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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #ETUDES HISTORIQUES SUR LIEUX SAINTS

CATHÉDRALE NOTRE-DAME DE STRASBOURG.

DEUXIÈME PARTIE.

F.T JOLIMONT. 1827.

INTÉRIEUR.

La façade occidentale de cette église est sans contredit l'édifice le plus étonnant en son genre, autant par l'élégance et la hardiesse de son architecture, que par sa hauteur extraordinaire; mais plusieurs autres cathédrales présentent à l'intérieur des dispositions beaucoup plus avantageuses. Des nefs plus vastes, et accompagnées d'un plus grand nombre de latéraux, viennent aboutir à l'espace libre de la croisée, et derrière celle-ci recommence la perspective majestueuse des voûtes en ogive et des piliers gothiques d'un double chœur, dont l'œil a de la peine à mesurer la profondeur. Ici, au contraire, le chœur primitif est petit et d'une simplicité extrême : il a fallu, pour l'agrandir, y ajouter non-seulement tout le milieu de la croisée, mais encore une travée de la nef; et ces défauts, rendus encore plus sensibles par la grande fenêtre percée au fond du chevet, frappent dès l'entrée d'une manière peu agréable. Mais en arrêtant ses regards sur la nef et les bas-côtés, on rendra justice à la noblesse des proportions de ces parties de l'édifice, à la coupe ingénieuse des piliers, à l'élévation de la voûte centrale et à la beauté des vitraux coloriés, qui jettent dans ce temple auguste un clair-obscur magique[1].

Après avoir franchi l'une des portes occidentales, on se trouve d'abord dans le vestibule gigantesque construit par Erwin. Ses voûtes sont plus hautes que celles des nefs, et la grande arche du milieu laisse apercevoir dans son entier cette belle rose qui occupe les trois quarts du second étage du portail central. L'heureuse disposition de ses compartimens et de ses couleurs produit à l'intérieur, et surtout vers le soir, quand elle est éclairée en face par les rayons du soleil, un effet non moins admirable que celui qui résulte à l'extérieur de l'ingénieux artifice de son double encadrement. Entre cette rose et la porte, le massif du mur est interrompu par une galerie transparente et masqué par des sculptures variées, parmi lesquelles on distingue une autre rose plus petite, mais non moins habilement disposée[2]. Le bas des murs des latéraux étant décoré d'arcades dont les arcs sont découpés en forme de trèfles ou d'ogives trilobées, un arrangement analogue a été continué autour de ce vestibule; mais le style de cet ornement a été rapproché de celui de l'extérieur de la façade, et le haut de chaque arc est surmonté d'un petit fronton, terminé en flèche et garni de fleurons. Des côtés du nord et du midi les grandes et belles fenêtres du premier étage des tours s'ouvrent au-dessus de cet ornement. Leurs rosaces et leurs compartimens sont garnis de vitraux de couleur d'une grande beauté: ceux du nord représentent la création de l'homme, sa chute et le déluge; ceux du côté méridional, le Christ au milieu de la Jérusalem céleste.

Pour supporter le poids énorme des tours, les deux premiers piliers de la nef ont été renforcés par des massifs, dont la grande solidité est en partie cachée par des colonnes engagées, semblables à celles de ces piliers eux-mêmes, mais plus épaisses et plus multipliées[3]. Les six autres piliers, qui de chaque côté séparent la nef centrale des latéraux, forment, quant à la disposition de leurs bases, des carrés dont les diagonales font face aux arcs qu'ils ont à soutenir : ils sont garnis sur chaque angle d'une grande colonne engagée, et sur chaque côté de trois petites colonnes du même genre. Sur les trois faces où ces colonnes portent les arcs qui lient entre eux les piliers de chaque côté de la nef et les nervures des voûtes des latéraux, elles se terminent, à vingt-cinq pieds et demi au-dessus du pavé, par des chapiteaux ornés d'un feuillage très-varié, disposé tantôt sur deux, tantôt sur trois rangées, et toujours d'un travail très-remarquable [4]. Dans l'intérieur de la nef, les grandes colonnes des angles, accompagnées de chaque côté de deux autres plus petites, se prolongent (d'abord sur le massif du mur compris entre les arcs, et puis en avant d'une galerie qui règne au-dessus de ces arcs) jusqu'à la hauteur de soixante-cinq pieds : là elles se terminent par des chapiteaux semblables à ceux du bas, et portent les nervures de la voûte supérieure, dont la hauteur totale est de quatre-vingt-seize pieds [5].

La galerie dont il vient d'être parlé est divisée, par le prolongement des piliers principaux, en sept travées : chacune de celles-ci comprend quatre petits arceaux, terminés par une rosace en forme de trèfle à quatre feuilles, qui est portée par un meneau central. De chaque côté la travée qui touche au vestibule occidental présente (apparemment pour donner plus de solidité à cette partie de l'édifice) un mur plein, décoré de fausses arcades : du côté du nord, la seconde est occupée par les orgues, qui s'élèvent de là jusqu'à la naissance de la voûte supérieure, et dont on admire autant la belle disposition que la perfection intrinsèque[6]. Les huit compartimens de chacune des autres travées correspondent à autant de fenêtres, en forme de lancettes, s'ouvrant derrière les toits des bas-côtés : leurs vitraux étaient autrefois brillamment décorés des figures en pied des soixante-quinze ancêtres de Jésus-Christ nommés dans l'évangile de S.Luc. Il paraît que depuis long-temps, pour donner plus de jour à la nef, les parties inférieures de ces figures ont été remplacées par du verre blanc; mais on voit encore, du côté du nord, trente-neuf têtes avec leur légende : du côté du midi il n'en existe plus que trois, et l'on a mis à la place des autres des verres coloriés d'une combinaison arbitraire[7].

Au-dessus de celte galerie, les grandes fenêtres de la nef occupent tout l'intervalle que le prolongement des piliers, les arcs-doubleaux et les nervures de la voûte supérieure ont laissé disponible : leurs meneaux, surmontés de rosaces, les divisent chacune en quatre panneaux, et leurs vitraux, non moins ingénieusement décorés que ceux de la galerie, représentent, sur plusieurs bandes horizontales, un grand nombre de saints et de saintes, quelques figures allégoriques et des traits de l'histoire sacrée. Ces vitraux subsistent encore dans toute leur beauté, et la plupart des figures sont accompagnées de légendes, dont quelques-unes sont conçues en vers allemands [8].

La partie inférieure du cinquième pilier de la nef sert d'appui à la chaire. Celle qui subsiste aujourd'hui fut érigée, en 1486, pour le célèbre prédicateur Geyler de Raisersberg : c'est un chef-d'œuvre de sculpture en pierre, exécuté sur les dessins de Jean Hammerer, architecte de la cathédrale à cette époque[9]. C'est en 1732 que la dernière travée de la nef a été rehaussée pour être jointe à l'avant-chœur : le milieu de la croisée y avait été compris bien plus anciennement. La décoration régnant le long des murs des latéraux, que nous avons dit avoir été continuée avec quelques modifications sous les tours, mérite une attention particulière. Ses arcs sont soutenus par des colonnes simples, dont les chapiteaux sont ornés de feuillages plus variés encore que ceux des chapiteaux de la nef[10]  : ils sont aussi disposés pour la plupart d'après un style plus ancien, et qui forme une sorte de transition de l'architecture byzantine à celle à laquelle on a donné le nom impropre de gothique. Il en est de même des tores arrondis qui terminent et les découpures en trèfle et les arcs en ogive par lesquels celles-ci sont surmontées. Entre ces arcs l'on voit, tant dans des médaillons circulaires et très-profondément entaillées, que dans le reste de l'espace laissé disponible entre ces arcs et la corniche qui les domine, des sculptures d'une grande délicatesse. Plusieurs de celles des médaillons représentent des scènes capricieuses, parmi lesquelles on distingue un diable portant une femme sur ses épaules, un aigle s'abattant sur un cadavre, une cigogne tirant un os de la gueule d'un loup et d'autres figures encore plus singulières[11]. Ces sculptures continuent des deux côtés le long des quatre premières travées, à partir du vestibule. Les arcades de la cinquième eu sont dépourvues, et sont elles-mêmes d'un travail plus grossier. Dans la sixième et la septième, le mur latéral a été remplacé par de grandes arcades, s'ouvrant d'un côté dans la chapelle de Saint-Laurent et de l'autre dans celle de Sainte-Catherine. Dans les cinq autres la corniche qui domine les petites arcades est surmontée de fenêtres égales en largeur à celles du haut de la nef, et d'une disposition analogue. Leurs vitraux se distinguent non moins par une grande beauté de couleurs que par l'intérêt des sujets qu'ils représentent : on voit dans ceux du côté du nord une suite d'empereurs et de rois, bienfaiteurs de cette cathédrale, à la tête desquels (dans la fenêtre contigüe à la chapelle de Saint-Laurent) les trois rois mages présentent leurs offrandes à l'enfant Jésus. Le côté méridional est décoré des scènes miraculeuses de l'histoire du Christ, depuis sa naissance jusqu'à son ascension, et dans la dernière fenêtre, du côté du vestibule, le jugement dernier précède la Jérusalem céleste, dont nous avons parlé plus haut. On voyait autrefois dans ce collatéral un puits qu'on disait avoir existé dès le temps où l'emplacement de cette église servait encore au culte du paganisme, et avoir été béni du temps de Clovis par S. Remi. Son eau était employée aux baptêmes de la ville et des environs jusqu'au 16ième siècle : il fut fermé en 1766, et la source qui le fournissait sert aujourd'hui à la pompe de l'atelier des tailleurs de pierres, dans la cour duquel conduit une porte pratiquée dans la cinquième travée. Les deux dernières travées de ce collatéral, qui s'ouvrent dans la chapelle de Sainte-Catherine, sont subdivisées chacune en trois arcades par des piliers intermédiaires, ornés de statues de grandeur naturelle, mais d'un travail médiocre[12]. Les vitraux de cette chapelle sont en couleur, et leurs compartimens inférieurs (cachés en partie par les encadremens de deux autels) représentent les douze apôtres. Les deux travées opposées, s'ouvrant dans la chapelle de Saint-Laurent, ne sont subdivisées chacune qu'en deux arcades : on voit encore aux piliers qui les supportent des piédestaux et des dais très-artistement sculptés; mais les statues auxquelles ils étaient destinés ont été enlevées. Les fenêtres de cette chapelle ne sont garnies que de verres blancs.

Les arches du milieu de la croisée portent, du côté de la nef, sur deux piliers très-massifs et d'une disposition remarquable. Au-dessus d'un socle d'environ douze pieds de hauteur et de dix-sept pieds de diamètre, ils forment une sorte de croix grecque, garnie à l'extrémité de chaque branche et dans les angles rentrans de colonnes engagées[13]. En face des piliers de la nef et de l'extrémité des latéraux, ces colonnes, n'ayant que l'élévation nécessaire pour porter les retombées des premiers arceaux de ces parties de l'édifice, sont d'une proportion très-lourde : des deux autres côtés elles se prolongent à la hauteur de trente-sept pieds. Aux angles de l'arrière-chœur, des pilastres, ou demi-piliers, sont pourvus de colonnes engagées, correspondant à celles-ci, et ne commençant également qu'au haut d'un socle brut, qui s'élève à près de douze pieds au-dessus du pavé des ailes. Au haut de ces colonnes, un second étage de soutiens, consistant en pilastres de douze pieds d'élévation, porte les arches latérales : ces arches sont subdivisées de chaque côté en deux arcs pointus, soutenus à l'endroit de leur jonction par des colonnes simples, dont le socle est moins élevé que celui des colonnes engagées, et qui se prolongent jusqu'au niveau de l'entablement des pilastres superposés à celles-ci. Ces piliers mono-styles, de cinquante-cinq pieds de hauteur sur six pieds et demi de diamètre, sont d'un très-bel effet, et il serait encore plus imposant si derrière leur partie inférieure le milieu de la croisée, servant d'avant-chœur, n'était pas fermé des deux côtés par un mur haut de vingt-un pieds et demi [14](1). Mais, outre l'usage ordinaire, et dont l'on ne s'est écarté que rarement, de faire communiquer ce milieu avec chacune des ailes par une grande arche unique, les dispositions mêmes dont il vient d'être parlé, et par suite desquelles ces colonnes intermédiaires sont plus hautes que celles des piliers des angles, prouvent que, loin de faire partie du plan primitif, elles n'ont été insérées entre ces appuis principaux qu'après plusieurs autres changemens. En général, le renouvellement de cette partie centrale de la croisée, que nous croyons avoir été exécuté à plusieurs reprises, à l'occasion des quatre incendies du 12ième siècle, est prouvé non seulement par la forme ogive des voûtes et des arcs de la coupole et des côtés de cette portion de l'édifice, mais encore par tous les autres détails de son architecture[15]. C'est au même siècle que paraissent appartenir les colonnes engagées dans les piliers et leurs chapiteaux, qui sont ornés de larges feuilles, accompagnées de rinceaux et de guirlandes garnies de points relevés en diamans[16]. Les ornemens moins compliqués, mais analogues à ceux-ci, qu'on voit au haut des colonnes intermédiaires, paraissent avoir été disposés à leur imitation[17]. En même temps la hauteur singulière à laquelle prennent naissance les colonnes engagées, semble indiquer qu'elles ont été en quelque sorte greffées sur des bases plus anciennes, et les socles carrés, d'une hauteur disproportionnée, qu'on voit adossés aux angles de l'arrière-chœur, sont vraisemblablement un reste des piliers primitifs. L'élévation de ces socles, ou piédestaux, dépasse de beaucoup celle de l'exhaussement du pavé, par lequel le milieu de la croisée a été porté au niveau de l'arrière-chœur, et qui n'est que de quatre pieds neuf pouces; mais la naissance des colonnes intermédiaires correspond exactement à cette hauteur. Il paraît en conséquence que l'on modifia d'abord les piliers angulaires, sans penser encore à diviser les grandes arches et à rehausser ce pavé. Probablement ces dispositions ultérieures ne furent prises qu'après un nouvel accident, à la suite duquel les progrès du siècle et de la prospérité du diocèse et de la ville firent concevoir le projet d'un agrandissement du chœur, destiné à préparer celui du reste de l'église. Ajoutons que cet exhaussement ne saurait être contemporain de la première construction, tandis que d'un autre côté il remonte évidemment aune époque reculée, et fut accompagné de changemens notables; car il a été exécuté au moyen d'un prolongement de la chapelle souterraine, et les voûtes de la partie ajoutée à celle-ci sont d'un caractère moins antique que celles du fond, mais pourtant encore à plein cintre et appuyées sur des colonnes simples à chapiteaux cubiques : d'ailleurs, dans les églises de cette forme, restées intactes, le milieu de la croisée est ordinairement au même niveau que les ailes.

Il n'est pas moins intéressant pour l'histoire de cet édifice de faire observer qu'à l'époque de ces changemens l'on ne pensait point encore à donner à la nef la hauteur à laquelle elle a été portée depuis, sous la direction d'Erwin. Non-seulement l'arc qui termine le milieu de la croisée du côté de la nef principale, se ferme à vingt-deux pieds au-dessous de la voûte supérieure de celle-ci; mais on voit paraître, au haut du mur plein qui remplit cet espace, trois modillons appartenant aux décorations extérieures de la tour octogone. Le grand autel actuel, placé un peu en arrière du centre de l'avant-chœur, est en marbre de diverses couleurs; mais du reste d'une noble simplicité. Celui qu'il remplaça après l'incendie de 1759 était surmonté d'un baldaquin, dont les colonnes de marbre étaient ornées de bases et de chapiteaux de bronze doré : il avait été élevé en 1685 par l'évêque Guillaume Égon de Furstemberg[18]. L'arrière-chœur se termine à l'intérieur en demi-cercle, et il est fermé au haut par une voûte en plein cintre. Anciennement celte voûte était peinte et l'on y avait représenté le jugement dernier[19]. Il est reconnu depuis long-temps que les décorations en boiserie, dont la partie inférieure de tout ce chœur a été garnie en 1692, sont peu conformes au style de l'édifice, et déjà plusieurs fois il a été question de les changer. Mais il est d'autant plus difficile de satisfaire à ce sujet toutes les convenances, que l'architecture du chœur diffère elle-même de celle de la nef, et qu'il faudrait un style de transition bien habilement choisi pour se rapprocher à la fois de l'une et de l'autre.

On descend aujourd'hui à la chapelle souterraine dont il vient d'être parlé par deux grands escaliers, établis l'un vis-à-vis de l'autre, derrière les deux premiers piliers de la croisée [20]. Le passage qui résulte de cet arrangement sert de communication habituelle entre les deux ailes: des grilles en séparent d'un côté la chapelle elle-même et de l'autre un espace carré où l'on a disposé en 1683 un groupe de statues représentant Jésus-Christ et ses disciples sur la montagne des oliviers. Ce groupe, placé auparavant dans la chapelle de Sainte-Catherine, dans laquelle était autrefois le saint sépulcre, provient originairement d'une chapelle construite en 1378 et appartenant à un ancien couvent de religieux augustins. Du côté méridional de l'enclos où il est placé aujourd'hui, on peut descendre par un petit escalier dans une excavation faite en 1666 pour examiner les fondations de cette partie de l'édifice. On creusa alors à côté du grand pilier de la croisée, et l'on poussa sous ce pilier même une galerie étroite, qui est restée ouverte jusqu'à ce jour. On trouva la base des fondations en pierres de taille à seize pieds huit pouces et demi (ancienne mesure de Strasbourg) au-dessous du niveau du sol, et on les vit reposer sur de la terre glaise, qui jusqu'à la profondeur d'environ deux pieds était fortement battue : plus bas on rencontra l'argile naturelle de quatre pieds et demi d'épaisseur, et au-dessous de celle-ci du gravier, dans lequel on vit paraître, à quatre pieds sept pouces et demi plus bas, de l'eau provenant vraisemblablement de sources souterraines. Celles-ci sont très-abondantes à cette profondeur de notre sol, et elles communiquent ordinairement tant entre elles qu'avec la rivière. Une tradition, consignée dans l'ouvrage de Schad, portait que les fondations jetées sous la direction de l'évêque Wernher posaient sur un pilotis de bois d'aune, enfoncé dans l'eau : mais, au lieu de ce pilotis, on ne trouva que des pieux de quatre à cinq pieds de longueur et de cinq pouces sur trois d'épaisseur, n'allant point jusqu'à l'eau, mais simplement destinés à raffermir la terre glaise; encore n'y avait-il plus que les trous qu'ils avaient laissés, le bois étant pourri et réduit en poussière. L'année précédente on avait sondé, de la même manière, les fondations des tours, et l'on en avait rencontré la base à vingt-un pieds trois pouces sous terre, posant sur une couche de deux pieds de terre glaise, battue et mêlée de charbons, mais sans être traversée par des pieux : sous cette couche l'argile naturelle n'avait plus qu'un pied d'épaisseur et reposait également sur du gravier, dans lequel on vit aussi paraître de l'eau. Eu trouvant sous le pilier de la croisée les pieux dans l'état que nous venons de décrire, on reconnut la supériorité qu'avaient sur ce procédé ancien les précautions prises par Erwin, qui, sans employer ce moyen, avait creusé des fondations plus profondes et avait évidé davantage l'argile naturelle[21]. L'excavation faite sous l'une des tours ne resta ouverte que pendant peu de temps : dans celle opérée sous la croisée, on voit, outre la galerie dont nous avons parlé, un petit bassin carré, assez profond pour que l'eau s'y maintienne presque toujours[22]. Ce bassin, où le vulgaire raconte qu'on peut aller en bateau et naviguer sous une partie de la ville, n'a que quatre pieds de longueur sur deux et demi de largeur.

La chapelle basse est divisée en une nef centrale et en deux latéraux, par deux rangées de colonnes et de piliers. Sous le centre de la croisée trois colonnes simples, à chapiteaux cubiques, dépourvus d'ornemens, placées de chaque côté, portent des voûtes d'arête sans nervures : sous l'arrière-chœur deux colonnes simples, plus petites, alternent de chaque côté avec deux piliers, et ces appuis soutiennent des arcs surmontés de voûtes en berceau. Les chapiteaux des colonnes ont la forme d'une pyramide tronquée et renversée : ils sont ornés, sur les côtés, de rinceaux singulièrement entrelacés, et aux angles, de figures bizarres, paraissant représenter des diables[23]. Vers le fond on remarque, le long du mur, des restes d'une corniche ou plate-bande élégamment décorée de rinceaux recourbés sur eux-mêmes en une suite de spirales. Depuis l'an 1682 cette chapelle est employée pour le saint sépulcre, et les jeudi et vendredi saints on la voit richement décorée et éclairée d'un grand nombre de cierges. Il paraît qu'auparavant on avait oublié sa destination religieuse et qu'on ne la regardait que comme un caveau; aussi ne trouve-t-on nulle part la moindre indication historique sur son origine. Le caractère antique des voûtes du fond et des chapiteaux des colonnes qui les soutiennent a fait penser à plusieurs connaisseurs que cette partie pourrait être un reste d'une construction antérieure à celle de Wernher, ou du moins que ces colonnes ont été transportées d'une chapelle plus ancienne dans celle-ci : il serait difficile de porter à ce sujet un jugement décisif.

Déjà nous avons parlé de la porte antique de l'aile septentrionale, autrefois extérieure, mais masquée aujourd'hui par le portail de Saint-Laurent. A l'intérieur de cette porte, un arc en ogive, adossé au mur, est appuyé sur des pilastres dont les chapiteaux représentent des figures humaines bizarrement accroupies. Plus loin, de petites colonnes simples portent une petite arcade analogue à celles des bas-côtés, mais à plein cintre : les chapiteaux de ces colonnes sont très-variés et ornés soit de simples feuillages, soit de feuillages combinés avec des têtes humaines[24] (1). Dans l'angle nord-est de cette aile, et à côté de la porte d'une sacristie octogone fort élégante, construite, en 1744, pour l'usage du grand-chapitre, on remarque une décoration d'architecture d'un caractère tout-à-fait singulier : elle ressemble à un portail du style byzantin, richement orné; le haut est surmonté d'un fronton sur lequel serpente une ligne ondulée en forme de grecque. Au-dessous de ce fronton, une suite rentrante de tores arrondis et recourbés en plein cintre est portée par autant de colonnes engagées, dont les chapiteaux, liés entre eux, sont décorés de sculptures aussi délicates qu'ingénieuses: elles représentent d'un côté une série d'oiseaux entrelacés par leurs cols et leurs queues, à la tête desquels une sirène allaite son petit [25]; de l'autre côté c'est une suite de nœuds formés par des rubans garnis de perles ou de diaraans, et enveloppant des fleurs de lis; aux deux extrémités, des figures penchées à terre tiennent les bouts des rubans et semblent avoir tressé ces nœuds. Il paraît que cette niche somptueuse recouvrait autrefois l'autel de Saint-Laurent, et formait une sorte de chœur de la chapelle de ce nom, établie dans cette aile jusqu'en 1698. Quelque divergence dans les traditions jette cependant un peu d'incertitude sur cette conjecture [26]. Aujourd'hui ce beau portail ne sert que d'entrée à une sacristie accessoire et à la petite cour où se trouvent les épitaphes de la famille d'Erwin[27].

Entre cette décoration et l'angle de l'arrière-chœur, une porte en ogive et quelques degrés conduisent à une chapelle basse, anciennement dédiée à S. Jean-Baptiste, et particulièrement consacrée à la sépulture des évêques et des chanoines; elle a servi depuis de sacristie au grand-chœur [28], et encore aujourd'hui elle porte ce nom. On y voit plusieurs monumens funèbres, parmi lesquels se distingue celui de l'évêque Conrad III de Lichtenberg, mort en 1299, et sous lequel avait été commencée la construction de la façade occidentale. L'architecture de cette chapelle est en général du style gothique; cependant plusieurs des colonnes, servant d'appui aux nervures des voûtes, sont monostyles, et les chapiteaux des demi-colonnes engagées dans le mur de l'arrière-chœur appartiennent au style byzantin : ils ont beaucoup de ressemblance avec ceux des colonnes engagées dans les piliers angulaires de la croisée[29].

Entre le même angle de cette aile et l'un des escaliers par lesquels on monte à l'avant-chœur, on remarque le baptistère, chef-d'œuvre de sculpture en pierre, exécuté, en 1453, sur les dessins de l'architecte Jodoque Dotzinger. Il est à regretter que sa partie inférieure soit entièrement cachée par l'espèce d'estrade en pierres dans laquelle il est enfoncé. Le pilier placé au centre de cette aile, pour soutenir les nervures des voûtes supérieures, est monostyle et dépourvu d'ornemens; mais ses proportions sveltes et sa grande élévation lui attirent une juste admiration. Dans l'aperçu de l'histoire de cette cathédrale nous avons fait la remarque que ces piliers, placés au milieu des deux ailes, se joignent à d'autres raisons pour faire penser que ces ailes n'avaient d'abord que la moitié de leur longueur actuelle : on peut ajouter qu'ils correspondent aux piliers intermédiaires des grandes arches du centre de la croisée; et comme on vient de le faire voir, ces piliers n'appartiennent pas non plus à la construction primitive. D'ailleurs, quoique cette aile septentrionale porte un caractère plus ancien que celle du midi, le renouvellement de sa façade est prouvé par les arcs pointus des fenêtres de son second étage, et le style des ornemens intérieurs du premier ne semble pas non plus appartenir à une époque antérieure au 12ième siècle.

Le pilier central de l'aile méridionale est garni de quatre grandes colonnes engagées, entre lesquelles quatre autres plus petites sont interrompues par trois étages de statues de grandeur naturelle. Celles du bas représentent les quatre évangélistes, caractérisés par leurs attributs symboliques, sculptés sur les piédestaux; plus haut l'on voit quatre anges embouchant des trompettes, et au-dessus de ceux-ci un Christ, et trois autres anges portant les instrumens de la passion[30]. Ces figures sont  un peu maigres; mais elles sont sculptées avec soin, et les têtes sont d'une expression très-noble : elles ont, sous le rapport du style, beaucoup de ressemblance avec d'autres statues de l'époque d'Erwin, et notamment avec celles que l'on voit à l'extérieur du portail de cette aile, et dont quelques-unes étaient l'ouvrage de sa fille. En même temps les fenêtres du côté oriental de cette partie de l'édifice[31], et surtout les moulures de la corniche extérieure de ce côté, présentent des dispositions tout-à-fait semblables à celles que l'on remarque dans les parties qui bien certainement ont été construites par ce grand architecte. Enfin, l'on a reconnu depuis peu de temps, dans une figure fixant ses regards sur le pilier central, et qui est placée auprès de l'angle de l'arrière-chœur, derrière la balustrade d'une galerie qui règne au-dessous de deux de ces fenêtres, un portrait de ce maître ressemblant à celui qu'on voit au bas de la tour supérieure, mais sculpté avec plus de finesse et d'une expression pleine de profondeur et de génie[32]. Toutes ces circonstances se réunissent pour prouver que cet habile homme s'est occupé soit de l'achèvement, soit du renouvellement de cette aile : c'était peut-être par là qu'il avait commencé ses illustres travaux dans cette cathédrale. Il paraît cependant que dans cette partie il s'est borné à décorer de statues le portail et le pilier central, et à renouveler le haut du côté oriental; car il est à croire que le pilier lui-même et la façade méridionale existaient avant lui, et le renouvellement d'une partie de cette façade, ainsi que du mur occidental de cette aile, indiqué par l'interruption de plusieurs colonnes engagées dans le mur, paraît également avoir été antérieur à son époque. Les décorations en arcades, portées par de petites colonnes simples, qui accompagnent l'intérieur de la porte et correspondent à celles de l'autre aile, appartiennent aussi au style ancien.

Il en est de même des deux arcs à plein cintre, soutenus également par de petites colonnes simples, qu'on voit au-dessous de la galerie où est placée la statue d'Erwin[33] : ils paraissent avoir ouvert autrefois une libre communication avec l'ancienne chapelle de Saint-André qui correspond à celle de Saint-Jean-Baptiste : ils sont murés aujourd'hui, et l'on entre dans cette chapelle, devenue dans la suite la sacristie du séminaire, par une porte en ogive percée un peu plus à droite. Cette chapelle est d'un style bien plus antique que celle avec laquelle elle forme symétrie: toutes ses voûtes sont à plein cintre, et les chapiteaux des pilastres et des colonnes qui les supportent ressemblent tous plus ou moins à ceux qu'on ne voit dans l'autre qu'aux demi-colonnes engagées dans le mur de l'arrière-chœur[34]. C'est aussi la porte orientale de cette chapelle basse au sujet de laquelle nous avons remarqué, dans la description de l'extérieur, qu'elle est d'un style très-ancien : elle ne consiste qu'en tores recourbés en plein cintre et garnis, sur la ligne de terre, d'éperons ou de pattes d'une grandeur peu commune et d'une forme bizarre[35]. A côté de la porte qui s'ouvre dans l'aile, une colonne engagée, qui porte les nervures de la voûte supérieure de celle-ci, pose sur un culde-lampe d'un dessin fort ingénieux : cette colonne a l'air d'être soutenue par un jeune homme penché, dans une attitude aussi hardie que gracieuse, entre des pampres et des grappes de raisin.

Enfin, l'autre moitié du même côté de cette aile est occupée par une horloge astronomique, qui a été comptée parmi les sept merveilles de l'Allemagne : dans leur énumération l'on mettait la tour de cette cathédrale au premier rang, le chœur de celle de Cologne au second, et cette horloge au troisième. Une première horloge du même genre avait été construite dès l'an 1352 dans l'angle opposé : celle qui n'a cessé de marcher que de nos jours, et dont les principales décorations et la plupart des rouages existent encore, a été exécutée, entre les années 1571 et 1574, par les habiles horlogers Isaac et Josias Habrecht et par l'estimable peintre Tobie Stimmer, sous la direction du savant professeur de mathématiques Conrad Dasypodius. Elle représentait les révolutions du ciel et les mouvemens des planètes d'après le système de Ptolémée. On y voyait les phases de la lune, la marche du soleil et un calendrier perpétuel de l'année julienne, disposé de manière à indiquer non-seulement les jours du mois avec leurs saints, mais encore pendant cent ans les dates des années, les fêtes mobiles et tout le comput ecclésiastique. Les jours de la semaine venaient se montrer sous la forme des divinités planétaires qui président à cette révolution; les heures étaient sonnées par un Christ repoussant la mort, et les quarts d'heure par des automates figurant les quatre âges de l'homme. Le tout était surmonté d'un carillon, après la sonnerie duquel un coq chantait en battant des ailes. Ce coq était un reste de l'horloge du 14ième  siècle; mais sa mécanique fut dérangée dès les années 1625 et 1640, où il fut frappé par la foudre. Il était placé sur la tourelle particulière qu'on voit à la gauche de l'horloge et dans laquelle se trouvaient aussi les poids de celle-ci. On monte aux divers étages de cette machine compliquée par un escalier taillé en pierres, placé dans l'angle sud-est de cette aile[36] et remarquable par la transparence de ses tournans et de sa cage, qui ne consiste qu'en colonnes fort élancées.

Vis-à-vis de cette horloge on a marqué sur le mur la circonférence d'une cloche d'une grandeur extraordinaire, fondue en 1517 et montée au clocher de cette cathédrale en 1521 ; mais qui au bout de quelques mois s'est fendue pour avoir été sonnée, le jour de Noël, pendant un froid d'une rigueur excessive : elle avait onze pieds de diamètre et pesait quatre cent vingt quintaux. Nous avons parlé, dans l'introduction historique, des riches dotations dont jouit cette église et de la sagesse avec laquelle on emploie à son entretien ces fonds considérables, qu'un décret spécial a empêchés d'être aliénés pendant la révolution. Une maison appartenant à l'œuvre, et située vis-à-vis de la tour méridionale, est destinée à la recette. Construite pour la première fois en 1247, elle a été renouvelée au 14ième  et au 15ième  siècle, et en dernier lieu en 1581. Son architecture est remarquable sous plus d'un rapport, et l'on y admire surtout un escalier tournant dont les rampes et les décorations sont taillées avec beaucoup de soin, et dont le noyau transparent est soutenu par des colonnes très délicates et ornées dans un goût parfait[37].

Rappelons encore les principaux souvenirs historiques qui se rattachent à cette église. On a vu qu'ils remontent aux siècles les plus reculés, et avec plus d'éclat aux premiers temps de la monarchie française. La cathédrale construite par Clovis fut vraisemblablement agrandie par la munificence des rois d'Austrasie, ses descendans. Si nous avons été forcés de reconnaître pour fabuleux le renouvellement de son chœur par Charlemagne, il n'en est pas de même des présens magnifiques dont elle fut honorée par ce souverain : on cite parmi ces dons un riche reliquaire, une croix toute d'or et un pseautier sur lequel son nom était écrit de sa propre main. Entre les empereurs germaniques, Henri II lui voua une attention particulière : on rapporte que, l'ayant visitée pendant que l'évêque Wernher était occupé à la reconstruire, il conçut le dessein de se faire recevoir au nombre de ses chanoines. On dit que ce ne fut qu'après l'avoir reçu sous son obédience, que l'évêque, joignant à ses exhortations l'autorité qu'il venait d'acquérir sur le monarque, parvint à lui faire reprendre la couronne et les soins de l'Empire. On ajoute que ce fut en mémoire de cet événement que le saint empereur fonda un canonicat, doté d'une riche prébende, dont le titulaire a porté jusqu'à nos jours le nom de roi du chœur. On a conservé le souvenir des riches présens que fit à cette cathédrale l'empereur Fréderic Barberousse. Il est à croire que ce souverain et les princes de sa famille, qui réunissaient à la dignité impériale la qualité de ducs de la Souabe et de l'Alsace, et auxquels cette province a d'ailleurs de si grandes obligations, secondèrent puissamment les travaux exécutés dans cette église vers la fin du 12.e et au commencement du 13ième siècle. La construction de la façade occidentale se rattache à la grande époque de Rodolphe de Habsbourg, dont la statue y fut placée en mémoire de ses bienfaits. Les successeurs de cet empereur visitèrent souvent cette basilique, et c'est sur les degrés de la porte de son aile méridionale qu'ils avaient coutume de recevoir les hommages des habitans de la ville et de la province. Dans ces temps l'intérieur du chœur était décoré des drapeaux et des autres trophées conquis par les citoyens de Strasbourg dans les combats où avait brillé leur bannière victorieuse. Cest devant le portail occidental que les magistrats et les tribus de la bourgeoisie prêtaient, au renouvellement de chaque année, un serment solennel. Ce temple ayant servi tour à tour à deux cultes divers, ses voûtes ont retenti des voix éloquentes des prédicateurs de l'un et de l'autre. Son grand-chapitre était l'un des plus illustres de toute l'Allemagne, et ses évêques étaient des princes puissans, ayant voix et séance aux diètes de l'Empire. Cette prérogative leur fut conservée depuis la réunion de l'Alsace à la France, en considération de la partie de leur évéché située, sur la rive droite du Rhin [38], et ils jouirent en même temps d'un rang non moins distingué parmi les prélats de France.

Louis XIV, accompagné de toute sa cour, visita cette église dès le lendemain du jour où il vint prendre possession de Strasbourg, et l'on estime à plusieurs millions la valeur des ornemens dont il fit présent à ses chanoines. C'est dans cette cathédrale que fut célébré, en 1725, le mariage de Louis XV (représenté par Louis, duc d'Orléans, premier prince du sang) avec la fille du roi de Pologne. Louis XV lui-même vint y faire ses dévotions en 1744- L'infortunée reine Marie-Antoinette la visita à son entrée en France en 177o, et cinq ans plus tard Louis XVI accorda à son grand-chapitre une décoration particulière, en reconnaissant formellement que ce chapitre tenait le premier rang parmi tous les corps ecclésiastiques affectés à la haute noblesse.

A côté de ces hommages où l'éclat du rang se confond avec la majesté de la religion, les beautés de l'édifice lui-même et le génie d'Erwin, son principal architecte, furent appréciés par des suffrages de plus en plus éclairés. Le célèbre Gœthe lui consacra quelques-unes de ses pages éloquentes; d'autres écrivains distingués rivalisèrent d'efforts pour en faire connaître et sentir le mérite : un goût moins rétréci cessa de dédaigner le style de l'architecture qu'on y voit briller, et l'on rendit autant de justice à ses ingénieux détails qu'à l'effet imposant de son étonnante élévation. Dans les temps même où les ravages de la guerre désunissaient les peuples, où la flèche de cette cathédrale célébrait par les mille flambeaux de ses brillantes illuminations des événemens qui pesaient douloureusement sur une partie de l'Europe, ce monument, auquel deux nations rivales se plaisent à rattacher une grande part de leur antique illustration dans les arts, ne cessa de réunir tous les sentimens dans une commune admiration. Puisse-t-il, préservé à jamais de tout accident funeste, être toujours environné de paix, d'union et de prospérité.

FIN.

[1] C'est par ces considérations qu'à la planche 11ième on a représenté l'intérieur de cette cathédrale par une vue prise de côté, et qui n'en montre que les parties les plus belles.[2] Ces ornemens sont représentés au milieu de la planche 14ième. [3]  Voyez le plan de l'édifice fourni par la planche 10ième et qui pourra servir d'éclaircissement à toute celle description. [4]  La planche 14ième, où les chapiteaux les plus remarquables de l'intérieur de cet édifice sont rangés, autant que possible, scion leur ordre chronologique, représente, figure 9ième  le chapiteau de l'une des colonnes engagées du premier pilier septentrional de nef du côté du chœur, et figure 10ième, celui d'une colonne du troisième pilier, à partir de l'entrée occidentale. [5] La diagonale de la base de ces piliers est de huit pieds et quelques pouces : leur distance varie de seize à dix-neuf pieds, ceux du côté de la croisée étant plus écartés les uns des autres que ceux du côté de l'occident. La largeur de la nef centrale, mesurée entre les centres des piliers correspondans, est de cinquante pieds; celle des latéraux, mesurée entre le même centre et le massif du mur, de trente-un pieds et demi : la hauteur de la voûte de ceux-ci est de quarante pieds quatre pouces. [6]  Ces orgues ont été plusieurs fois renouvelées, et l'on trouve à ce sujet d'amples détails dans les Essais de Grandidier. Celles qui subsistent aujourd'hui ont été faites, entre les années 1713 et 1716, par André Silbermann, père de Jean-André, qui a joint au talent de son père le mérite de nous avoir conservé plusieurs notices utiles sur l'état ancien de cette cathédrale et de beaucoup d'autres monumens de ces contrées. [7]  Ces figures commencent du côté du nord, près du chœur, par S. Jean-Baptiste et Jésus-Christ: on voit ensuite S. Joseph et les cinq premières générations dans leur ordre légitime; mais plus loin il y a plusieurs erreurs dans les noms et une grande confusion dans l'ordre des personnes. Pour remplir les quatre-vingt-huit fenêtres on avait sans doute ajouté à cette généalogie d'autres personnages sacrés. L'on voit encore d'autres tableaux, tirés de l'histoire sainte, dans de petites fenêtres rondes placées entre les ogives des fenêtres à lancettes; mais je n'ai point pu reconnaître s'ils forment une suite régulière. Les huit fenêtres de la travée qui suit celle des orgues, sont en partie cachées par une tribune destinée autrefois aux musiciens. [8] On rapporte que beaucoup de ces vitraux furent donnés à cette cathédrale par des personnes pieuses, qui, pour ajouter au mérite de cette générosité, les ont apportés sur leurs épaules. Selon Grandidier ils furent peints, pour la plupart, aux 14ième et 15ième siècles; et cet auteur cite une charte de l'an 1348, où un maître, Jean de Kirchheim, est appelé pictor vitrorum in ecclesia Argentinensi. La moitié des fenêtres des deux travées qui touchent au vestibule occidental a été remplacée par un mur plein, derrière lequel s'élèvent les contre-forts des tours. Les vitraux de la demi-fenêtre du côté méridional se distinguent des autres en ce qu'ils représentent, en quatorze compartimens, des vertus combattant des vices. [9] Le beau dessin de cette chaire, fourni par la planche 9ième, dispense d'en faire une description détaillée. Le couvercle ou abat-voix représenté sur cette planche est sculpté en bois et a été placé il v a peu d'années: celui qu'on voyait avant la révolution avait été fait en 1618, et s'accordait beaucoup moins avec le style de la chaire. Il existait autrefois vis-à-vis de celle-ci, au-dessous des chapiteaux de deux piliers, des figures grotesques, auxquelles l'ignorance des usages anciens, des vers satiriques et des gravures vendues avec affectation pendant l'octave de la Fête-Dieu, ont donné une fâcheuse célébrité: elles représentaient plusieurs animaux exerçant des fonctions sacerdotales. Quelques personnes ont prétendu qu'elles avaient été sculptées pendant que ce temple servait au culte protestant : elles ne pouvaient, au contraire, avoir été exécutées que par le caprice des architectes mêmes par lesquels ces piliers avaient été élevés ou renouvelés, et sous ce rapport la date de 1298, que leur attribue Schad, n'est pas sans importance pour l'histoire de cet édifice; car elle parait indiquer que les réparations auxquelles a donné lieu l'incendie de cette année se sont étendues beaucoup plus loin qu'on ne le pense ordinairement. L'on voit encore dans plusieurs églises anciennes des bizarreries semblables ou même plus singulières : celles-ci ont été détruites et grattées en 1685. [10] On a représenté deux de ces chapiteaux à la planche 14ième figures 11ième et 12ième.[11]  La petitesse des dimensions de ces figures, et le peu de jour qu'elles reçoivent, les rend difficiles à reconnaître. Celles que je viens d'indiquer se trouvent dans les premières travées du latéral septentrional. On remarque dans la même série, et en dehors des médaillons, la représentation d'un édifice que la tradition appelle la petite cathédrale, et qui pourrait bien nous montrer cette église telle qu'elle était à une époque au sujet de laquelle nous n'avons d'ailleurs aucune donnée historique : on y voit trois tours surmontant la façade occidentale, et d'autres tours au-dessus de la croisée et du chœur. [12] Elles représentent Ste Catherine, Ste Elisabeth, S.Florent, S. Paul et S. Jean : une sixième statue a été enlevée, et n'est point encore remplacée. [13]  Une partie de ces dispositions est masquée par des escaliers en pierre adossés à ces piliers, et construits, en 1743, pour conduire à des tribunes destinées à la musique, qui furent établies à la même époque entre ces soutiens et les premiers piliers de la nef. On voyait autrefois à l'entrée du chœur (terminé alors par les deux piliers de la croisée) un ambon en pierre d'un travail distingué : il fut abattu en 1682, et remplacé, quatre-vingts ans plus tard, par une grille en fer, chef-d'œuvre de serrurerie. Cette grille a été enlevée pendant la révolution : aujourd'hui le chœur n'est fermé que par une balustrade à hauteur d'appui. [14]  La planche 12ième représente la plus grande partie des dispositions dont il vient d'être parlé : on en reconnaîtra aussi les principales sur le plan fourni par la planche 10ième. [15] Voyez ce que nous avons dit sur ces incendies à la page 7 de cette notice. Il est fâcheux que nous n'ayons sur les renouvellemens, qui nécessairement ont dû en être la suite, aucune donnée historique de quelque précision : on se borne à vanter les soins et les dépenses que l'évêque Burchard employa aux réparations de l'édifice après l'incendie de l'an 115o. [16]  Voyez figure 4ième  la planche 14ième. Plusieurs autres églises de nos contrées, qui bien certainement ne sont point antérieures au 12ième siècle, présentent des chapiteaux analogues à ceux-ci. [17]  Voyez la figure 8ième  de la même planche, qui représente la moitié de l'un de ces chapiteaux : ils sont couronnés par un entablement octogone. [18] Un autel plus ancien était décoré de célèbres sculptures en bois, exécutées, en 1501, par Nicolas de Haguenau. [19]  Cette peinture avait été exécutée en 1486, à l'occasion d'une réparation, dont il ne s'est conservé que des notices incomplètes : il en est de même d'autres réparations faites au chœur entre les années 1455 à 146o. [20] Avant le dernier agrandissement du chœur on y descendait du côté de la nef. [21] Ces détails sont tirés d'un manuscrit laissé par l'architecte Heckler, qui avait assisté aux deux opérations : et la relation de cette fouille fournit une preuve de plus de ce qu'à l'époque où elle fut entreprise, la tradition fabuleuse, d'après laquelle tout le chœur actuel aurait était construit par Charlemagne, n'avait point encore prévalu; car ce ne furent point les fondations jetées par ordre de ce monarque, mais celles posées par l'évêque Wernher, qu'on chercha et qu'on trouva sous l'un des piliers principaux de cette partie de l'édifice. [22] Quelquefois elle déborde et monte jusqu'aux degrés de l'escalier; mais elle ne tarit que dans les grandes sécheresses. D'après des mesures exactes qui viennent d'être prises, la base des fondations du pilier est à quinze pieds de France quatre pouces et deux lignes au-dessous du pavé de la nef et des ailes; la galerie ouverte sous ces fondations a cinq pieds et un pouce de hauteur, et le fond du bassin est à vingt-cinq pieds deux pouces au-dessous du pavé. [23] L'un de ces chapiteaux a été représenté à la figure 1ère  de la planche 14ième. La figure 2ième  fait voir la forme plus simple des chapiteaux de la partie antérieure. Cette chapelle a sous l'arrière-chœur vingt-neuf pieds de longueur (sans compter l'enfoncement aboutissant à la fenêtre dans lequel se trouve l'autel) et trente-six pieds de largeur; sous le centre de la croisée, quarante pieds de largeur et trente-quatre de longueur : la hauteur des voûtes est d'environ quinze pieds. Deux piliers, d'une forme grossièrement arrondie, qu'on remarque vers le devant, derrière les colonnes, n'appartiennent point à la construction primitive, mais n'ont été posés qu'en 1681, pour supporter l'autel, surmonté d'un baldaquin en marbre, qu'on s'occupait dès lors à placer dans l'avant-chœur. [24]  La figure 5ième  de la planche 14ième  représente l'un de ces chapiteaux. [25] Voyez la figure 6ième de la planche 14ième. [26] Grandidier dit que l'autel de Saint-Laurent fut remplacé par un autel du Christ. On prétend aujourd'hui que cette niche renfermait un autel du Saint-Esprit : cependant les indications données par cet auteur conviennent parfaitement à cet endroit; mais on est surpris de ce que ni lui ni aucun autre écrivain plus ancien n'ait parlé de cet encadrement si remarquable. L'ancienne chapelle de Saint-Laurent a été abandonnée à cause de l'incommodité de sa position, auprès d'un lieu servant de passage. [27]  Elles sont sculptées l'une à la suite de l'autre, au bas de l'un des contre-forts extérieurs de la chapelle dont il va être parlé. Le dernier mot de celle du fils, par laquelle elles se terminent, est aujourd'hui à demi effacé, et l'avant-dernier est rendu difficile à reconnaître par l'omission d'une lettre essentielle : ces deux mots ne sont d'ailleurs écrits qu'en abréviations. Cette fin a été lue par plusieurs auteurs filius Erwini Magistri, operis sui cemulus; et je me suis moi-même laissé tromper par cette fausse leçon, que j'ai traduite (à la page 12) par émule de l’ouvrage de son père. Le pronom sui mis pour ejus n'aurait rien d'extraordinaire, cette faute étant très-fréquente dans la latinité du moyen âge; mais un examen plus attentif, secondé par le manuscrit de Heckler le fils, dont je n'ai eu connaissance que depuis le commencement de l'impression de cette description, m'a convaincu qu'il faut lire operis hujus ecclesiae. [28] On appelait grand-chœur, les prébendiers, ou chanoines non nobles, qui faisaient habituellement le service du chœur. [29] La partie de cette chapelle qui renferme le monument de Conrad fait l'objet de la planche 13ième et les détails de l'un des chapiteaux des colonnes engagées sont représentés par la figure 3ième de la planche 14ième. La ressemblance de ces chapiteaux avec ceux des piliers de la croisée fournit peut-être un appui de plus à la conjecture que les premiers renouvellemens du 12ième siècle pourraient s'être étendus jusqu'à l'arrière-chœur. [30]  Ce pilier forme le sujet principal de la planche 12ième. [31] Malgré quelques dégradations, les vitraux de ces fenêtres sont encore fort beaux; mais l'on ne voit plus que les pieds d'un grand S. Christophe vanté dans toutes les descriptions de cette cathédrale. Les vitraux de l'aile septentrionale ont souffert des altérations plus considérables : on reconnaît cependant encore dans ceux du côté de l'orient, au milieu de verres coloriés modernes, les figures anciennes du Christ et de S. Laurent, de la S.M Vierge et de S. Jean. [32]  On débitait autrefois sur cette figure plusieurs fables puériles, et il ne s'y rattachait aucune tradition historique: mais déjà Silbermann avait reconnu qu'elle portait le costume dans lequel les architectes de l'œuvre avaient coutume de se présenter devant le magistrat de la ville. [33] Le chapiteau d'une de ces colonnes est représenté à la planche 14ième  figure 7ième.[34] La figure 5ième de la planche 14ième a paru suffisante pour donner une idée des uns et des autres. [35] Cette chapelle renferme, ainsi que celle de Saint-Jean-Baptiste, quelques anciennes sépultures: la première en date est de l'an 119o. [36] C'est de cet angle qu'a été pris le dessin de la planche 12ième  et l'on voit au premier plan quelques-unes des décorations de cette horloge. M. Schwilgué, habile mécanicien de Schlestadt, vient de proposer à l'Administration de rétablir ce célèbre ouvrage, soit en se bornant à réparer le mécanisme et les figures d'autrefois, soit en y ajoutant les améliorations les plus essentielles exigées par les progrès des connaissances astronomiques, soit enfin en reconstruisant le tout à neuf d'après l'état actuel de ces connaissances et la perfection où ont été portés les arts mécaniques. [37] La planche 15ième représente une partie de cet escalier et deux des portes qui s'ouvrent sur ses paliers. [38] Elle leur avait été ôtée en 1674; mais elle leur fut rendue par la paix de Ryswick : ils ne recommencèrent cependant à en faire usage que depuis l'an 1723. A la suite d'une négociation conduite par le célèbre Schœpflin, le cardinal de Rohan reçut alors de l'empereur Charles VI l'investiture Formelle de la principauté au-delà du Rhin. (Voyez les Essais de Grandidier, page 163.)

 

LITHOGRAPHIES DE DUPUY.
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Cathédrale de Strasbourg.  Photos Rhonan de Bar. Copyright.. Cathédrale de Strasbourg.  Photos Rhonan de Bar. Copyright.. Cathédrale de Strasbourg.  Photos Rhonan de Bar. Copyright..
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