Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #ETUDES HISTORIQUES SUR LIEUX SAINTS

CATHÉDRALE SAINT-ÉTIENNE D'AUXERRE.

F.T.JOLIMONT.

Ce fut dans le 3ième siècle, sous le règne de l'empereur Aurélien, que les apôtres des Gaules commencèrent à prêcher la foi dans Auxerre, et au rapport de l'historien Etienne qui écrivait du temps de saint Aunaire, la construction de la première église connue dans cette ville est attribuée à Saint-Amatre vers la fin du 4e siècle. Depuis cette époque l'église d'Auxerre fut plusieurs fois réédifiée, augmentée et enrichie de présens considérables par divers évêques jusqu'au 9e siècle où elle fut brûlée. D'abord rétablie par Hérifrid et plus tard presqu'entièrement reconstruite sur un nouveau plan par Guy évêque en 932, qui, le premier, lui donna la forme d'une croix et y fut inhumé le premier après l'avoir comblée des plus riches présens, cette église fut de nouveau entièrement réduite en cendres en 1030 sous le pontificat de Hugues de Challon qui la fit rebâtir en pierres de taille et construisit les belles chryptes qui existent encore.

Ce monument plus solide et plus durable ne fut cependant point exempt d'évènemens, qui depuis encore à différentes époques en détruisirent quelques parties, et amenèrent avec les réparations nécessaires, de nouvelles dispositions et de nouveaux agrandissemens ou embellissemens jusqu'en 1213, époque à laquelle l'évêque Guillaume de Seignelay entreprit la construction de l'église actuelle que l'on peut regarder comme la cinquième élevée en ce lieu depuis l'établissement de la religion catholique à Auxerre. Comme tant d'autres, cet édifice remarquable d'ailleurs, dont la construction a duré plusieurs siècles, n'a point reçu son entier achèvement; le grand portail est incomplet, une des deux tours seulement est terminée et son aspect élégant fait regretter d'avantage l'absence de la seconde, et l'irrégularité qu'elle produit.

Les dévastations révolutionnaires de 1793, et le manque presqu'absolu d'entretien pendant plusieurs années, ont nécessité d'assez nombreuses et urgentes réparations; elles viennent d'être confiées à M. Heinz , architecte de la ville qui mérite les éloges des amis des arts pour les soins qu'il prend à conserver le caractère primitif des parties qu'il restaure avec autant de zèle que de talent; exemple trop peu suivi, du moins jusqu'à présent, par tant d'architectes inhabiles qui n'ont que trop souvent complété la mutilation de nos plus beaux monumens. Il est à regretter que les fonds destinés à ces utiles travaux ne suffisent pas pour une restauration entièrement complète.

EXTÉRIEUR.

Le grand portail ou façade principale de la cathédrale d'Auxerre serait assurément au nombre des plus remarquables de France, si la tour méridionale était achevée et si la partie centrale avait plus de largeur. Ce portail offre en effet, dans son ensemble, de belles proportions : la tour septentrionale est majestueuse, imposante et a de l'élévation sans maigreur; les portes sont élégantes, et les ornemens distribués avec régularité sur toute cette façade, sont riches et nombreux sans profusion. Quelle fatalité donc attachée à tant de nos principaux édifices du moyen âge a encore suspendu l'exécution de celui-ci, qui fut interrompue vers l'an 1550, et depuis lors est restée imparfaite? Sans doute des guerres[1], des malheurs politiques, les finances épuisées, des nécessités plus pressantes ont empêché d'ajouter quelques nouvelles assises de pierres qui, sans de trop grands sacrifices, auraient complété ce beau portail dont malgré son imperfection plusieurs antiquaires et architectes célèbres[2] ont fait un pompeux éloge. La partie inférieure est des 13ième et 14ième siècles, elle comprend les trois portes au-dessus desquelles le style de cette époque s'allie insensiblement avec la partie supérieure, qui surtout, à prendre du point où la grande tour s'isole, est beaucoup plus récente.

La 1ère porte à gauche, sous la tour terminée, est formée d'une voussure peu profonde, ornée de trois rangs de groupes de figures très-mutilées, offrant à ce qu'il nous a paru, des sujets de l'ancien testament. Dans le tympan , seulement vers la base , deux figures de femmes et une d'homme couronnées, sont assises accompagnées d'anges à genoux tenant des candélabres; sur les parois latérales , existaient dans des niches,  trois statues de chaque côté, qui ont été enlevées; les soubassemens présentent encore seize caissons où sont représentés en relief la création du monde, la désobéissance et la chute du premier homme , le déluge, etc. Le reste de la tour est divisé en quatre étages plus ou moins décorés , dont le troisième a pour principal ornement une suite de petites consoles surmontées d'arcades à clochetons sans doute destinées à recevoir des statues, mais où il ne parait point qu'il y en ait eu; enfin le quatrième étage, entièrement isolé, est seul percé sur chacune des quatre faces de deux grandes ouvertures longues et étroites garnies d'abats-vents et terminé en plate-forme à balustrade, flanqué aux encoignures de quatre petits massifs formés par le prolongement des contreforts angulaires. Cette tour a 183 pieds d'élévation.

La porte à droite, sous la tour non finie offre les mêmes dispositions que celle opposée, les trois rangs de groupes des voussures représentent divers sujets sacrés et les sculptures du tympan la vie de J.-C. divisée en neuf tableaux, les six statues des parois latérales n'existent plus et les soubassemens ne présentent aujourd'hui que des restes de compartimens et de figures tellement mutilées qu'il est presqu'impossible d'en reconnaître les sujets, à l'exception d'un bas-relief dans un encadrement d'architecture sur le mur à droite, qui nous a paru être le jugement de Salomon. Le reste de la tour élevé à un peu plus du tiers de la hauteur qu'elle devait avoir, est d'un style analogue à l'autre tour, et fait présumer que celle-ci aurait complété régulièrement le portail dont il nous reste à décrire la partie la plus riche, celle du centre.

Elle se compose de trois divisions bien distinctes. La grande porte occupe toute la partie inférieure. Plus de deux cents figures distribuées en six rangs de groupes formant au moins cinquante sujets, pris dans l'histoire ou les légendes sacrées, remplissent tout l'intérieur de sa profonde voussure ogive, dont l'ouverture est ornée d'une dentelle délicate en pierre. Ces groupes sont portés sur des ornemens d'architecture artistement travaillés, servant à la fois de couronnement et de support. Les grandes statues des parois latérales qui représentaient les douze apôtres ont disparu comme celles des deux autres portes en 1793. Dans les soubassemens on trouve encore malgré leur dégradation d'abord un rang de quatre reliefs de chaque côté, représentant des saints personnages de l'un et de l'autre sexe distribués deux à deux dans de petites arcades ornées, et au-dessous une grande quantité de petits caissons et de compartimens offrant pour chaque côté une distribution et des formes différentes, on y distingue encore à gauche l'histoire de Joseph de la genèse; la droite est méconnaissable. Cette belle porte est surmontée d'un fronton pyramidal percé à jour et dont les arestiers supportent sept petites statues de diacres au nombre desquels St Etienne, patron de l'église, est placé au sommet de l'angle ; la seconde division construite en arrière corps est entièrement formée d'un beau vitrail en rose enfermé dans un grand arc ogive dont l'extrados, très orné, supporte une petite galerie découverte. Enfin le pignon triangulaire de la nef, également riche d'ornemens et dont le côté gauche se rattache à la grande tour par une sorte d'arc-boutant, qui sans doute aurait été répété du côté opposé, complète et termine agréablement cette partie principale du portail de la cathédrale d'Auxerre, vis-à-vis lequel une place assez régulière et assez vaste permet d'en embrasser le coup-d'œil d'un point de vue favorable: mais cette place mal bâtie et dont le sol n'est point nivelé est peu en harmonie avec l'élévation et l'importance de l'édifice.

Les autres façades de l'église d'Auxerre au nord et au sud et le rond-point du chœur, offrent, à très peu de chose près, un style uniforme de construction et rien de remarquable; plus de pesanteur que de légèreté, des ornemens rares , mais un ensemble sévère et régulier, il faut en excepter les deux portails aux deux extrémités du transept qui sont d'un bel aspect et d'un goût de composition qui a beaucoup d'analogie pour la disposition et les ornemens du pignon, du vitrail à rosace et du porche, (dont le temps et des mains ennemies ont détruit la plus grande partie des sculptures), avec la partie centrale du grand portail. On peut considérer ceux-ci comme semblables entr'eux, n'offrant que quelques légères différences dans les ornemens de détail.

INTÉRIEUR.

L'intérieur de l'église d'Auxerre, d'une étendue moyenne, est régulier, et présente des proportions élégantes et sveltes. Ses dimensions sont de 300 pieds de long, sur 71 de large non compris les chapelles, et 1oo d'élévation. Cet édifice étant bâti sur la pente d'un coteau rapidement incliné, il faut descendre six marches pour entrer dans la nef, et deux marches pour passer de la nef autour du chœur. Il paraît que l'architecte n'a pu entièrement corriger ce défaut de nivellement, malgré l'élévation des cryptes sur lesquelles le chœur est considérablement exhaussé au-dessus du point le plus incliné du sol naturel. Quelques nuances de style, qu'il est facile d'observer en examinant attentivement chaque partie de cet intérieur, caractérisent le passage des différentes époques dans l'intervalle desquelles cet édifice a été bâti. C'est ainsi que dans le rond-point, une partie du chœur, et dans les bas côtés qui l'entourent, on reconnaît, à la forme des piliers, des galeries et des fenêtres, la portion de construction la plus ancienne, c'est-à-dire celle du commencement du treizième siècle. La nef et la croisée sont de la fin de ce siècle ou du commencement du quatorzième; les premières travées vers le grand portail, sont surtout évidemment de ce dernier siècle. Les fenêtres, les galeries et les portes du transept sont beaucoup plus ornées que toutes les autres parties de l'édifice, et sont du temps où l'art commençait à perdre de sa rudesse et de sa simplicité. Quelques critiques ont trouvé que les bas côtés de la nef et les ouvertures des travées sont un peu étroits : ils sont accompagnés de cinq chapelles de chaque côté, y compris celles qui sont sous les tours; plus deux autres sous la transept; toutes sont fermées de grilles fort simples, et ne présentent rien de particulier que quelques vestiges de médiocres peintures à fresque. La chapelle de la Vierge, derrière le chœur, est seule remarquable par sa forme carrée, la disposition de sa voûte et des trois arcades qui en forment l'entrée, soutenues sur deux colonnes fuselées et d'une grande délicatesse pour leur élévation[3]. Le chœur, jadis fermé par un beau jubé, qui fut détruit par les calvinistes, est vaste; le sanctuaire surtout, pavé en marbre blanc et noir, est fort beau; mais l'un et l'autre sans ornemens d'architecture. Enfin, toutes les voûtes sont en briques, chose peu ordinaire, les nervures seulement sont en pierres.

Les vitraux peints sont la décoration la plus importante que la cathédrale d'Auxerre ait en grande partie conservée; les trois roses surtout brillent en même temps des couleurs les plus vives et des formes les plus agréables. Celle de la nef à l'ouest représente le Ciel, ou la Divinité dans toute sa gloire, figurée au centre sous l'emblème du soleil; autour sont rangés une grande quantité d'anges, de chérubins et de bienheureux, au nombre desquels on remarque les portraits des donataires. La rose du transept à droite au sud, et le vitrail en huit panneaux placé au-dessous, sont en assez mauvais état, et représentent des sujets tirés de la Bible; on y reconnaît le serpent d'airain, le frappement du rocher, le passage de la mer Rouge, etc.; mais beaucoup de parties endommagées, d'autres déplacées ou mises à contresens par quelque ouvrier maladroit, en défigurent l'ensemble. Du côté opposé, à gauche, la rose du nord, beaucoup mieux conservée, représente les litanies de la Vierge, en une quantité considérable de figures emblématiques, et dans le "vitrail au-dessous, divisé en huit panneaux, divers sujets de la vie des saints. Les vitraux de la nef et de ses chapelles sont moins remarquables et moins bien conservés; ceux du chœur sont assez importans, mais grossièrement exécutés, peut-être pour produire plus d'effet, à cause de leur élévation; ils portent la date de 1573, époque de leur restauration par les soins de l'évêque Amyot, et représentent des évêques, des docteurs et des saints pères. Au milieu, dans le fond, Notre-Seigneur mort en croix et Notre-Seigneur glorieux et ressuscité; au-dessous les donataires et leurs armes; toutes ces figures sont entourées de riches bordures. Les fenêtres des bas-côtés du rond-point offrent aussi d'assez belles verrières du treizième siècle bien conservées. On y reconnaît divers sujets mystiques tirés des légendes et de l'Apocalypse. Enfin, la chapelle de la Vierge est encore éclairée par sept verrières non moins belles; trois dans le fond, qui représentent la vie de la Vierge, l'histoire de Job et celle des Machabées, sont d'un excellent style, et sont pleines de charmans détails, et quatre, pour les côtés, peintes en grisailles, d'un travail moins excellent, dans lesquelles on voit les figures en pied des deux chanoines qui ont fait don de ces vitres, dont on reconnaît le modèle dans leurs mains. Au-dessus de l'une de ces figures; on lit : Henricus, presbiter; le nom de l'autre est effacé; tous deux semblent sous la protection de leurs saints patrons, qui sont également représentés au-dessus de leurs têtes.

Quelques monumens d'un assez grand intérêt, échappés seuls aux dévastations des différentes époques malheureuses de notre histoire, ornent encore l'intérieur de la cathédrale d'Auxerre. Tels sont le maître-autel tout en marbre et en bronze, décoré d'un très-beau bas relief du martyr de saint Etienne, et de la statue en marbre blanc représentant ce saint, grandeur de nature, expirant sous les coups de ses bourreaux, morceau d'une très-belle exécution et d'un excellent goût; le tout est surmonté d'un riche baldaquin, soutenu par des anges. L'aigle ou pupitre du chœur en cuivre jaune, du quatorzième siècle[4], et les deux bénitiers en fer fondu, du treizième siècle, objets curieux pour l'histoire des arts. Les mausolées des évêques Amyot et Colbert, érigés, le premier en 1610 et le second en 1713, aux deux côtés du sanctuaire, par leurs neveux ; enfin, dans la chapelle de la Vierge, le mausolée en marbre de Claude de Beauvoir de Chastellux, maréchal de France, et de Jean de Chastellux, vicomte d'Avallon, amiral de France, qui s'illustrèrent, en 1423, au fameux siège de Cravan contre les Écossais, et conservèrent, par leur valeur et leur générosité, cette ville au chapitre d'Auxerre, qui, en reconnaissance, décerna aux aînés de la famille le titre de chanoine avec toutes ses prérogatives[5] ; monument nouvellement rétabli aux frais de la famille, en place de l'ancien, détruit en 1793. On y voit les deux héros couchés, les mains jointes, sur un lit ombragé de drapeaux; au-dessus, l'artiste a trouvé le moyen d'ajuster un ancien bas-relief provenant peut-être du tombeau primitif, représentant la bataille de Cravan; mais on est étonné de trouver reléguée sur un pilier du bas-côté, à droite, hors la chapelle, l'ancienne inscription, gravée sur une table d'airain, qu'on aurait dû rétablir sur le nouveau monument.

Le siège épiscopal d'Auxerre, illustré par une longue suite d'évêques, dont un grand nombre ont brillé par leur mérite et leurs éminentes vertus, a été supprimé dans la dernière organisation des évêchés de France, et réuni à celui de Sens dont il était suffragant.

 

[1] C'était en effet à l'époque désastreuse des guerres de religion et des troubles de la Ligue. [2]Le comte de Caylus, Vauban, Servandoni, l'abbé le Bœuf et quelques autres en parlent avec une sorte d'enthousiasme qui pourrait peut-être paraître exagéré à ceux qui aujourd'hui voient et jugent ces monnumens avec des connaissances plus positives. [3] Dans la planche 4 on a représenté cette chapelle débarrassée des boiseries et tableaux de mauvais goût qui l'obstruent. Et sa grille remplacée par la clôture de pierre à jour qui paraît avoir existé primitivement. [4] Cet aigle rapporté depuis peu dans la cathédrale, appartenait à une autre église et remplace ici l'ancien aigle détruit dans la révolution, qui était du même temps et plus curieux. [5] Le titulaire de ce canonicat quoique laïque en prenait possession botté, éperonné, cuirassé, un oiseau sur le poings, revêtu d'un surplis, le baudrier et l'épée par-dessus, ganté des deux mains, l'aumuce sur le bras, coiffé d'un bonnet bordé d'une plume blanche. Quand Cézar de Chastellux, qui en avait pris possession en 1648 parut au chœur en présence de Louis XIV, à son passage à Auxerre pour aller visiter le camp de la Saône en 1683 ; les seigueurs de la suite du roi plaisantaient sur la bigarrure de cet habillement : le prince leur dit ne badinez pas, il n'est aucun de vous qui ne dût se faire honneur d'un pareil titre. Guillaume Antoine comte de Chastellux, brigadier des armées du roi est le huitième de son nom qui ait pris possession de ce canonicat en 1752, sous M. de Caylus.

 

Photos Cathédrale Saint-Étienne (Sources internet.).Photos Cathédrale Saint-Étienne (Sources internet.).
Photos Cathédrale Saint-Étienne (Sources internet.).Photos Cathédrale Saint-Étienne (Sources internet.).
Photos Cathédrale Saint-Étienne (Sources internet.).Photos Cathédrale Saint-Étienne (Sources internet.).

Photos Cathédrale Saint-Étienne (Sources internet.).

Commenter cet article

Articles récents

Hébergé par Overblog