'équation, le lever et le coucher du soleil et de la lune, indiqués par les figures dorées de ces deux astres mobiles sur deux échelles graduées verticales[7]. Cette partie est couronnée d'une légère galerie en balustrade.

La tour septentrionale, plus étroite que l'autre, et qui est la plus ancienne[8], est principalement ornée de trois étages de petites galeries ou séries d'arcades régnant sur les quatre faces, partie en ogives, partie à plein-cintres, soutenues sur des colonnes légères, entre lesquelles étaient jadis placées des figures. La partie supérieure n'ayant pu être achevée, est formée d'une charpente revêtue de plomb, percée sur chaque face de quatre ouvertures surmontées de frontons aigus , ornés de chardons, le tout surmonté d'un toit pointu quadrangulaire, peu élevé et terminé par une croix. La tour méridionale ou tour neuve, offre aussi pour principal ornement deux rangs d'arcades et de piliers formant galeries, sous lesquelles étaient aussi placées des statues. Le dernier étage est percé de deux grandes ouvertures à voussures ornées, fermées par des abat-vents, et est surmonté et terminé par une plate-forme. A l'angle droit, et du centre des deux contre-forts, s'élève une petite campanille octogone à trois étages, ornée de gargouilles, et surmontée d'un petit toit, au sommet duquel exista long-temps une figure colossale de Jésus-Christ sortant du tombeau, tenant sa croix d'une main et de l'autre donnant sa bénédiction[9]. Cette tourelle bâtie, ainsi qu'une partie de la tour elle-même, par J. Godinet, architecte de Troyes et sculpteur célèbre, est d'un assez joli style, et fut, comme nous l'avons dit, élevée aux frais du cardinal Duprat, en 1532[10], pour y placer l'horloge et la vigie de la ville. Au bas de cette tour, à douze ou quinze pieds du sol, on voyait représentée en relief, sous une petite arcade, la ligure équestre de Philippe-le-Vallois, que l'évêque Brocia avait fait ériger en cet endroit, en reconnaissance du jugement rendu par ce monarque, le 29 décembre 1335, en faveur des droits et des immunités du clergé. On lisait au bas ces deux vers:

Regnantis veri cupiens ego cultor haberi
Juro rem cleri libertalem que tueri.

L'inscription et la statue ont disparu en 1793.

Ce portail est précédé d'une place assez vaste, où se lient le marché, et qui fut jadis ornée d'une fontaine. Quelques amateurs de la régularité regrettent que la partie inférieure de la tour septentrionale soit encore interceptée par quelques maisons dont la démolition rendrait la place plus correcte et découvrirait en entier la principale façade du monument.

Le côté septentrional n'est point non plus entièrement accessible; quelques maisons, des cours , des jardins, restes de ce qu'on nommait le cloître, dérobent à l'œil presque toute la partie inférieure de l'édifice. Une petite rue seulement est ménagée vis-à-vis le portail de la croisée de ce côté, appelé le portail d'Abraham, parce qu'on y voyait sur le trumeau de la porte une figure de ce patriarche immolant son fils. Ce portail, postérieur de deux siècles au reste de l'édifice, est d'une structure assez élégante et délicate; mais il a aussi perdu, en 1793, la plus grande partie des statues et sculptures qui l'ornaient : quelques figures de sybilles, éparses dans les voussures de la porte, ont seules échappé aux injures des hommes et du temps, qui n'ont point respecté non plus les armes de Henri de Melun, qui fit terminer ce portail en 15o6. Entre ce portail et le chevet de l'église, on remarque une chapelle dont l'extérieur est de l'architecture du onzième siècle, et faisait partie de l'édifice bâti par l'évêque Sevin.

Le chevet, dont la vue est obstruée par des constructions diverses et les jardins et dépendances de l'évêché, ne présente aucune particularité remarquable. Le côté méridional, environné seulement des vastes cours de l'archevêché est entièrement à découvert. Le portail, appelé portail Saint-Étienne, est à peu près du même style que celui opposé, mais moins orné et moins élégant. La toiture couverte en tuiles, excepté celle du transept, était autrefois ornée au centre d'une aiguille élégante, qui fut brûlée et n'a point été reconstruite.

INTÉRIEUR.

L'intérieur de la cathédrale de Sens présente, comme à l'extérieur, quelques différences de style dans sa construction. La partie inférieure des murs et des piliers de la nef du chœur et des bas-côtés nous paraît appartenir à une époque plus reculée que le reste, et semblerait avoir été réservée de l'église précédente, bâtie dans le dixième siècle, ce que l'on reconnaît non-seulement aux arcs en plein-ceintre, mais encore à la dimension et à l'assemblage des pierres et à certaine forme des chapiteaux ; mais d'un autre côté, quelques particularités des plein-ceintres, que l'on croit étrangères au style des dixième et onzième siècles, et des exemples assez fréquens, que nous avons nous-mêmes reconnus ailleurs , d'un genre de construction mixte, Ou de transition, qui marqua dans le douzième siècle, le passage du plein-ceintre à l'ogive, pourrait faire douter de notre sentiment, et, selon cette dernière opinion, le style de l'intérieur de l'église de Sens serait en entier de cette époque de transition vers la moitié du douzième siècle, sous l'épiscopat de Henri Sanglier et Hugues de Tenay, sauf la croisée ou transept, qui, comme nous l'avons observé, fut rebâti vers la fin du quinzième siècle, ce qui se reconnaît facilement aux ornemens multipliés des fenêtres, des roses et des portes.

Le plan de cette église est régulier dans l'ensemble : les chapelles seulement sont moins symétriquement disposées. Elles sont au nombre de .vingt : trois derrière le cœur, dont celle de Saint-Savinien et Saint-Potentien occupe le milieu; deux à gauche, dont celle de Saint-Thomas de Cantorbéry; trois à droite, dont celle de la Vierge, et deux sous la croisée à l'entrée du chœur, et enfin dix réparties de chaque côté de la nef. Quatorze piliers isolés soutiennent la nef, et seize le chœur. Ces piliers sont alternativement de formes différentes : les uns sont composés en faisceau de plusieurs colonnes ou fûts, les autres seulement de deux grosses colonnes accouplées sur la même base, et dont les chapiteaux sont réunis sous le même tailloir; un seul, à droite, près de l'entrée principale, consiste en un gros pilier rond, formant noyau, cantonné de quatre autres plus menus, qui en sont légèrement détachés. La nef est large et spacieuse, mais peu élevée, ainsi que le chœur et les bas-côtés : la croisée et les chapelles sont étroites.

La longueur totale de cet édifice est de 352 pieds, sa largeur de 114 pieds, et sa hauteur, sous voûte, de 9o pieds (selon la notice de M. Tarbé). La structure intérieure est assez régulière et ne manque pas de noblesse, mais n'offre rien de particulièrement remarquable. Dans le seizième siècle, on avait orné chaque pilier de la nef et du chœur, d'une petite console portant une statue surmontée d'un dais (ou tabernacle , selon l'expression du temps) travaillé à jour. Mais cet ornement, peu en rapport avec le style sévère de l'édifice, produit un effet moins agréable qu'on pourrait le croire. Le sol est entièrement pavé en beau pavé noir et blanc, et les chapelles sont fermées de grilles .dont quelques-unes portent des armes. L'entrée du chœur, qui sans doute était ornée, dans l'origine, d'un jubé gothique, fut close en 1762, par une fermeture d'architecture en stuc, décorée d'ornemens, de chapiteaux et de trophées en bronze doré, qui forme en deux massifs deux chapelles réunies par une belle grille en fer : le tout est surmonté d'un attique orné d'écussons supportés par des figures de ronde-bosse représentant la Foi, l'Espérance, la Charité et la Justice. Le chœur, environné de stales et d'une boiserie moderne, est assez vaste, ainsi que le sanctuaire qui est élevé sur trois marches et entouré de fort belles grilles en fer.

Mais ce qui mérite particulièrement l'attention des curieux qui visitent l'église de Sens, ce sont les restes des vitraux, des monumens de sculpture, des tombeaux et des curiosités du trésor qui ont échappé à la ruine ou à la spoliation révolutionnaire, et qui, faibles restes de ce qu'elle possédait, font encore aujourd'hui la principale richesse de cette cathédrale. Au nombre des vitraux, nous citerons la rose du portail d'Abraham, au nord de la croisée, aussi remarquable par sa construction que par la beauté des peintures; elle représente l'apothéose de J.-C. Le Sauveur occupe le centre, chaque fleuron de la rose offre un chérubin jouant d'un instrument : ils sont au nombre de plus de quatre vingt. Au-dessous, dans cinq grands panneaux de vitres, sont représentés, dans le premier à gauche, la résurrection des morts; au-dessus, le soleil de justice; à droite, du côté opposé, le jugement et la séparation des élus et des réprouvés; on y voit un roi précipité dans les enfers, et un prince de l'église montant aux cieux; au-dessus, l'ange de ténèbres[11] ; dans le panneau du milieu,l'Annonciation; au-dessus, un Saint-Esprit; enfin, dans les deux autres panneaux, de chaque côté de celui-ci, le Nouveau et l'Ancien Testamens figurés, l'un par Moïse et l'arche d'alliance; au-dessus, Dieu le Père; l'autre par la Foi triomphant de l'idolâtrie; au-dessus, Dieu le Fils portant sa croix. Ce magnifique vitrail fut fait aux frais de Gabriel Gouffier, doyen de Sens, en 1529. On y remarque le donateur avec ses armes.

La rose du portail Saint-Étienne, au sud , quoique moins estimée, ne laisse pas d'être aussi fort belle; elle représente les quatre fins dernières de l'homme : la mort, le jugement, le Paradis et l'Enfer. Dans les cinq panneaux de vitres, au-dessous, les quatre évangélistes, et différens sujets de la vie de saint Étienne. Ce vitrail fut donné vers le commencement du quinzième siècle par l'évêque Sallazard, dont on y voit aussi les armes. Les autres vitraux, encore assez nombreux, de la croisée des chapelles et des bas-côtés du chœur, qui ne sont pas non plus indignes d'un examen particulier, représentent des évêques, des princes, de saints personnages, et divers sujets d'histoire sacrée. Un grand nombre est orné des armes des donataires. Quelques-uns, dont les couleurs sont très-vives, sont du treizième siècle, notamment ceux du chœur et des chapelles derrière le chœur; et l'on trouve qu'Ëtienne Bequard, archidiacre de Sens, en 1294, laissa par testament la somme, considérable alors, de 1200 livres, pour les réparations de la cathédrale et pour faire ces vitres. Enfin, on ne manque pas de montrer aux étrangers le vitrail de la chapelle de Sainte-Eutrope, représentant la vie et le martyre de cette sainte : il passe pour être l'ouvrage de Jean Cousin[12], et est cité par Dargenville et Félibien; il est aujourd'hui en très-mauvais état, et n'est plus qu'un respectable vestige d'un chef-d'œuvre qui aurait dû être conservé avec plus de soin. Les monumens de sculpture et les tombeaux sont en petit nombre, mais mériteraient une plus longue description que celle que nous pouvons lui consacrer dans cette courte notice, particulièrement le magnifique mausolée de Louis, dauphin de France, fils de Louis XV et père de Louis XVI, et de Marie-Josèphe de Saxe, son épouse. Ce monument, tout en marbre, orné de plusieurs figures grandeur de nature, est placé au milieu du chœur, et est l'ouvrage de Guillaume Couslou fils[13].

Le tombeau du chancelier Duprat, dont il ne reste plus que les bas-reliefs en marbre, chefs-d'œuvre du temps, représentant des faits historiques de sa vie, recueillis et déposés dans la salle du chapitre.

Le tombeau de l'évêque Sallazard, où l'on voyait son père et sa mère à genoux sur une table de marbre élevée sur quatre colonnes de vingt pieds de haut, un peu en avant d'un riche autel gothique dont on ne retrouve que le retable adossé à un des piliers de la nef, à gauche, d'un travail très-délicat et assez bien conservé.

Le maître-autel, tout en marbre, placé au milieu du sanctuaire, sous un immense baldaquin doré, soutenu sur quatre colonnes de marbre, avec piedestaux; bases et chapiteaux en bronze doré, le tout exécuté sur les dessins de Servandoni, avec plus de somptuosité que de goût. Une madone fort curieuse, et célèbre par les miracles qu'on lui attribue, faite aux frais d'Emmanuel Jeanna, chanoine en 1334. Placée d'abord sur l'autel de la chapelle de la Vierge, et transportée, en 1570, sur le pilier de la même chapelle, où on la voit maintenant, au-dessus d'une console ornée de reliefs curieux représentant le roi David, l'Annonciation, la Visitation et les couches de la Vierge, dans lesquelles saint Joseph figure au pied du lit. Un petit retable en pierre, dans la chapelle Sainte-Eutrope, qui nous paraît être de la fin du quinzième siècle, et offre l'histoire de la passion de Notre Seigneur, distribuée en dix tableaux de sculpture, divisés par des pilastres et colonnes ornés des figures des douze apôtres délicatement travaillées. Une sculpture en marbre, par Gois, dans l'une des chapelles, représentant saint Nicolas dotant une jeune fille. Enfin, dans la chapelle derrière le chœur, un beau groupe en marbre blanc, représentant le martyre de saint Savinien. Le trésor de la cathédrale de Sens était autrefois un des plus riches de tous ceux des églises de France, et presque le seul aujourd'hui qui renferme encore autant d'objets curieux, mais moins précieux par leur valeur intrinsèque, que sous le rapport de l'art ou de l'antiquité. On y voit :

Un christ en ivoire, de deux pieds de haut.

Un morceau de la vraie croix, donné par Charlemagne.

Le peigne de l'évêque saint Loup, en ivoire, garni de pierres.

Un anneau pastoral de saint Loup, et un de saint Grégoire.

Divers reliquaires et diverses châsses en bois sculpté.

Deux bas-reliefs en argent, de Germain, orfèvre, représentant le martyre de saint Potentien et un trait de la vie de saint Savinien. Une boîte ou coffret à plusieurs pans sculptés, à figures, ouvrage du onzième ou douzième siècle. Deux grands bas-reliefs en argent, de 18 pouces de large sur 7 de hauteur, l'un représentant saint Loup éteignant l'incendie de Melun, et l'autre le même guérissant les malades.

Le fauteuil de saint Loup, en bois de chêne, qui sert de chaire pontificale pour la prise de possession des évêques, etc., etc. Le siège de l'église de Sens a été long-temps un des plus importais de la France, et un des plus recherchés, soit par sa position, soit par ses prérogatives. Un grand nombre de conciles célèbres y ont été tenus, dont on trouve un catalogue chronologique fort curieux dans la notice de M. Tarbé, particulièrement, celui où saint Bernard fit censurer Abeilard en 1140. Cette assemblée mémorable était nombreuse; le roi Louis-le-Jeune y assista accompagné de Thibaud, comte de Champagne, et du comte de Nevers et autres, tous prélats de la province. Samson, archevêque de Rheims y vint avec ses trois suffragans. On y voyait encore, avant la révolution , la chaire, très curieuse par elle-même, où saint Bernard avait combattu le malheureux Abeilard.

 

[1] Voyez la notice sur la cathédrale de Sens, publiée par M. Tarbé, dans l’Almanach du département de l'Yonne, en l'an 12 (ère républicaine). [2] Pendant long-temps, scion Grégoire de Tours, et quelques autres historiens, les premiers temples chrétiens n'étaient bâtis qu'en bois , ou de toute autre matière aussi peu solide.[3] Chronique de Saint-Pierre-le-Vif. [4]Particulièrement les cathédrales d'Amiens, d'Orléans et de Reims. [5] Sur le trumeau de la porte du milieu, on retrouve encore, à peu près intact, la figure de saint Étienne, patron de l'église, debout, tenant un livre ouvert. Cette statue, d'un assez bon style, est en quelque sorte la seule qui ait été épargnée dans la révolution, parce qu'on eut l'idée d'écrire sur le livre LIVRE DE LA LOI. Les autres sculptures nous paraissent avoir dû représenter, autant que leur mutilation permet de le reconnaître, dans le tympan du milieu, le martyre et l'apothéose de saint Étienne, en sept tableaux. Dans les faces des piedroits, les vierges sages et les vierges folles. Dans les bas-reliefs soubassemens, les travaux agricoles, les signes du zodiaque, des emblèmes des corps et métiers, et différons ornemens. Les parois et les tympans des portes latérales offrent aussi des sculptures dans le même genre, qu'il est presque impossible de juger, sauf deux médaillons assez curieux, à la porte de la tour du nord, représentant l'Avarice et la Libéralité. [6] Cette rose existait primitivement, mais elle fut détruite par l'ébranlement que lui causa une décharge d'artillerie et des feux de joie, qui eurent lieu dans la place, en 1638, à l'occasion de la naissance du Roi. [7] Ce cadran et ses accessoires furent faits aux frais de Tristan de Sallazard, évêque, dans le commencement du seizième siècle. Tout ce mécanisme ne va plus. [8] Voyez ci-dessus.[9] Cette figure, de six pieds six pouces de hauteur, était en bois revêtue de plomb, et avait succédé, en 1702, à une autre pareille qui y existait depuis 1582. On suppose même que primitivement il devait y en avoir eu une en pierre, sans doute de l'ouvrage de Godinet. Cette dernière fut frappée du tonnerre le dimanche 19 juin 1774, à quatre heures du matin. Ébranlée dans sa base, et presqu'incendiée, il fallait la réparer ou la descendre, et il s'éleva à ce sujet une contestation assez plaisante entre la ville et le chapitre pour savoir qui supporterait les frais de cet événement. Le chapitre prétendait que la tour où se faisait le guet, et où était l'horloge de la ville, appartenait à la ville : celle-ci, au contraire, que la statue du Sauveur devait appartenir plus particulièrement à l'église. En attendant une décision dont le retard rendait la chute de la figure inévitable et dangereuse, le procureur du Roi, par sentence du bai liage, fit descendre la statue par provision aux dépens de qui il appartiendrait. Mais cette discussion scandaleuse fut bientôt terminée par la vente du plomb, du bois et du fer que l'on trouva dans le bris de l'objet en litige dont le produit fut plus que suffisant pour payer les frais. [10] Duprat donna pour ce sujet la somme, considérable alors, de dix-sept mille livres. On plaça dans cette tourelle l'ancienne horloge, qui a été remplacée depuis, en 1781, par une nouvelle faite aux frais de la ville. [11] Nous pensons qu'il y a eu ici une transposition; il nous semble que l'ange des ténèbres doit présider à la résurrection des morts, et le soleil de justice au jugement. [12] Jean Cousin naquit et habita long-temps dans le village de Soucy, près de Sens, où l'on voit encore sa maison. Il mourut vers l'an 1589. [13)  Il ne faut pas confondre le dauphin dont il est ici question avec le grand dauphin fils de Louis XIV, comme le fait l'auteur (Pierre Gallet) d'un voyage sentimental de Paris à Rome. Celui ci est mort à Fontainebleau. Il avait désiré être enterré dans le diocèse où il mourrait, et avait désigné lui-même le milieu du chœur de l'église cathédrale pour le lieu de sa sépulture. Les funérailles furent faites en grande pompe. On trouve une relation détaillée de ses obsèques dans l'Almanach de Sens, année 18o4, publié par M. Tarbé, ainsi que la description complète du monument, et les diverses dissertations critiques qui furent faites à ce sujet. Ce monument qui est un poème entier, représente d'abord l'hymen ou l'amour conjugal dans l'abattement, son flambeau est éteint, et il laisse tomber avec douleur ses regards sur un enfant en pleurs, qui brise une chaîne enlacée de fleurs, symbole de l'hymen; au-dessus, le temps a couvert de son voile funéraire l'urne de l'auguste prince, et se dispose à l'étendre également sur celle destinée à sa vertueuse épouse. Ces deux urnes funèbres sont liées ensemble par une guirlande d'immortelles. Du côté qui fait face à l'autel, le génie des sciences et des arts, environné de ses attributs, et appuyé sur un globe, semble regretter le bonheur et pleurer les exemples que la terre a perdus, tandis que l'immortalité est occupée à former un trophée des attributs symboliques des vertus dont le dauphin et la dauphine furent les modèles. Enfin, la religion pose sur leurs urnes une couronne d'étoiles, symboles des récompenses éternelles destinées aux vertus chrétiennes. Ce mausolée, objet des plus amères critiques et des éloges les plus pompeux, n'a été achevé que dix ans après la mort du prince. L'artiste lui-même mourut en terminant son ouvrage, et n'a pas même eu la satisfaction de le voir en place.

 

Cathédrale Saint-Étienne de Sens. Photos source internet. Cathédrale Saint-Étienne de Sens. Photos source internet.
Cathédrale Saint-Étienne de Sens. Photos source internet. Cathédrale Saint-Étienne de Sens. Photos source internet. Cathédrale Saint-Étienne de Sens. Photos source internet.

Cathédrale Saint-Étienne de Sens. Photos source internet.

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