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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #ETUDES HISTORIQUES SUR LIEUX SAINTS

LA CATHÉDRALE SAINTE-CÉCILE D'ALBI.

F.T.JOLIMONT. 1829

L'ancienne Albiga ou Albia était peu connue pendant la domination romaine : éloignée des grandes voies qui traversaient les provinces de l'empire[1], cette ville fut rarement visitée par les étrangers ; mais lorsque le Christianisme étendit ses conquêtes dans les Gaules, les Albienses l'embrassèrent avec enthousiasme, et un siége épiscopal, érigé dans leurs murs, devint en peu de temps très-célèbre. L'église cathédrale que l'on construisit dans la suite, fut dédiée à la Sainte Croix. Les restes de cet édifice paraissent encore entre le palais des Comtes[2] et la métropole actuelle. Selon le plan que nous en avons levé, sa longueur était de 57 mètres ou de 175 pieds; une porte latérale s'ouvrait au Nord Est. On retrouve quelques arcs de l'ancien cloître dans une maison voisine[3] ; ces arcs sont à plein ceintre. Des inscriptions sépulcrales encastrées en grand nombre dans les murs qui environnaient ce cloître, formaient autrefois un immense nécrologe. Le chevet de l'église est encore élevé d'environ 4 mètres. Des colonnes placées extérieurement, servaient à la décoration des contreforts.

Le désir de mériter une grande illustration en construisant un temple plus vaste, engagea l'évêque Bernard de Castanet à jeter les fondemens de la cathédrale actuelle. Ce fut en 1282 que ce prélat en  posa la première assise Pour accélérer les travaux et fournir aux dépenses, il assigna le vingtième de ses revenus pendant vingt années, et le chapitre fit la même chose. Il donna aussi les rentes de toutes les églises qui étaient à sa collation ou à celle de son chapitre. Ces sages mesures ne produisirent pas néanmoins tout l'effet qu'on devait en attendre, et la cathédrale ne fut entièrement bâtie qu'en 1512, c'est-à-dire, deux cent trente ans après sa fondation. Cependant Bernard de Fargis et Jean de Saya, successeurs de Castanet, ne négligèrent point cet important ouvrage. Dominique de Florence fit construire le premier portail, au bas des marches qui conduisent vers la grande entrée. On doit à Guillaume de la Volta la dernière arcade de l'église du côté du couchant, et, durant son épiscopat, le clocher s'éleva jusqu'au niveau de la toiture. Jofredi, ou Jofroi, bien connu dans l'histoire sous le nom de Cardinal d'Arras, dédia l'église à sainte Cécile et en fit peindre les murs. D'Amboise termina les constructions intérieures et particulièrement le chœur et le jubé. Par ses soins, la tour atteignit à 94 mètres ou à 290 pieds de hauteur. Il consacra son église le 23 avril 1476, étant assisté des évêques de Vabres et de Lavaur. Louis d'Amboise, son neveu et son successeur, appela, en 15o2, des artistes italiens qui avaient vu les Loges du Vatican, et il leur fit commencer les peintures de la voûte ; cette magnifique décoration ne fut achevée qu'en 1512. La longueur de l'édifiée, dans œuvre, en n'y comprenant pas la profondeur des deux chapelles situées aux extrémités, est de 92 mètres 5 centimètres, ou de 283 pieds 10 pouces, et en y ajoutant cette profondeur, de 105 mètres a5 centimètres, ou d'un peu plus de 323 pieds; la largeur totale, en y comprenant l'enfoncement des chapelles qui existent des deux côtés, est de 27 mètres 28 centimètres, ou de 84 pieds; elle ne serait que de 17 mètres 50 centimètres, ou de plus de 52 pieds, si on ne tenait pas compte de cette profondeur. Dans ces temps désastreux où la France était courbée sous le joug imposé par le Comité de Salut Public, la cathédrale d'Albi fut mise au, nombre des domaines nationaux dont la propriété devait être aliénée. L'administration parut même pressée d'indiquer le jour de la vente de cet édifice, et annonça que les acquéreurs devraient, dans un délai qui fut déterminé, en renverser les voûtes et les murs. Mais un savant, recommandable par ses talens et par ses travaux[4], veillait en quelque sorte sur ce beau monument. Effrayé de la résolution prise par le Directoire du département du Tarn, il écrivit à ceux qui le composaient; il montra toute l'inconvenance de la vente projetée; il parla, en architecte habile, de la beauté de ce temple, et il prouva que la gloire nationale allait être compromise par des hommes ignorans ou mal intentionnés. Cette démarche si généreuse, et qui, dans ces jours de deuil et d'effroi, pouvait désigner aux bourreaux une nouvelle victime, obtint cependant un succès inespéré. On ne dépouilla point l'état de la possession de l'église de Sainte-Cécile, et cet édifice sacré fut conservé pour les arts et pour les pompes de la religion.

EXTÉRIEUR.

La cathédrale d'Albi n'offre, en général, dans sa partie extérieure, qu'une masse régulière et que domine une tour, dont la forme est élégante et colossale. Le sommet de cette tour est à 130 mètres ou plus de 400 pieds au-dessus du niveau du Tarn, dont les flots viennent baigner le pied du tertre sur lequel l'église est bâtie. Les contreforts sont demi elliptiques, et la hauteur des murs de l'église est de 115 pieds. Ces murs sont lisses : on n'y voit point les ornemens délicats qui recouvrent avec tant de grâce les monumens des 13e et 14e siècles. Il semble qu'on n'a voulu présenter aux regards que l'image de la solidité. Mais sur le côté droit de l'édifice paraît un perron au-desssus duquel est le portail construit par Dominique de Florence. Avant la révolution, les niches de ce monument contenaient les statues de saint Thomas, de sainte Martiane, de saint Clair et de saint Amarant. Au-delà on aperçoit un escalier de quarante-deux marches[5] qui conduit sur la plate-forme située en face de la grande porte de l'église. Des piliers, terminés en pyramides, supportent des arcs chargés de toutes ces décorations, si heureusement inventées pendant le moyen âge, et qui, en enrichissant l'architecture, paraissent lui donner plus de légèreté. Les pierres qui forment ce portique, sont découpées avec une rare perfection; le dessin est du meilleur goût, et le ciseau a triomphé de toutes les difficultés; les matériaux les plus durs, les plus rebelles, ont été transformés en feuillages, en trèfles, en rinceaux. Il ne manque à ce beau péristyle, pour être considéré comme l'une des plus importantes créations de l'art, que d'être dégagé des constructions qui l'environnent en partie, et qui empêchent d'en saisir, à-la-fois, l'ensemble et les détails. C'est à l'extrémité de l'église, au point même où le portail aurait été placé, s'il avait pu l'être dans l'axe de l'édifice[6], que s'élève la tour ou le clocher de Sainte-Cécile, bâtiment construit avec beaucoup d'art et de soin, et que l'on aperçoit en entier du plateau où l'on retrouve encore quelques substructions de la forteresse du Castelviel[7]. Cette tour était massive jusqu'à une assez grande hauteur. L'archevêque Charles Legoux de la Berchère fit tailler dans la maçonnerie une chapelle qu'il dédia à saint Clair, premier évêque d'Albi, et cette forte excavation, tentée avec audace, ne paraît pas avoir porté atteinte à la solidité du monument.

INTÉRIEUR.

On ne peut voir sans admiration, l'intérieur de la cathédrale d'Albi. La régularité de l'édifice, l'aspect imposant du jubé, la vaste étendue de la nef, l'élévation des voûtes[8] sur lesquelles la main de l'art a semé des arabesques du dessin le plus correct, les restes des anciens vitraux, recouvrant de longues ouvertures qui ne laissent pénétrer qu'une clarté mystérieuse et affaiblie, le pavé même, formé de pierres sépulcrales, et où des signes héraldiques, à demi-effacés, indiquent à-la-fois et la vanité de l'homme et le néant de ses grandeurs; tels sont les principaux objets qui, d'une manière simultanée, y captivent l'attention, mais sans la fatiguer. Bientôt on cherche à connaître en détail toutes les parties de l'édifice, tous les objets qui servent à son embellissement, et cet examen minutieux, auquel l'observateur se livre avec délices, ajoute encore à l'enthousiasme qu'a fait naître d'abord la vue générale de cette enceinte religieuse. L'église est divisée par le jubé en deux parties presqu'égales; neuf chapelles sont ouvertes autour de la nef. Dans l'une, on voit une bonne copie du tableau de sainte Cécile par le Dominiquin. La chapelle du Baptistère renferme un groupe en stuc qui représente J.-C. et saint Jean : cet ouvrage est de ce temps, encore peu éloigné, où les artistes avaient abandonné les vrais principes et substitué à l'étude des grands modèles et à l'imitation de la nature et de l'antique, une manière expéditive et des formes mesquines et tourmentées. La chaire est aussi en stuc : c'est un don de l'archevêque Lacroix de Castries, qui fit de même présent à sa cathédrale de l'orgue qu'on voit encore au fond de la nef, au-dessus de l'entrée de la chapelle de Saint-Clair.

Pour placer cet orgue, il a fallu couvrir ou détruire une grande partie des peintures exécutées dans cette portion de l'église par l'ordre du cardinal Jofredi, et qui ne formaient qu'un immense tableau. Au centre de la composition, paraissait l'Éternel appelant à lui les justes et abandonnant les réprouvés aux peines de l'enfer; mais on ne voit plus que les anges qui environnaient son trône. A droite, sont assis les prêtres, les princes, les pauvres même, qui ont mérité par leurs vertus les faveurs du Tout-Puissant; tous ces êtres, en possession d'une félicité qui ne doit point avoir de fin, forment deux lignes distinctes. L'artiste a ensuite divisé, par des banderolles et des nuages, la grande scène qu'il a représentée; il a mis d'un côté les femmes qui viennent de ressusciter, et de l'autre les hommes. Tous ces personnages sont nus, et le pinceau n'a déguisé aucune forme, n'a même négligé aucun détail. Les femmes ont, ainsi que les hommes, un livre ouvert sur leur poitrine. Toutes ces figures représentent des réprouvés. Dans la partie inférieure du tableau, sept compartimens offrent l'image des tourmens des damnés : une inscription, en vieux français, indique et la faute et la punition. Ainsi, au-dessus de l'une de ces peintures, on lit :

LA PEINE DES ENVIEUX ET DES ENVIEUSES.

LES ENVIEUX ET LES ENVIEUSES SONT EN UNG FLEUVE CONGELÉ PLONGÉS JUSQU'AU NOMRRIL, ET PAR DESSUS LES FRAPE UNG VENT MOULT FROIT, ET QUAND VEULENT ICELUY VENT ÉVITER SE PLONGENT DANS LADITE GLACE.

Près d'une autre on voit ces mots:

LA PEINE DES GLOTONS ET GLOTES.

LES GLOTONS ET GLOTES SONT EN UNE VALLÉE OU A UNG FLEUVE ORT ET PUANT, AU RIVAIGE DUQUIELS A TABLES GARNIES DE TOUALLES TRÈS ORDES ET DESHONNETES OU LES GLOTONS ET GLOTES SONT REPEULZ DE CRAPAULZ ET ARREUVÉS DE L'EAU PUANTE DUDIT FLEUVE.

Au-dessous d'une troisième, où des malheureux paraissent attachés à une roue, l'inscription suivante a été tracée:

LA PEINE DES ORGEILLEUX ET DES ORGUEILLEUSES.

LES ORGUEILLEUX ET ORGUEILLEUSES SONT PENDUS ET ATTACHÉS SUS DES ROUES SITUÉES EN UNE MONTAIGNE EN MANIERE DE MOLINS, CONTINUELLEMENT EN GRANDE IMPÉTUOSITÉ TOURNANS.

Le jubé coupe, comme nous l'avons dit, l'église en deux parties presqu'égales : il est en pierre et a trois portes. Un vaste et beau péristyle existe en avant de celle du milieu; c'est par elle que l'on parvient dans le chœur. Les deux autres s'ouvrent sur les bas-côtés; elles sont surmontées de clochetons percés de toutes parts, de pyramides couvertes des ornemens les mieux entendus, les plus délicats. Des niches sont creusées dans les montans et sous les clochetons; mais les statues qu'elles renfermaient n'existent plus: elles ont été brisées par la massue révolutionnaire. Tous les ornemens des portes sont sculptés avec une délicatesse, une perfection admirables. Au sommet du jubé est le Christ en croix: plus bas paraissent les statues de la sainte Vierge et de saint Jean. Ces figures sont peut-être un peu courtes, défaut qu'ont en général les monumens du même genre que  l'on voit autour du chœur de cette cathédrale. Les statues d'Adam et d'Ève sont d'un meilleur style. On sent qu'elles furent faites vers ces temps, voisins de la renaissance des arts, et où, en cherchant à imiter la nature avec fidélité, on est quelquefois parvenu à donner aux figures une expression vraie, touchante et naïve. Le chœur est extrêmement vaste; on y compte 120 stales. Il est décoré, dans tout son pourtour, de pieds-droits, qui supportent des arcs, et dans la masse desquels on a creusé des niches, couronnées par des clochetons, et qui renferment de petites statues représentant les Anges chantant des hymnes devant le trône du Seigneur. Ces figures, très nombreuses, sont sculptées avec délicatesse et contrastées avec intelligence. La boiserie est simple. Le sanctuaire renferme les statues des douze Apôtres. Au-dessus des portes latérales, on voit deux empereurs chrétiens, Constantin et Charlemagne, dont les images sont encore placées dans presque toutes nos anciennes basiliques.

Considéré extérieurement, le chœur de l'église de Sainte-Cécile est l'une des parties les plus remarquables de cette magnifique cathédrale. Les quinze chapelles qui y subsistent encore, sont toutes décorées par des peintures dont l'étude peut intéresser et servir à l'histoire de l'art. Les plus anciennes datent du 15e siècle; les autres, faites à l'époque de la renaissance, sont d'un style pur, d'un ton de couleur quelquefois brillant, presque toujours harmonieux. On a retouché, malheureusement, une partie de ces tableaux, et il n'en subsisterait peut-être plus une seule portion intacte, si nous n'avions eu, momentanément, le pouvoir d'en empêcher ce que l'on osait appeler la restauration. Des légendes, des inscriptions, accompagnent souvent ces peintures précieuses; elles étaient nécessaires pour expliquer les sujets des fresques que fit exécuter le cardinal Jofredi pendant son épiscopat.

Les deux grands tableaux qui représentent le Portement de croix et la Résurrection ne peuvent arrêter un instant les regards que par leur singularité, par quelques expressions vraies et par la bizarrerie des costumes. Des idées triviales, exprimées dans la première de ces compositions, montrent que l'auteur n'avait pas des conceptions très-élevées: mais beaucoup de peintres flamands et italiens ont aussi, dans des temps bien plus rapprochés de nous, manqué dans leurs tableaux à toutes les règles du goût et des convenances ; ne soyons donc pas surpris que, dans le i5e siècle, on ait figuré à Albi, avec simplicité des traditions populaires, et que l'Eglise n'avait pas ouvertement condamnées. Ayant contribué de la manière la plus distinguée à l'embellissement de sa cathédrale, l'évêque Jean Jofredi voulut que son image y fut conservée: pour accomplir ses ordres, les artistes qu'il avait employés firent son portrait et celui de chacun de ses frères. On voit encore ces peintures dans l'une des chapelles du chœur. Jofredi est représenté à genoux et les mains jointes; derrière lui est l'évangéliste saint Marc. A gauche et au-dessus de sa tête, on lit cette inscription:

REVERENDISSIMVS DNS

JOANNES JOFREDVS
CARDINALÎS ATRABEN
SIS PRIMVM, IDEM ALBIE
NSIS EPISCOPUS, ABBAS
SANCTI DIONISII IN FRANCIA

Derrière le cardinal, on a représenté Hélie Jofroi ou Jofredi, docteur ès-lois, prévôt de l'église d'Albi, chantre et chanoine de Rodez; une autre inscription fait connaître ce personnage, près duquel on voit sainte Catherine.

DOMINUS HELIUNDUS

JOFREDVS, LEGUM
DOCTOR, PREPOSITUS
ALBIENSIS, CANTOR ET
CANONICVS RUTHENENSIS

Enfin, à l'extrémité du tableau, paraît, accompagné de saint Jean et de saint Clair, Henri Jofredi, autre frère du cardinal. Il fut licencié en droit civil et canon et archidiacre d'Albi. Une inscription est aussi placée au-dessus du portrait de cet ecclésiastique:

HENRICVS JOFRE
DUS UTRIVSQUE JURIS
LICENCIATUS CANONI
CUS ET ARCHIDIACO
NUS ALBIENSIS

Jean Jofroi, ou Jofredi, fut l'un des hommes les plus illustres de son siècle. Il eut les titres d'abbé de Saint-Denis, d'évêque d'Arras et d'Albi et de cardinal. Ce prélat ayant vu à Rome le nom de sainte Cécile en vénération, apporta en France quelques reliques de cette vierge. La nouvelle cathédrale était en grande partie construite; il y plaça les restes précieux de la sainte et il lui dédia cet édifice; mais, pour conserver le souvenir de l'ancienne métropole, il consacra l'une des chapelles à la sainte Croix, et il y marqua d'avance sa sépulture. Il avait d'abord été chargé par Philippe, duc de Bourgogne, de quelques ambassades; dans la suite, ayant assisté au sacre de Louis XI, il fit des efforts pour engager ce monarque à renoncer à la pragmatique sanction; il ne réussit pas dans cette entreprise, mais il eut l'avantage d'obtenir la confiance du monarque, qui l'envoya à Bordeaux pour installer le Parlement. Jofredi dut s'acquitter ensuite de la mission, plus difficile, d'assurer la ruine du comte d'Armagnac. Jean V résista; mais en déployant une valeur inutile, il ne retarda sa chute que pour l'ensanglanter, et Lectoure, assiégée et conquise, cessa d'être l'asile de cette maison puissante qui avait si souvent troublé la tranquillité du royaume. Plus guerrier que pontife, Jofredi fut rejoindre, à la tête d'un corps de troupes, levé dans sa ville épiscopale, l'armée qui assiégeait Perpignan. Après la prise de cette place, il mourut dans son prieuré de Breuil; son corps fut porté à Albi et enseveli dans la chapelle de la Sainte-Croix. Les murs de ce sacellum étant recouverts presqu'en entier, de peintures qui représentent les faits que fournit l'histoire de Constantin et de sainte Hélène, relativement au culte de la Croix, nous serons dans la nécessité de rapporter une partie de ceux-ci. L'empire était déchiré par l'ambition et par les guerres civiles. Ces Romains, autrefois si grands dans les combats, si grands dans la tribune, et qui, par leur courage et leur sagesse, avaient donné des lois au monde, ne connaissaient plus les sentimens généreux qui avaient animé leurs ancêtres. Us ne prenaient plus les armes pour l'agrandissement ou pour l'illustration de la patrie, mais seulement pour le choix des tyrans. Constantin, fils de Constance Chlore, avait été proclamé Auguste par l'armée, mais Galerius ne lui donnait que le titre de César; en Italie, Maxence avait pris la pourpre, et, sous le spécieux prétexte de venger son père, immolé par les ordres de Constantin, il montait sur le trône et déclarait la guerre à son rival; celui-ci s'avança bientôt vers la capitale du monde.

Les historiens ecclésiastiques ont raconté les prodiges qui assurèrent la victoire à Constantin. Son camp était placé non loin du Pont Milvius, et ses troupes paraissaient moins nombreuses que celles de son adversaire; mais il implora le pouvoir du Dieu des chrétiens, et une Croix lumineuse se montra à ses yeux, au-dessus du soleil; il lut autour de ce signe du salut, les mots : In hoc signo vinces. La nuit suivante, le Fils de Dieu lui apparut, tenant dans ses mains cette croix, dont la figure avait brillé dans le ciel, et Constantin reçut l'ordre de s'en servir dans les combats comme d'une défense assurée. A son réveil, le prince assemble les chefs des légions; il leur raconte ce qu'il a vu, il dépeint avec exactitude le symbole de la Rédemption, et ordonne d'en construire un pareil; sa volonté est exécutée. Le monograme de Christ est uni à la croix; le Labarum en est orné, et cette image, naguères méprisée par les partisans du Polythéisme, devient l'enseigne impériale et le gage de la victoire. La nuit qui précèda la bataille, Constantin fut encore averti en songe de faire inscrire sur les boucliers de ses soldats le nom abrégé de J.-C. Il obéit, et dès la pointe du jour, les caractères grecs X chi et P rho, qui commencent ce nom sacré, brillèrent sur toutes les armures. Le peintre employé par le cardinal Jofredi a représenté, dans les deux premiers tableaux de la chapelle de la Sainte-Croix, les événemen6 dont nous venons de retracer le souvenir. Dans l'un on voit Constantin portant une couronne rayonnée, et vêtu, ainsi que les personnages de sa suite, à l'exception d'un seul, à peu près comme on l'était pendant la seconde moitié du i5c siècle. L'empereur lève les yeux et voit dans les airs une croix resplendissante de célestes clartés; des Anges voltigent à l'entour, et on lit au-dessus ces mots : IN HOC SIGNO VINCES.

Le second tableau montre Constantin endormi; le Christ lui apparaît. Des soldats sont couchés près du lit de l'empereur ; leurs boucliers sont chargés d'aigles à double tête, et, malgré cette erreur dans le dessin, on s'aperçoit que l'artiste a voulu faire comprendre que ces boucliers, encore ornés des signes caractéristiques de l'empire , seront bientôt décorés du monogramme sacré, puisqu'en cet instant même le Christ prescrit à Constantin de le faire graver sur les armes de ses guerriers. Maxence, au milieu de ses troupes et prêt à passer le Tibre pour atteindre son ennemi, est représenté dans un autre tableau de la chapelle de la Croix; une louve est peinte sur ses drapeaux; il est à cheval et tient un sceptre. Son costume s'éloigne entièrement de la vérité historique ; ses soldats sont de même vêtus d'une manière bizarre. Une autre composition montre l'ennemi de Maxence s'avançant pour combattre. On porte devant lui un étendard sur lequel brille la croix. Les habits de ses soldats ressemblent en entier à ceux en usage vers la fin du 15e siècle. Le cheval qui le porte est caparaçonné et sur la draperie on voit l'aigle à deux têtes et la couronne impériale.

Dans le cinquième tableau, les armées sont en présence. Animés d'une haine qui ne peut s'éteindre que dans le sang ennemi, Maxence et Constantin sortent des rangs. Chacun porte une armure complète, pareille à celle des chevaliers qui vivaient sous le règne de Louis XI, mais cette armure est en or. Les visières des casques sont baissées, et une couronne brille sur chaque cimier. Les lances des deux adversaires se sont croisées; Constantin, protégé par le signe sacré empreint sur l'étendard qui flotte près de lui, a frappé mortellement son compétiteur à l'empire ; Maxence tombe et ses légions vont prendre la fuite. Les autres peintures qui ornent la chapelle de la Croix, forment deux tableaux particuliers où l'on voit sainte Hélène, mère de Constantin. La conversion de cette femme fut si parfaite, dit un écrivain, qu'elle pratiqua toujours depuis les plus héroïques vertus. Elle se distinguait surtout par son amour pour les pauvres. Rufin dit, en parlant du zèle et de la foi d'Hélène, que rien ne pouvait leur être comparé. Saint Grégoire le Grand, assure qu'elle allumait dans le cœur des Romains, le feu dont elle était embrasée. En 326, Constantin ayant résolu de faire bâtir une église sur le Calvaire, sainte Hélène, quoique âgée de près de quatre-vingts ans, se chargea de ce pieux ouvrage; elle avait d'ailleurs résolu de rechercher avec soin la Croix sur laquelle le Sauveur avait cessé de vivre. Elle fut donc à Jérusalem et consulta les habitans de cette ville pour retrouver le lieu où gissait ce monument teint du sang de J.-C. Le reste de cette histoire est trop connu pour être rapporté. Pénétrée d'une sainte joie, Hélène fonda une église sur la place même où elle avait découvert la Croix; elle revint ensuite à Rome et mourut peu de temps après. L'entrée de sainte Hélène dans Jérusalem, forme le sujet de l'un des plus curieux tableaux de la chapelle de la Croix. Les vêtemens de la mère de Constantin ressemblent en entier à ceux que portaient les femmes de la plus haute distinction, à l'époque où cette peinture a été terminée. Montée sur une haquenée, Hélène a près d'elle ses Dames, ses Gentilshommes ses Pages; l'un de ces derniers porte même un épervier sur le poing. On croit assister à une scène du moyen âge, et néanmoins l’action a lieu en 326.

On lit, au-dessus du tableau, cette inscription:

HELENA CONSTANT. MATER HIEROSOLIMA
PETIIT CRUCIS INVENIEND. CAUSA.

Dans un autre tableau, peint à côté du précédent, sainte Hélène est représentée assise sur un trône, interrogeant les vieillards et les autres habitans de Jérusalem, pour apprendre en quel lieu elle peut espérer de retrouver la croix de J.-C. Une inscription explique cette scène  :

PRECIPIT SENIORIBUS POPULI SIBI DEMONS-
TRARE LOCUM UBI ERAT CRUX SANCTA.

La nature et les bornes de cet ouvrage nous empêchent de parler ici d'une foule d'autres tableaux à fresque, que contiennent encore les chapelles du chœur de la métropole d'Albi. Ces objets ne sont pas d'ailleurs les seuls que l'on considère avec intérêt dans cette partie de l'église. Trente statues placées dans les niches des piliers pyramidaux de l'enceinte de ce chœur, méritent aussi toute l'attention. Sculptées en pierre, peintes et dorées, elles sont d'une conservation parfaite. Les noms, tracés, en caractères du 15e siècle, sur les rouleaux qu'elles tiennent, nous apprennent que ces figures représentent des Prophètes et des Saints; les têtes ont de l'expression; quelques draperies sont bien jetées ; le travail est facile, mais les proportions n'ont pas toujours été observées et ces statues sont trop courtes. On a dit, il y a long-temps, qu'en ne leur donnant point la hauteur qu'elles devaient avoir, l'artiste avait voulu flatter l'archevêque Louis d'Amboise, dont la taille était peu élevée; mais il est plus naturel de n'attribuer ce défaut qu'au style propre à ce sculpteur. On doit considérer comme un ouvrage immense et qui honorera toujours les arts, les peintures des voûtes de cette église, ornemens de la plus grande richesse, du plus étonnant effet, et où le goût du 16e siècle paraît avec tant d'avantages[9]. Pour en faire sentir tout le mérite, il faudrait les décrire en détail, et nous ne pouvons leur consacrer ici que quelques lignes[10]. Mais que l'on se représente les voûtes en ogives d'un temple qui a plus de 323 pieds de longueur; qu'on en calcule les courbes et leurs développemens ; qu'on étende sur le tout une teinte d'azur; que sur ce fonds , dont la couleur éthérée paraît doubler la hauteur de l'édifice , on retrace, par la pensée , ces tortueux rinceaux de l'Acanthe , ces enroulemens gracieux que l'on a admirés dans les palais de la belle Italie; que ces arabesques délicats empruntent à l'albâtre sa blancheur, et que l'or seul en rehausse les élégans contours ; que des êtres célestes se jouent dans les feuillages; que les Prophètes, les Vierges , les Saints, les Martyrs y soient représentés ; que la pureté du dessin, la simplicité des poses, annoncent l'école de Raphaël et rappellent les fresques du Vatican; que l'or brille partout; qu'il étincelle sur l'azur; qu'il forme les nervures des voûtes et les principales lignes architecturales, et l'on aura une idée, imparfaite encore , de l'ensemble magique que présentent les somptueuse» voûtes de Sainte-Cécile.

L'un des objets qui attire aussi les regards du voyageur dans l'église métropolitaine d'Albi, c'est le pavé, formé de larges dalles couvertes d'inscriptions. Semblable au rouleau d'Ezechiel, qui était écrit d'un bout à l'autre, il offre de toutes parts des caractères gravés avec soin. Au milieu du Chœur est une tombe plate sur laquelle on a représenté Bernard de Camiat, évêque, mort le 4 des calendes de décembre de l'an i33y. Ce prélat porte une mitre enrichie de pierreries; ses mains sont jointes; la pointe de sa crosse entre dans la gueule du lion placé sous ses pieds; l'inscription suivante occupe le pourtour de la pierre sépulcrale.

ANNO AB IINCARNATIONÆ DOMINI NOSTRI IIIV XP. M. CCC. XXX. VII. QUARTO EL MENSIS DECEMBRIS RIIT R.EVENDISSIMUS PATER DSP. BERNARDUS DE CAMIATIO, DIVINA CLEMENTIA EPS. ALBIENSIS. CUIUS ANIMA ET OOMNIUM FIDELIUM DEFUNCTORUM MIAM. DEI SINE FINE REQUIESCAT IN PACE. AMEN.

Des lames de bronze, mises dans le pavé du chœur, couvraient les sépulcres de quelques prélats qui avaient aussi gouverné l'église d'Albi; mais, pendant les premières années de la révolution, rien ne fut respecté par les agens de l'autorité. Ces lames de bronze sur lesquelles on avait inscrit les noms et les éloges de ceux dont elles ornaient les tombeaux, ont été brisées et vendues. Des mains, déjà exercées à mutiler tout ce qui consacrait les souvenirs des temps passés et des actions des hommes célèbres, ont détruit ces monumens funéraires.

Jean Jofredi qui seconda si bien la sombre politique de Louis XI et qui, tour à tour prêtre et soldat, servit également l'église et le trône, fut chassé du mausolée où il reposait près de son frère Hélie. Les statues qui faisaient partie de ce monument placé dans la chapelle de la Croix, n'existent plus et la fureur des iconoclastes modernes s'est assouvie sur des marbres insensibles. Le corps de d'Amboise, le premier de ce nom qui ait occupé le siége d'Albi, gît, mais sans monument, dans la chapelle de Sainte Marie-Majeure, derrière le maître-autel. Le cardinal Louis d'Amboise, neveu du précédent, étant appelé à Rome, mourut en chemin ; son cœur seul fut porté à Albi et déposé dans le tombeau de son oncle. Gaspard de Lude, dernier évêque de cette ville, y mourut en 1628 et fut inhumé près du sanctuaire. Hyacinthe de Sarroni, qui ouvre la liste des archevêques, cessa de vivre à Paris, le 7 de janvier 1687; son cœur a été mis dans la chapelle de Saint-Amant. On voit, dans une autre, un obélisque, en marbre noir, élevé à la mémoire de l'évêque Charles-Joseph de Quiqueran de Beaujeu, par l'archevêque Armand-Pierre de Lacroix de Castries[11]. Les plus anciennes inscriptions sépulcrales qui existent dans la nef et dans les chapelles, ne remontent qu'au 15e siècle ; elles appartiennent presque toutes à des membres du chapitre diocésain. Des encadremens, des écussons en forment les ornemens. Le style de ces épitaphes est pur, les idées sont religieuses et touchantes, mais elles ne peuvent en général inspirer qu'un médiocre intérêt. On y retrouve cependant celles de quelques ecclésiastiques qui appartenaient à des familles honorablement connues : le monument du chanoine Jean-Baptiste Galaup, rappelle le célèbre navigateur Galaup de Lapérouse, né à Albi, en 1741. On lit encore, parmi ces nombreux moniteurs funéraires, l'inscription, trop laconique, d'Etienne Trapas, qui, amateur éclairé des sciences et des lettres, et profond érudit, avait formé à Albi, pendant le 17e siècle, une bibliothèque nombreuse et choisie qui renfermait des manuscrits précieux. A l'époque où nous avons visité pour la première fois l'église métropolitaine d'Albi , des murs noircis par le temps et qui renferment un ancien cimetière , en dérobaient d'un côté l'aspect, tandis que, près des marches qui conduisent sur la plate-forme, un étroit et obscur édifice servant de prison , empêchait d'apercevoir le majestueux péristile que nous avons décrit: mais suivant un projet présenté à M. le vicomte de Cazes, préfet du département du Tarn , et adopté en partie, cette enceinte doit être abattue, et une place sera tracée sur l'espace qu'elle environne. Une rampe demi-circulaire entourera la plate-forme, qui conservera toujours une grande élévation. Le portail, bâti par Dominique de Florence, mis en monument au pied de la tour, formera l'entrée d'un ossuaire où seront déposés les tristes restes de ceux qui furent ensevelis dans l'enceinte qu'il faut renverser. Ainsi, en dégageant du côté du midi, la belle église de Sainte-Cécile, des vieilles constructions qui pressent ses murs, en créant près d'elle une place remarquable, les habitans d'Albi prouveront qu'ils connaissent toute l'importance, toute la majesté de leur cathérale. Dejà les prisons n'existent plus et, du côté de la tour, les masures qui formaient une ceinture de ruines, ont été abattues; on a nivelé les terrains, et une promenade agréable remplace les inutiles remparts et les fossés qui séparaient la ville d'Albi de l'ancien Bourg de Castelviel. Ainsi on peut espérer que bientôt l'énorme masse de l'église de Sainte-Cécile sera vue de toutes parts, et que l'on ne sera plus obligé de chercher en quelque sorte son élégant portail, au milieu des bâtimens informes et hideux dont on l'avait environnée.

[1] Nous avons cependant découvert, de loin en loin, dans le Département du Tarn, les restes de quelques routes antiques. [2] Cette habitation, nommée autrefois La Verbie, compose la plus grande partie du palais archiépiscopal. [3]  Cette maison appartient à M. le docteur Compayre, notre honorable ami. [4] M. Maries, depuis ingénieur en chef des départemens de la Doire et de l'Aude. [5] Les marches ont plus de 8 mètres de longueur. [6] On ne pouvait placer ce portail au-dessous de la tour, ou dans l'axe de l'église, parce qu'il aurait été positivement sur la ligne du rempart et seulement à quelques pas de la limite des deux communes d'Albi et du Castelviel, qui avaient chacune une juridiction particulière. D'ailleurs le terrain, étroit et en pente rapide, qui forme le Bourg de Castelviel ne communiquant avec la ville que par le passage qui en longeait le mur, ou par un ravin profond, il était inutile d'ouvrir une porte de ce côté.[7] Azemar lo negre, célèbre troubadour, était né au Castelviel. On voit dans l'église de Sainte-Cécile une pierre sépulcrale sur laquelle on lit ces mots : Tombeau du sieur Jean Niel, directeur de l'adoration perpetuelle du St.-Sacrement, et premier consul du Casteviel-les-Ailby : R. I. P. A.[8] Elles sont à 30 mètres, ou 92 pieds 6 pouces du pavé de l'église.[9] Ces peintures portent les dates de 1502, 1505 ; 1510, 1511 et 1512.10] L'auteur de cette notice termine un ouvrage complet sur la cathédrale d'Albi. Les planches représentant les peintures des voûtes, et les plus curieux tableaux des chapelles seront coloriées et dorées.[11] Voici l'inscription gravée sur ce monument:

D. O. M.

Hic Quiescit, expectans resurectionem .
Illus.. æ rev… in Christo pater,

Carolus Josephus de Quinqueran de Beaujeu,
Episcopus Elusinus Mirapicensis designatus,
Genere clarus, pietate, doctrina, cœterisque clarior.
Virtulilius. Obiil VIII calendas Augusti anno Dei
M. DCC.XXXVII, œtatis suce, XXXVII, post acceptant
Hoc in templo consecrationem mense XXIII.
Viator,
Sic transit gloria mundi.
Ad œternam sua; in defunctum benevolent
Memoriam hune lapident ponere jussit
Consecrator pientissimus Armandtis Petrus
De lacroix de Castries, Archepiscopus Albiensis,
Begn. ordinis S Spiritu commendutor R. I. P. A. 

Quiescit, expectans resurectionem .
Illus.. æ rev… in Christo pater,

 

Cathédrale Sainte-Cécile. Albi. Source internet.
Cathédrale Sainte-Cécile. Albi. Source internet.
Cathédrale Sainte-Cécile. Albi. Source internet.
Cathédrale Sainte-Cécile. Albi. Source internet.
Cathédrale Sainte-Cécile. Albi. Source internet.
Cathédrale Sainte-Cécile. Albi. Source internet.

Cathédrale Sainte-Cécile. Albi. Source internet.

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