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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #ETUDES HISTORIQUES SUR LIEUX SAINTS

CATHÉDRALE NOTRE-DAME DE STRASBOURG.

PREMIÈRE PARTIE.

F.T JOLIMONT. 1827

La façade de l'église cathédrale de Strasbourg est, après la plus grande des pyramides de l'Égypte, l'édifice le plus élevé que l'on connaisse[1]. Les proportions aussi sveltes que majestueuses du portail, l'élégance et la délicatesse des ornemens qui en couvrent les massifs et en distinguent les étages, la merveilleuse transparence, tant du corps de la tour, que des tourelles détachées où l'on voit monter les spirales déliées de ses quatre escaliers, enfin, l'habile disposition de la flèche, la légèreté de ses masses, la finesse de ses détails et la grâce de ses formes, tout concourt avec cette élévation prodigieuse pour porter au suprême degré l'étonnement et l'admiration qu'inspire ce chef-d'œuvre de l'architecture sacrée du moyen âge. La nef de cette cathédrale, quoique fort belle et d'une grandeur peu commune, ne répond pas entièrement à ces dimensions gigantesques: la croisée et le chœur, qui sont d'une époque plus ancienne, s'en écartent encore davantage. Mais, si ce défaut d'unité dans l'ensemble laisse aux yeux quelque chose à désirer, la diversité du style de ses parties différentes offre au connaisseur un autre genre d'intérêt: il y trouve les matériaux d'une étude presque complète de l'histoire des variations qu'a subies ce genre d'architecture. Cette considération donnerait une haute importance à la fixation précise des dates de la construction de chacune de ces parties. Malheureusement il n'est pas toujours possible d'arriver sur ce point à une certitude entière; mais on peut du moins, en remontant aux autorités les plus anciennes et en faisant usage de la critique portée depuis quelque temps dans cette partie de l'histoire des arts, éviter les erreurs grossières que des traditions modernes, accueillies avec trop de facilité, ont répandues dans tous les ouvrages spéciaux qui ont paru jusqu'ici sur ce monument.

Nos auteurs commencent par illustrer l'emplacement même où est située cette cathédrale : ils assurent que déjà les anciens Celtes avaient établi en ce lieu un bois sacré, dont les autels étaient rougis par le culte sanguinaire d'Ésus[2] . L'opinion que sous les Romains ce culte fut remplacé par celui de Mars, et une petite statue de ce dieu, qu'on voyait autrefois sur la plate-forme de cet édifice, sont les appuis les plus positifs de cette assertion; mais la seule inspection de cette figure, qui a été transférée dans la bibliothèque publique de Strasbourg, convaincra tout connaisseur impartial qu'elle est moderne. Un Hercule d'une antiquité plus avérée est placé encore aujourd'hui derrière le portail, à l'endroit où celui-ci déborde le côté septentrional de la nef. Si, comme il est vraisemblable, cette statue fut trouvée lorsqu'on creusa les fondations de cette église, elle donne un peu plus de consistance à l'opinion que ce héros fut vénéré en ce lieu, soit par les Romains, soit par les peuples germaniques, par lesquels cette frontière fut occupée dès le temps de Jules-César; car, selon Tacite, ces peuples avaient également admis au nombre de leurs divinités un Hercule, soit grec, soit indigène. Une autre statue d'Hercule, exécutée en bronze, et revêtue d'un costume extraordinaire, est devenue célèbre sous le nom de Crutzmann, qu'on a considéré comme le nom germanique de ce brios, et que Specklin a traduit par dieu de la guerre: elle exista jusqu'en dans une chapelle attenante à cette cathédrale; mais on ne la connaît que par des dessins faits par ce célèbre architecte, d'après les souvenirs qui s'en étaient conservés cinquante ans après que cette figure avait disparu.

Strasbourg, qui s'appelait alors Argentoratum, étant devenu, dès le milieu dvi 4-e siècle de l'ère chrétienne, le siège d'un évêque, on ne saurait douter qu'il n'y eut dès-lors dans ses murs une église cathédrale; mais toute trace de cet édifice a été effacée lors de l'invasion des barbares et sous la domination des Alemanni. Ces peuples ramenèrent le paganisme sur cette frontière, et leur puissance ne fut brisée que par la victoire de Tolbiac, suivie de la conversion de Clovis à la religion chrétienne. On s'accorde à attribuer à ce roi la construction de la première cathédrale de Strasbourg dont nous avons une connaissance plus positive. On a lieu de croire quelle fut dès-lors dédiée à la Sain te-Vierge, sous le titre de son assomption. Quelques traditions ajoutent que cet édifice ne fut terminé que par le roi Dagobert I.er Selon le témoignage unanime des chroniques anciennes, cette église n'aurait été construite qu'en bois, et n'en aurait pas moins subsisté jusqu'au commencement du 11ième siècle. Il est néanmoins très-probable que des agrandissemens, ou même une ou plusieurs reconstructions totales, eurent lieu dans cet intervalle; et peut-être la chapelle souterraine, située sous le chœur, nous a-t-elle conservé quelques restes de l'un ou de l'autre de ces renouvellemens ignorés. Mais ce n'est que sur une autorité bien peu sûre qu'on a attribué aux rois Pépin et Charlemagne la construction d'un chœur en pierre, dont l'on a été jusqu'à prétendre qu'il subsiste jusqu'à ce jour. Le premier auteur chez qui l'on trouve cette assertion est Specklin, qui n'a écrit que vers la fin du 16ième siècle[3]. Indépendamment du style même de cette portion de l'édifice, un document du temps de Louis le Débonnaire démontre la fausseté de cette tradition. Le moine Ermoldus Nigellus, étant exilé à Strasbourg par ce roi, lui adressa, en 826, pour rentrer en grâce auprès de lui, un poème, où il fait de cette cathédrale une description assez détaillée [4]. Loin de dire un mot de ce qu'une partie principale de cet édifice aurait été construite par les soins du père et du grand-père du monarque qu'il cherchait à flatter, il amène cette description par le récit d'une apparition merveilleuse de S. Boniface y qu'on disait avoir visité cette église à l'instant de sa mort, arrivée en 755, et il parle de l'état des choses à cette époque comme étant encore le même au temps où il écrit. On voit d'ailleurs par cette description que dès-lors le grand autel était consacré à la Sainte-Vierge; qu'il était accompagné, des deux côtés, des autels de Saint-Pierre et de Saint-Paul; que S. Michel, ou bien la croix, étaient vénérés au milieu de la nef, et que dans le fond il y avait un autel de Saint-Jean, honoré de ses relique? Un incendie, arrivé en 873, consuma une partie des archives, et parait avoir donné lieu à des réparations importantes. Cette cathédrale fut pillée, ou même incendiée, en 10o2, par Hermann, duc de Souabe et d'Alsace, qui se vengea par cet attentat de ce que l’évêque Wernher avait pris le parti de Henri, duc de Bavière, son compétiteur au trône impérial. Wernher descendait des anciens ducs d'Alsace, et il peut être considéré en quelque sorte comme le fondateur de la maison de Habsbourg, puisqu'il fit construire pour son frère le château de ce nom. Henri, devenu empereur, le combla de ses faveurs, et Hermann fut obligé de consentir à ce que, pour réparer les dommages causés par lui, la riche abbaye de Saint-Étienne fût mise à la disposition de l'évêque. Un malheur encore plus grave frappa cette église en 1oo7 : elle fut réduite en cendres par le feu du ciel. Selon tous les auteurs anciens, cet incendie détruisit la totalité des constructions existantes; et Wernher commença, en ioi5, à rebâtir tout l'édifice sur des fondations nouvelles. Guillimann, qui a publié, en 1608, une histoire des évêques de Strasbourg, rapporte, j'ignore d'après quels documens, qu'on employa à jeter ces fondations dix années entières, et il ajoute que cent, ou, selon d'autres auteurs, deux cents ouvriers y travaillèrent. Rœnigshoven, auquel on doit une chronique fort estimée, écrite à Strasbourg en 1386, est le seul de nos historiens anciens qui entre sur cette construction dans quelques détails, malheureusement très-incomplets : il se borne à dire que le chœur et la nef s'élevèrent de jour en jour; que ces parties de l'édifice furent ravagées par des incendies plus ou moins funestes, en 113o, 1140, 115o et 1170, et que la construction des voûtes supérieures fut enfin achevée en 1275. D'autres chroniques parlent également de ces quatre incendies; et si l'on pouvait prendre leurs expressions à la lettre, l'église aurait été chaque fois totalement consumée. Un examen approfondi du chœur et de la croisée fait voir que du moins ces malheurs ont donné lieu dans ces parties de l'édifice à des réparations considérables, et même à des constructions nouvelles, exécutées à des époques très-différentes. Les pierres des angles des ailes ne s'engrènent point avec celles du chœur; les deux ailes diffèrent l'une de l'autre, et chacune encore se partage dans sa longueur en deux moitiés, dont celle qui touche au chœur et à la nef est d'un style plus ancien que la moitié extérieure : leurs voûtes sont d'ailleurs soutenues au milieu par des colonnes que l'on voit rarement dans cette position, et qui semblent confirmer la conjecture que ces ailes n'avaient d'abord que la moitié de leur longueur actuelle. Enfin, le style byzantin domine entièrement dans les constructions primitives du bas de ces parties, tandis que plus haut il se mêle de plus en plus à l'ogive et aux autres particularités du système gothique, ou du moins alterne avec elles. Tout ici est donc d'accord avec ces interruptions et cette construction prolongée à travers plusieurs siècles, qui résultent des expressions de Rœnigshoven : si ce n'est que le milieu de la croisée et de l'aile septentrionale paraissent avoir été terminées dès la fin du 12ième ou le commencement du 13ième siècle, puisque l'on voit au haut de leurs étages supérieurs des galeries à arceaux ronds, Soutenues par de petites colonnes simples, appartenant encore tout-à-fait à l'ancien style. La nef, au contraire, et les bas-côtés ne présentent que des arcs pointus : ces parties sont séparées les unes des autres par des piliers gothiques, consistant en faisceaux de colonnes, et en général tout y porte le caractère du i3.e siècle. La nef, construite par Wernher, avait sans doute, comme celles des cathédrales de Spire, de Worms et de Mayence, bâties de son temps, des piliers carrés et des arceaux ronds. Il est probable qu'elle fut entièrement démolie, et que cette partie de l'édifice fut renouvelée dans le cours du même siècle, dans la seconde moitié duquel Koenigshoven rapporte que les voûtes supérieures furent achevées. Aussi nous dit-on que les premières orgues de l'église actuelle furent posées en 126o. Telles sont les observations et les probabilités que fournit l'examen de l'édifice, combiné avec les données historiques les plus avérées; et l'on ne peut que sourire de la légèreté avec laquelle les auteurs, d'ailleurs les plus respectables, des descriptions de cette cathédrale attribuent le chœur et les ailes, même dans leur état actuel, à Charlemagne, et assurent que, par les efforts de plus de cent mille ouvriers, la nef qui subsiste aujourd'hui s'éleva jusqu'au toit entre l'an 1o15 et l'an 1028, date de la mort de l'évêque Wernher.

On s'accorde à dire que la première pierre du portail fut posée en 1277, et que cette construction fut commencée par l'architecte Erwin, né à Steinbach, petite ville du grand-duché de Bade. Outre les traditions des siècles postérieurs, qui nous ont conservé le nom de cet habile maître, une inscription, que l'on voyait autrefois au-dessus de la grande porte, l'indiquait comme l'auteur de ce glorieux ouvrage. Depuis cette époque les données relatives à l'histoire de cet édifice se multiplient, sans cependant nous fournir des lumières suffisantes pour en suivre exactement tous les progrès. Voici ce qu'on rapporte de moins incertain à ce sujet. Dès l'époque où Wernher s'était occupé du renouvellement de cette cathédrale, on avait accordé de grandes indulgences à ceux qui contribueraient à ce travail, soit par leur main-d'œuvre, soit par des donations quelconques. Celles-ci furent assez multipliées pour former de bonne heure un fonds considérable, destiné à l'achèvement et, depuis, à l'entretien de cet édifice. Ces revenus furent administrés d'abord par les évêques, de concert avec le grand-chapitre. Les fréquentes guerres des premiers, tant avec la ville de Strasbourg, qu'avec les princes et les seigneurs voisins, ou même avec les empereurs, avaient déterminé, en 1263, les chanoines à retirer à eux seuls cette administration : de nouveaux abus la firent confier, en 129o, aux magistrats de la ville. Dès l'année suivante le premier étage de la façade, ou du moins de ses deux parties latérales, fut achevé car l'on plaça, cette année, à l'endroit où la saillie des contre-forts diminue pour la première fois, dans des tourelles ouvertes, soutenues par des colonnes, les statues équestres des rois Clovis et Dagobert, anciens bienfaiteurs de cette église, et celle de l'empereur Rodolphe de Habsbourg, qui régnait alors : une quatrième place fut laissée vide jusqu'à nos jours, où l'on y posa la statue de Louis XIV. En 1298 un violent incendie consuma le toit de la nef, et causa, dans la partie supérieure de la maçonnerie, des dommages tellement considérables, qu'on fut obligé de rebâtir cette nef depuis la hauteur des galeries qui surmontent les arceaux par lesquels elle est séparée des bas-côtés, ces galeries elles-mêmes ne furent construites qu'à cette époque. Erwin dirigea ce travail, et renouvela aussi l'étage supérieur de l'aile méridionale de la croisée, pour la porte de laquelle sa fille Sabine exécuta quelques statues d'un mérite distingué : il mourut en 1318, et fut remplacé par son fils Jean, qui décéda en 1339. Ces dates sont constatées par les épitaphes encore existantes de ces deux architectes[5]. Specklin dit, et l'on a répété d'après lui, que le père dressa le plan de toute cette façade; que le fils continua l'ouvrage jusqu'auprès de la maisonnette des gardes, et que le successeur de celui-ci commença les quatre escaliers tournans, expression dans laquelle il est en quelque sorte d’usage, en parlant de cette cathédrale, de comprendre aussi le corps de la tour qu'environnent ces escaliers. Pour juger de l'exactitude de ces assertions, il faut examiner de plus près un passage de Rœnigshoven, qui, malgré ce qu'il laisse à désirer pour l'éclaircissement complet de cette partie de l'histoire du monument, est d'autant plus remarquable, qu'il constate que l'état actuel de cette façade résulte d'un changement important apporté au plan primitif, changement dont elle porte encore aujourd'hui des marques certaines, et par lequel s'expliquent la forme et les proportions toutes particulières qu'elle présente. Cet auteur rapporte que la tour septentrionale, qu'on appelait la tour neuve, fut commencée en 1277, et qu'elle était avancée en 1365 jusqu'à une plate-forme supérieure[6], sur laquelle devait être posée la flèche : il ajoute que pendant le même laps de temps l'autre tour, qu'on appelait l'ancienne, fut commencée, construite et complètement achevée. Il est facile de se convaincre par l'inspection de l'édifice que ces deux tours sont les deux parties latérales du portail actuel, distinguées de la partie mitoyenne par leurs contre-forts, et dont les troisièmes étages étaient alors parfaitement isolés. Ce n'est que depuis, qu'on a rempli l'espace vide qui les séparait à cette hauteur, par le troisième étage de la partie centrale, où sont maintenant les grandes cloches, et dont le dessus constitue la portion libre et principale de la plate-forme. Cette construction mitoyenne n'est qu'imparfaitement liée avec ces tours, et ceux-ci ont du côté qu'elle masque des fenêtres tout-à-fait semblables à celles des côtés extérieurs. On voit aussi qu'à l'une et à l'autre ce côté a été exposé pendant long-temps aux intempéries de l'air. Il y a cependant entre ces étages des deux tours cette différence, que dans l'ancienne (celle du midi) les ornemens de la corniche supérieure sont de ce côté aussi achevés que des trois autres, et que les fenêtres sont garnies de leurs meneaux, tandis que ces objets manquent dans celle du nord. On peut conclure de cette circonstance que la construction du massif mitoyen, quoique exécutée beaucoup plus tard, fut résolue dès le temps où fut élevé le troisième étage de cette tour, et cette résolution semble indiquer qu'on projeta dès-lors un changement dans le plan des constructions ultérieures. La probabilité d'un tel changement résulte aussi des anciens dessins existant aux archives de la fabrique de cette église; car l'on n'y conserve point, comme l'a dit l'abbé Grandidier, un plan unique et de la main d'Erwin, duquel, joint au témoignage de Kœnigshoven, on peut conclure qu'il s'agissait d'élever deux tours, dont chacune devait avoir cinq cent quatre-vingt-quatorze pieds de hauteur; mais plusieurs plans et élévations ne présentant aucun indice certain de leurs dates, ou même consistant en morceaux ajoutés les uns aux autres, et dessinés à des époques diverses. Aucun ne représente l'ensemble de cette façade, et le plus complet sous ce rapport ne joint qu'une ébauche non terminée de la tour supérieure à une portion septentrionale du portail, qui diffère considérablement de ce qui a été exécuté. D'ailleurs, selon les expressions de Roenigshoven, on regardait, au contraire, de son temps la tour ancienne comme entièrement terminée. Néanmoins la solidité qu'on a donnée aux trois premiers étages de ces tours, et les analogies fournies par d'autres édifices du même genre, ne permettent point de douter qu'on ne fût dès le commencement dans l'intention de les élever l'une et l'autre à une plus grande hauteur; mais vraisemblablement avec d'autres proportions, et peut-être seulement au moyen de flèches posées immédiatement sur ces étages. Ce n'est qu'à l'époque où la tour du nord fut près d'être égale à celle du midi que cette conception primitive semble s'être agrandie. On résolut alors d'élever la tour neuve d'un ou de deux étages de plus : on songea à donner à cette partie supérieure une base plus large, et l'on appliqua à cette construction tous les moyens d'exécution disponibles, en abandonnant l'autre tour à la hauteur où elle avait été portée avant ce projet nouveau.

Ce n'est que conformément à ces dispositions primitives que l'on peut essayer de faire le partage des constructions existantes entre les différens architectes dont il a été parlé. Les expressions de Roenigshoven rendent probable qu'Erwin le père commença d'abord par les deux tours, et que, quoique les fondations de celle du nord furent posées plus tôt et avec plus de solennité, il avança davantage celle du midi. C'est ainsi qu'à Cologne, où la construction d'une cathédrale, conçue sur le plan le plus vaste, n'a point été achevée, la tour qui se trouve dans cette dernière position a été élevée jusqu'au troisième étage, tandis que la tour septentrionale n'est que commencée, et que la partie centrale du portail projeté n'existe pas du tout. A Strasbourg le premier étage de cette partie centrale présente si bien les mêmes caractères que les étages inférieurs des deux tours, qu'il paraît que le même architecte ne tarda pas à l'ajouter. Nous avons d'ailleurs déjà rapporté qu'autrefois son nom se trouvait inscrit au-dessus de la porte du milieu. Mais les occupations multipliées qu'ont dû donner à Erwin les autres constructions qu'on lui attribue, et dont la principale avait été rendue nécessaire par l'incendie de 1298, ainsi que quelques légères différences dans le style, combinées avec les traditions que nous venons de rapporter, semblent devoir faire mettre sur le compte de son fils le troisième étage de la tour méridionale, au haut de laquelle se trouve cette maisonnette des gardes dont Specklin parle à son sujet; plus, le second étage de la tour du nord, qui paraît avoir été moins avancée par le père; la rose centrale, l'une des plus belles parties de tout l'édifice, qui n'a pu être posée qu'après l'élévation de cet étage, et, enfin, le troisième étage de cette tour, sur lequel reposent les escaliers tournans, qu'on attribue à son successeur. En même temps, si, comme on peut le croire d'après les raisons que nous venons d'en donner, le changement dans le projet primitif a eu lieu pendant l'élévation de ce troisième étage, il est vraisemblable que ce fils, appelé clans son épitaphe l'émule de l'ouvrage de son père, dressa aussi le plan de l'élévation nouvelle qu'on résolut de donner à cette tour. Ce plan fut suivi au moins jusqu'au haut du quatrième étage (le premier au-dessus de la plate-forme actuelle), où des commencemens d'une voûte, qui n'a point été exécutée, indiquent une nouvelle modification du projet. C'est là que je crois pouvoir placer cette interruption des travaux en 1365, qui résulte de ce que Rœnigshoven, écrivant en 1386, parle au futur des constructions ultérieures. Car cette voûte aurait formé une véritable plate-forme supérieure, et l'on ne saurait appliquer cette expression ni au haut de l'étage suivant, qui paraît n'avoir été terminé que plus tard, ni à la hauteur de la plate-forme actuelle, que, selon toutes les autres traditions et toutes les probabilités, on avait dépassée long-temps avant l'an 1365. D'ailleurs la phrase même de cet auteur semble indiquer que dès-lors la tour du nord avait été portée à une élévation bien plus grande que celle du midi. Ce plan, dressé par le fils d'Erwin, expliquerait aussi, jusqu'à un certain point, l'incertitude dans laquelle nous sommes sur les architectes auxquels on doit la construction de cet étage de la tour et des escaliers dont il est accompagné; tandis qu'ils auraient mérité une haute célébrité, s'ils avaient conçu eux-mêmes le projet de cette partie brillante de l'édifice. Il est vrai que Specklin indique comme l'auteur de cette portion Jean Hultz, de Cologne, et que Schad attribue à la mort de cet architecte l'interruption des travaux en 1365; mais les preuves non équivoques que nous allons citer ont fait reconnaître depuis, que cet habile maître appartient à une époque bien postérieure, et je ne saurais admettre avec quelques auteurs récens[7], que deux architectes de ce nom ont été employés à cette cathédrale. Cette particularité eût été assez remarquable pour laisser des souvenirs positifs dans nos traditions, et cependant aucun de nos écrivains anciens n'en a fait mention. Heckler, architecte de ce monument dans la seconde moitié du 17ième siècle[8], et qui avait en conséquence à sa disposition toutes les archives de l'œuvre, dit expressément qu'il n'a pu trouver aucune donnée sur l'auteur ou les auteurs des quatre escaliers, et qu'il les croit construits peu à peu par différens maîtres. Schad, qui attribue ce travail à Jean Hültz, ignore absolument qu'un architecte de ce nom avait terminé tout l'édifice. Enfin, Specklin, qui a entraîné dans cette erreur ses copistes, dit, dans un autre passage de ses manuscrits, auxquels ils n'ont pas fait attention, et qui se rapporte à l'an 1384) que ce fut après cette époque que cette cathédrale fut terminée par les deux Junker de Prag et par Jean Hültz de Cologne. Les deux Junker de Prag sont connus d'ailleurs comme les sculpteurs d'une Vierge représentée en mère des douleurs, qui fut donnée à cette cathédrale, en 14o4, par Franckenburger, appareilleur de Hültz. On a cru jusqu'ici qu'ils étaient de Prague en Bohème, et l'on a douté si le mot de Junker était leur nom propre, ou s'il désignait leur qualité de gentilshommes. Un document constatant qu'une famille noble du nom de Prag a existé en Alsace au 14ième siècle, me paraît favorable à cette dernière opinion, en y ajoutant la probabilité que ces artistes appartenaient à nos contrées.

Le rang que Specklin leur assigne parmi les architectes de cet édifice, et un passage de Guillimann, où il est également question d'architectes de Prague, peuvent faire conjecturer qu'ils ont eu part au petit étage de la tour par lequel est surmonté celui dont nous venons de parler j d'autant plus qu'on voit au bas de cet étage plusieurs figures en ronde bosse[9], et qu'il est terminé en haut par une voûte ne consistant qu'en nervures ornées de sculptures fort élégantes. C’est à la naissance de cet étage que commencent à se montrer, sur trois des escaliers tournans, les armoiries de l'architecte Jean Hültz, dont l'existence est constatée par des documens authentiques. Ce sont des écussons dans lesquels sont placés en triangle trois petits caractères semblables entre eux, qui, quoique les jambages latéraux soient recourbés, paraissent représenter trois H. Ces mêmes armoiries étaient figurées à côté de l'épitaphe de cet architecte, qu'on voyait sculptée sur l'un des murs de cette cathédrale jusqu'au milieu du dernier siècle, où elle a été cachée par les bâtimens du séminaire : elle attestait de plus qu'il était mort en 1449, et qu'il avait achevé la haute tour de cet édifice. On ne saurait douter que, par cette expression, celui qui fit élever ce monument funèbre n'ait voulu désigner surtout la construction de la flèche, qui, selon les assertions unanimes de nos auteurs, fut terminée en 1439. Malgré leur dégradation pendant les fureurs révolutionnaires, on voit encore aujourd'hui que les mêmes armoiries étaient sculptées sur plusieurs côtés du couronnement par lequel se termine le cinquième étage de la tour, et sur lequel repose cette flèche. Si on ne les retrouve point sur toute la hauteur de cette pointe, c'est que ses parties supérieures ont été renouvelées à plusieurs reprises. Leur apparition sur trois des escaliers, dès la naissance de ce cinquième étage, prouve que le même architecte a aussi achevé ces escaliers autour de cet étage, et cette circonstance a pu contribuer à l'anachronisme commis à son sujet. Peut-être est-ce aussi au même Hùltz que l'on doit les ornemens actuels du haut des fenêtres du quatrième étage, dont les accolades, d'ailleurs très-élégantes, semblent appartenir plutôt au commencement du 15ième siècle qu'à la première moitié du 13ième .Enfin, l'on voit par l'un des anciens plans dont il a été parlé, que les quatre escaliers tournans devaient être surmontés de pointes ou de flèches gothiques très-délicates, qui n'ont point été exécutées.

Une construction aussi étonnante, que des efforts prolongés pendant plus de quatre siècles avaient enfin terminée, environna d'une haute considération l'école des tailleurs de pierre de Strasbourg. Il parait que dès auparavant ces ouvriers, des ateliers desquels sortaient les plus grands architectes, formaient dans l'empire germanique, ainsi qu'en France, des corporations distinctes de celles des maçons ordinaires. Dotzinger, qui succéda à Jean Hültz dans la direction de l'œuvre de cette cathédrale dont il répara le chœur, et pour laquelle il sculpta un baptistère de l'élégance la plus parfaite, profita de la position favorable où il se trouvait pour réunir en une seule confrérie toutes ces corporations éparses. Cette association, qui comprenait la plus grande partie de l'Allemagne, se forma en 1452, et fut consolidée, en 1459, par une assemblée générale des maîtres des ateliers ou loges, tenue à Ratisbonne : elle fixa des règles pour la réception des apprentis, des compagnons et des maîtres, établit des signes secrets par lesquels ses membres pouvaient se reconnaître, et adopta pour grands-maîtres de toute la confraternité les architectes de la cathédrale de Strasbourg. Cette association fut confirmée dans la suite par les empereurs d'Allemagne, et l'e magistrat de Strasbourg confia pendant quelque temps la décision de toutes les affaires litigieuses en fait de bâtimens aux chefs de son atelier des tailleurs de pierre. Le duc de Milan demanda, en 1481, à ce magistrat un architecte capable de diriger la construction de la superbe église métropolitaine de sa capitale. La suprématie du grand-maître de l'atelier de Strasbourg sur les loges d'une grande partie de l'Allemagne ne cessa qu'après la réunion de cette ville à la France, et les archives, ainsi que les règles particulières de son atelier, se maintinrent jusqu'à la révolution. Cette institution, et la sage administration des fonds affectés à l'entretien de cet édifice, ne contribua pas peu à le maintenir jusqu'à ce jour, à peu de chose près, tel qu'il était sorti de la main des premiers architectes, malgré de fréquens dommages, causés surtout par les orages, que sa flèche semble vouloir braver dans les régions mêmes où ils se forment.

En 1459 on renouvela les voûtes de l'église et les toits. En 1494 on répara la chapelle de Saint-Laurent, qui servait de paroisse à une partie de la ville, et l'on plaça devant l'étage inférieur du portail de l'aile septentrionale, dans laquelle elle était située, une façade nouvelle, exécutée d'après les dessins de Jacques de Landshut : elle est très-riche en sculptures et en ornemens gothiques; mais les lignes brisées et les courbures inutiles dont elle est surchargée font voir que déjà ce système approchait de sa décadence. En 1515 on construisit à neuf la chapelle de Saint-Martin, qui, depuis l'an 1698, remplaça l'ancienne chapelle de Saint-Laurent, et prit ce nom : c'est cette spacieuse chapelle qui sert aujourd'hui de paroisse; elle est placée dans l'angle que l'aile septentrionale forme avec la nef, et communique avec celle-ci par les ouvertures de quatre arceaux. La chapelle de Sainte-Catherine, qui occupe la même position du côté du midi, avait été construite dès l'an 1331 : elle fut voûtée à neuf en 1542. Le culte protestant, célébré dans cette église pendant une grande partie des 16ième et 17ième siècles, fit disparaître plusieurs chapelles et un plus grand nombre, d'autels, mais du reste il n'occasionna aucun changement important dans le matériel de l'édifice. En 1565, en 1625 et en 1654, des dommages considérables, causés par la foudre, forcèrent à de grandes réparations de la flèche : on fut obligé, en 1625, de l'abattre à vingt-huit pieds, et, en 1654, à cinquante-huit pieds de hauteur ; mais elle fut rétablie chaque fois telle qu'elle avait été, et, en 1654, on l'éleva même à un pied dix pouces et demi de plus qu'auparavant. Ces deux dernières opérations furent exécutées par les habiles architectes Heckler, père et fils.

En 1759 un coup de foudre, qui se glissa le long de la flèche, sans l'endommager essentiellement, mit le feu à la charpente du toit de la nef: celle-ci était couverte en plomb, et la fusion de ce métal rendait les secours d'autant plus difficiles à administrer. On ne préserva qu'avec peine de l'inflammation la boiserie des grandes cloches, qui sont suspendues dans l'étage supérieur du milieu du portail. Du côté opposé la chaleur fit écrouler plusieurs petits frontons percés à jour dont était orné le haut de la tour octogone qui surmonte le centre de la croisée, et qu'on nomme la mitre. Leur chute écrasa la voûte d’une salle où l'on conservait le trésor de l'église, elle enfonça de plus celle de l'arc qui sépare la croisée de la nef: le plomb fondu coula aussi, à travers une ouverture de la voûte, sur le grand-autel, et l'endommagea considérablement. On remplaça cet autel par celui qu'on voit aujourd'hui; on pava le chœur en marbre; on répara à grands frais les autres portions de l'édifice qui avaient souffert, et l'on couvrit le toit de la nef de plaques de cuivre rouge. Mais au lieu de rétablie au haut de la croisée les frontons qui étaient tombés, ou dont l'action du feu avait calciné les pierres, on les démolit entièrement, et l'on priva ainsi cette tour d'un ornement dont l'élégance la mettait plus en rapport avec le style du reste de l'édifice. Je passe sous silence un grand nombre d'autres accidens, qui n'ont point laissé de traces sensibles.

Les tourmentes révolutionnaires, qui ont ravagé la plupart des autres édifices sacrés de la France, n'épargnèrent pas entièrement celui-ci : il fut même question de le démolir entièrement, par le motif que sa hauteur blessait l'égalité; on se borna cependant à le coiffer d'un bonnet rouge, et on le dépouilla de la plupart des statues et des sculptures qui en ornaient les portes et les façades. On est occupé depuis plusieurs années à les renouveler d'après les anciens dessins, et déjà ces dégradations sont réparées en grande partie.

EXTÉRIEUR.

Les cathédrales les plus célèbres de la France sont décorées, à l'occident, d'un portail proportionné au reste de l'édifice, et dont les dispositions générales sont toujours à peu près les mêmes. Au bas, une porte principale occupe le milieu entre deux autres plus petites : au-dessus de la première cette façade s'élève jusqu'au comble de la nef : les deux entrées latérales sont surmontées de tours plus hautes ; mais ayant rarement une élévation très-considérable. Dans les cathédrales les plus renommées de l'Allemagne ces arrangemens sont plus variés: tantôt une seule tour s'élance du milieu du portail, ou bien au-dessus d'une porte unique : tantôt les deux tours latérales sont isolées dans la plus grande partie de leur hauteur, et dominent dans une tout autre proportion les constructions inférieures. En général on a visé davantage à une hauteur extraordinaire de ces tours et des flèches transparentes qui les terminent. La cathédrale de Strasbourg, située sur les confins des deux pays, réunit, jusqu'à un certain point, dans sa façade principale, ces dispositions diverses; mais modifiées de manière à présenter un caractère tout particulier et des dimensions dépassant toutes les autres. La moitié inférieure est disposée comme les façades des cathédrales de France, si ce n'est qu'on a élevé le portail du milieu jusqu'au niveau du couronnement des tours latérales[10]. La hauteur de cette partie, couverte par une spacieuse plate-forme, a même une analogie remarquable avec celle des tours de l'église de Notre-Dame à Paris, dont elle ne diffère que d'un pied et demi[11] ; mais, pour rivaliser victorieusement avec l'élévation des tours les plus célèbres de l'Allemagne et du reste de l'Europe, ce portail gigantesque ne sert en quelque sorte que de piédestal à une tour supérieure, dont la flèche ne se termine qu'à deux cent trente-cinq pieds-plus haut[12].

On ne saurait disconvenir que cette façade prodigieuse est hors de proportion avec la nef, dont elle déborde les bas-côtés, et que la plate-forme elle-même dépasse de plus d'un tiers de sa hauteur. Il résulte aussi de la position de la tour supérieure, assise sur l'un des côtés du portail, un manque de symétrie choquant pour des yeux accoutumés à une disposition plus régulière. Mais il faut se souvenir que la disproportion des différentes parties de cette cathédrale provient de la différence des temps où elles ont été construites; et l’on ne saurait en vouloir aux architectes de la façade d'avoir déployé toutes les ressources que mettaient à leur disposition les progrès de l'art et l'augmentation de tous les autres moyens d'agrandir leur plan. S'ils ont fini par étendre celui-ci à une telle hauteur que l'énormité de l'entreprise n'a point permis de continuer l'autre tour, on le leur pardonnera, en se rappelant qu'ailleurs des travaux semblables ont éprouvé des interruptions bien plus fâcheuses, que peu de cathédrales présentent une symétrie parfaite, et qu'ici le défaut, s'il est plus grand, a pour cause l'immensité même de l'ouvrage. Ce défaut a du moins été considérablement diminué par le soin que I on a pris de remplir l'espace vide entre la tour tronquée et la tour achevée; il est aussi compensé en partie, tant par les avantages qu'offre la belle plate-forme à laquelle cet arrangement a donné lieu, que par la facilité de contempler librement, sous toutes ses faces, cette tour merveilleuse, et de dominer de son haut sans aucun obstacle tout l'horizon.

La partie de cette façade terminée par la plate-forme, joint à une grandeur imposante des proportions très-agréables; elle est plus haute que large d'à peu près un tiers, et elle paraît encore plus élancée par la diminution successive des saillies de ses contre-forts, masquée à chaque retraite par des clochetons d'une légèreté extrême : ils ne consistent qu'en un ou plusieurs étages de colonnes très-minces, portant des dais, des faisceaux et des flèches. Les quatre contre-forts de la face antérieure partagent ce grand parallélogramme en trois bandes verticales, dont celle du milieu est plus large que les deux autres d'environ un quart. Les trois étages qui en forment les grandes divisions horizontales varient de hauteur dans une proportion différente, et cette distribution présente à l'œil des lignes de repos de la combinaison la plus heureuse[13]. Les portes sont ornées, sur leurs faces latérales, de statues d'un style noble et sévère, dans les voussures, de petits groupes ou de figures isolées, sculptées avec beaucoup de finesse, et sur les tympans de bas-reliefs fort délicats. Les portions étroites de la façade, comprises entre les portes et les contre-forts, sont également garnies de statues[14]. Celles-ci sont encadrées, et les trois faces des contre-forts sont décorées de fausses arcades, sculptées en saillie sur le mur et portant des frontons dont la partie supérieure est percée à jour et se détache. Autrefois les pointes de ces triangles étaient de plus surmontées de petites statues. Sur la ligne où une première retraite du mur isole ces frontons, trente piliers engagés, qui, jusqu'à cette hauteur, renforcent les angles et les faces latérales des contre-forts, ou s'avancent à côté des portes, servent d'appui à autant de clochetons transparens, disposés comme ceux que nous venons de décrire; mais plus sveltes et plus légers. Ceux du fond s'élèvent sur le même plan que les frontons des portes, qui sont entièrement détachés du mur et percés à jour par des découpures élégantes. Celui de la porte du milieu est double et décoré d'un grand nombre de figures, les deux autres sont ornés de rosaces, et les côtés extérieurs de tous les trois sont garnis de montans perpendiculaires terminés par des flèches élancées[15] . Enfin, derrière tous ces corps détachés, mais encore d'admettre, ce qui d'ailleurs est bien plus naturel, que les fondations de toute cette partie de l'édifice furent jetées en même temps en avant du massif du mur, une rangée de piliers effilés, entremêlés de colonnes plus minces encore, s'élève jusque vers la corniche de cet étage, auprès de laquelle ces piliers sont liés entre eux par des arcs décorés de rosaces, et subdivisés par des découpures en trèfle. Leurs longues lignes verticales sont coupées horizontalement par des festons en dentelle, qui masquent les planchers de deux galeries étroites[16] . Ces dispositions ingénieuses, qui cachent presque entièrement le fond du mur, et d'autres arrangemens analogues, continués, quoiqu'avec moins de profusion, dans les étages supérieurs, ont fait comparer toute cette façade à un ouvrage en filigrane.

Les côtés du nord et du midi sont percés, au premier étage, par une très-grande fenêtre en ogive, dont le haut est rempli par une belle rose, sous laquelle d'autres plus petites occupent les sommités des arcs qui terminent les meneaux[17]. Ces faces présentent, sous les corniches de cet étage, des frises décorées de sculptures. Celles du côté du midi sont fort singulières: on les appelle la danse des sorcières, et l'artiste y a donné cours à tout l'élan d'une imagination bizarre[18].

Observons encore qu'au bas de cet étage les corps détachés et les angles des contre-forts sont ornés de fleurons penchés et d'une grâce particulière, que nos anciens architectes ont appelés des violettes : c'est un des caractères du travail d'Erwin, le père, qu'on remarque aussi dans les ornemens de la nef auxquels il a pris part.

Au second étage le portail du milieu est occupé, dans la totalité de sa largeur et dans les trois quarts de sa hauteur, par une rose que distingue la simplicité, aussi noble qu'élégante, tant de sa distribution intérieure que de sa bordure[19]. En avant de la rose vitrée, un grand cintre, isolé et festonné en dentelles, n'est soutenu que par ses tangentes et par des roses plus petites qui garnissent les angles du cadre dans lequel il est placé. Cette construction hardie fait l'admiration des connaisseurs, et ce double plan d'ornemens correspondans, qui se détachent en perspective, produit pour l'œil un effet dont il est difficile de se rendre compte avant d'avoir examiné de près les moyens par lesquels il est obtenu. Le haut de ce compartiment central est rempli par une galerie décorée de colonnes, entre lesquelles on voyait autrefois les statues des douze apôtres, rangés des deux côtés de la vierge: au-dessus de celle-ci était placé un Christ. C’est au niveau du bas de la rose que les quatre statues équestres, dont il a été parlé dans l'histoire du monument, occupent, sur la retraite des contre-forts, des niches, ne consistant qu'en un dais porté par des colonnes[20]. Les faces des tours latérales présentent à cette hauteur des galeries ornées d'élégantes balustrades: ces tours sont percées, de chaque côté du second étage, d'une grande fenêtre : eu avant de celles de la façade, des piliers effilés continuent l'ouvrage en filigrane de l'étage inférieur. Vers la naissance du troisième, ces piliers ou faux meneaux sont surmontés, ainsi que les colonnes entre lesquelles étaient placés les apôtres, de frontons découpés à jour; leurs ornemens se combinent avec la balustrade d'une galerie qui fait le tour de ce portail. Au troisième étage les tours latérales ont, de chaque côté, trois fenêtres très-élevées, garnies de meneaux multipliés et disposés sur deux plans[21]. Déjà il a été parlé de la différence que présentent à cet égard celles de ces fenêtres qui s'ouvrent aujourd'hui dans le portail central. La face antérieure de celui-ci est liée aux deux tours par un mur disposé en retraite, qui cesse aux deux tiers de la hauteur de cet étage : plus haut on aperçoit un vide d'environ un pied de largeur, et sur la face orientale ce vide commence dès la naissance de cet étage. De ce côté la partie centrale n'est percée que d'une seule fenêtre, dépourvue de tout ornement. Sur le devant elle a deux fenêtres assez petites, surmontées de frontons très-alongés, appliqués au mur[22]. C’est la partie la plus massive de toute cette façade, et l'on a d'autant plus heu d'en être surpris, qu'elle n'a jamais été destinée à porter autre chose que la plateforme. On peut conclure de cette singularité, que, quoique le projet de remplir l'intervalle qui séparait les deux tours, paraisse avoir été conçu par Erwin le fils, le soin de l'exécution fut abandonné dans la suite à des architectes d'un mérite subalterne. La plate-forme présente un espace libre, de plus de deux mille pieds carrés, sans compter les parties saillantes portées par les contre-forts, et les galeries qui environnent la tour et la maisonnette des gardes. Du côté de la tour les premières sont garnies de tables en pierre, sur lesquelles on voit souvent des sociétés choisies prendre un repas frugal, jouissant en même temps d'une vue magnifique ou bien de la fraîcheur du soir et des charmes du clair de lune. La maisonnette des gardes a été rebâtie à neuf en 1782[23]. Elle renferme plusieurs petits logemens: les gardes y trouvent un refuge contre l'intempérie des saisons, et ils y passent la nuit : ils sont tenus à faire, de quart-d'heure en quart-d'heure, la ronde de la plate-forme, et de donner des signaux lorsqu'ils voient éclater un incendie dans la ville. Pour s'assurer de leur vigilance, on leur a imposé le devoir de répéter, sur une cloche particulière, la sonnerie des heures, effectuée sur une autre cloche par l'horloge, et celle-ci est arrangée de manière à ne sonner les quarts - d'heures qu'au moyen de leur intervention[24].

La tour est octogone : devant chaque angle de petits contre-forts s'avancent en pointes : leurs retraites sont surmontées de clochetons en colonnes, analogues à ceux des contre-forts inférieurs. Ceux de la première retraite renferment chacun deux statues : on croit que l'une de celles qui font face à la plate-forme représente Erwin le père. Cette tour n'a de massif que les arêtes de ses angles : les côtés sont percés de fenêtres qui en occupent presque toute la largeur, et celles du premier étage ont plus de soixante-quinze pieds de hauteur. Un seul meneau les divise verticalement, et cette longue ouverture n'est interrompue qu'au milieu par quelques ornemens découpés à jour. En avant des quatre côtés s'élèvent les tourelles des escaliers: celles-ci sont d'une légèreté encore plus admirable; les arêtes de leurs angles ne séparent que par des trumeaux étroits une suite continue de fenêtres, qui montent en spirale entre les degrés. Jusqu'à la moitié de leur hauteur les angles extérieurs sont garnis de contre-forts non moins transparens : ils ne consistent qu'en une suite de clochetons à colonnes, superposés les uns aux autres. Ces tourelles, entièrement séparées de la tour principale, ne communiquent avec elle que par des ponts en pierres plates, dont les premiers se trouvent à quatre-vingt-onze pieds d’élévation[25]. C’est à cette hauteur que les fenêtres du premier étage de la tour sont couronnées d'arcs en accolades et d'arcs renversés, qui encadrent, dans une sorte d'ellipse, les fenêtres supérieures; les espaces intermédiaires sont ornés d'élégantes découpures en dentelles et en rosaces. Au même endroit l'on remarque, sur la balustrade d'une galerie étroite, les statues et les armoiries, et, dans l'intérieur de la tour, les naissances d'une voûte non exécutée, dont il a été fait mention dans l'histoire de l'édifice. De là cette tour s'élève encore à vingt-six pieds et demi : les fenêtres de ce second étage, hautes de vingt-un pieds, ne sont pas moins larges que celles du premier, et leurs ogives sont environnées d'ornemens du même genre. Les escaliers continuent jusqu'au haut de ces fenêtres : d'après l'un des anciens plans, les tourelles qui les renferment devaient être surmontées de petites flèches. On en voit la naissance sur les angles de la balustrade d'une galerie qui, à leur extrémité, environne et ces tourelles et la tour principale. Celle-ci se termine alors, à l'extérieur, par un massif de mur, d'où s'avance une corniche très-saillante, et à l'intérieur par une double voûte d'une construction fort ingénieuse. Celle de dessus est composée de pierres plates, rentrant et s'élevant par échelons : celle de dessous, liée à ces pierres par de petits piliers, ne consiste qu'en nervures et en tiercerons: elle forme une sorte de couronne, ornée de fleurons pendans, découpés avec une grande finesse.

Les jours divers et multipliés, ménagés à travers cette tour, produisent, surtout dans l'éloignement, une variété d'effets vraiment surprenans. A mesure qu'on change de position, on la voit présenter tantôt un faisceau de colonnes étroitement unies, tantôt le même faisceau percé de mille ouvertures, disséminées comme au hasard, et puis trois ou quatre grandes colonnes détachées, qui ne sont liées que vers leur sommité, par des bandelettes élégamment festonnées, formées par le couronnement des fenêtres du premier étage. En même temps les tourelles des escaliers prennent une transparence plus ou moins grande, selon qu'on les voit se dessiner isolément ou bien se cacher l'une l'autre[26].

La flèche, assise sur la partie que nous venons de décrire, consiste d'abord en une pyramide octogone, qui n'a également d'autres massifs que les arêtes de ses angles. Ces corps inclinés sont liés par deux voûtes, d'abord à vingt-sept, puis à cinquante - trois pieds et demi d'élévation : la voûte inférieure est ornée de sculptures. Jusqu'à sa hauteur les côtés de cette pyramide sont décorés de rosaces découpées à jour et disposées sur un plan incliné. On aperçoit à leur sommité des inscriptions religieuses, taillées en relief en lettres gothiques : la moitié supérieure des côtés est entièrement évidée. Les arêtes sont surmontées de six étages de petites tourelles perpendiculaires, dans lesquelles montent huit escaliers très - étroits; elles sont hexagones et non moins transparentes que les tourelles inférieures. L'angle extérieur de chacune pose sur le noyau de celle qui la précède, et les degrés continuent sans interruption. Au-dessus de cette pyramide tronquée, un autre étage, d'environ dix-huit pieds de hauteur, semble de loin être disposé comme les précédens; mais il est entièrement perpendiculaire et forme un carré, dont les angles sont renforcés par quatre tourelles, dans lesquelles continuent à monter les escaliers. On trouve alors ce qu'on appelle la lanterne : c'est un massif octogone, traversé par deux grandes ouvertures, se coupant à angle droit, de manière à présenter quatre faces transparentes. On y monte par des degrés, appuyés d'un côté contre le mur, mais n'offrant de l'autre aucune espèce de soutien. C’est le premier pas effrayant que l'on rencontre; car jusqu'ici les ouvertures des tourelles renfermant les escaliers sont toujours garanties, de distance en distance, par des barres de fer. Plus haut l'édifice s'évase en une sorte de corbeille, de l'intérieur de laquelle s'élèvent huit colonnes portant un dais : on donne à cette partie le nom de couronne[27]. Au-dessus d'un autre petit évasement orné de sculptures, qui la surmonte et qu'on appelle la rose, la flèche se resserre en une colonne octogone solide, à laquelle quatre branches horizontales, ornées de fleurons, donnent la forme d'une double croix. La manière dont se terminait la pointe a varié plusieurs fois : on y avait d'abord placé une statue de la Vierge; mais les dangers auxquels elle était exposée par les orages, la firent ôter dès l'an 1488. Depuis on y plaça ordinairement de simples pierres octogones, et elles furent plusieurs fois renversées par la foudre[28].

Malgré les difficultés de parvenir au haut de cette pointe, on y voyait autrefois monter assez souvent de simples amateurs : quelques-uns, non contens de s'y tenir debout, y exécutaient des tours d'adresse. Mais depuis assez long-temps, autant pour ménager l'édifice que pour prévenir des accidens, on a fermé d'une grille le haut de la lanterne, et aujourd'hui l'on ne monte même à la flèche que par une permission spéciale de la Mairie. L'extérieur de la nef n'offre que peu de particularités remarquables; car des fenêtres dont la largeur ne laisse que peu de place au massif du mur, de robustes contre-forts, surmontés de clochetons décorés de flèches et de statues; enfin des arcs-boutans percés de rosaces et garnis de gargouilles fantasques, appartiennent au caractère général de ce système d'architecture. Le mérite de quelques statues et le goût avec lequel sont disposés surtout ceux des clochetons qu'on n'a pas été forcé de renouveler, seront distingués par les connaisseurs. Le dessus des fenêtres est orné de belles rosaces, leurs ogives sont garnies de fleurons délicats, les corniches du haut de la nef et des latéraux sont décorées de baguettes à feuillages : celles-ci sont les mêmes dans toutes ces parties de l'édifice, si ce n'est dans la petite portion du latéral septentrional caché aujourd'hui par la chapelle de Saint-Laurent. Là, ce feuillage est mêlé d'animaux bizarres et de têtes humaines; différence qui semble indiquer un renouvellement du reste de ces corniches, dont aucune histoire de cette cathédrale ne fait mention. La chapelle de Saint-Laurent, ainsi que celle de Sainte-Catherine, ornent l'édifice en diminuant la longueur de la ligne uniforme des bas-côtés. L'architecture de la première est d'un gothique un peu plus moderne que celui de la nef; ses fenêtres sont surmontées d'arceaux en accolades, ornés de fleurons; celles de la chapelle de Sainte-Catherine sont en forme de lancettes, et couronnées de petits frontons fort élégans.

Le bas des faces latérales de cette cathédrale et même celui de la façade principale était défiguré, jusqu'en 1772, par un grand nombre de petites boutiques. A l'occasion de l'assassinat d'un garde de l'église et d'un vol commis dans la chapelle de Sainte-Catherine, elles furent démolies et remplacées, sur les faces latérales, par d'élégans portiques, d'un style analogue à celui de l'édifice[29]. La façade principale resta libre et fut garnie du parvis qui la décore maintenant.

Déjà nous avons averti que la croisée présente un mélange remarquable du style byzantin et de l'ogive, ainsi que d'autres indices de renouvellemens et d'agrandissemens, paraissant avoir été entrepris, pour la plupart, à la suite des incendies par lesquels cet édifice fut ravagé au 12ième  siècle. Le mélange des deux styles est un caractère assez fréquent des églises de cette époque, où s'est préparée la transition de l'un à l'autre. Mais dans les constructions qui ont été élevées d'après un même plan, ils alternent avec symétrie. C’est ainsi qu'on les voit paraître dans les deux portails de cette croisée : dans sa longueur, au contraire, ils se succèdent de manière à indiquer plutôt des temps et des architectes différens. La moitié de l'aile septentrionale qui domine le bas-côté de la nef est percée d'une fenêtre à plein cintre, surmontée d'un ornement à damier ; celle qui dépasse ce latéral, a une fenêtre disposée sur une autre ligne, terminée en pointe et couronnée de feuillages : les pieds droits de l'une et de l'autre sont décorés de colonnes. La moitié intérieure de l'aile méridionale a deux petites fenêtres à plein cintre accouplées : on voit à l'autre une grande fenêtre légèrement pointue; toutes les trois sont dépourvues d'ornemens. Chacune de ces moitiés diffère aussi des autres par les décorations des corniches, et celles de chaque aile sont séparées par des plate-bandes à moulures[30].

La partie inférieure du portail septentrional est, comme nous l'avons dit, masquée par l'avant-portail de Saint-Laurent : les connaisseurs blâment le goût de celte construction de la fin du 15ième siècle; mais on admire les dispositions aussi ingénieuses que hardies de sa décoration principale. C’est une sorte de dais en partie découpé à jour, et saillant en demi-cercle au-dessus d'une porte carrée. 11 consiste en quatre arcs en accolades, dont l'un est renversé, et croise celui qui s'élève au milieu: il couronnait autrefois un groupe de petites statues représentant le martyre de S. Laurent. A côté des montans de la porte, deux autres groupes figurent l'un l'adoration des mages, et l'autre plusieurs personnages religieux, parmi lesquels on distingue le pape Sixte II, dont S. Laurent était archidiacre. Les mouvemens de ces statues, et les plis de leurs vêtemens, ont toute la roideur de l'école allemande de ce temps, et celles d'Erwin leur sont bien préférables sous ce rapport. Ces deux groupes sont surmontés de dais alongés, ressemblant à des candélabres. De chaque côté, deux fenêtres, l'une ouverte l'autre fausse, sont couronnées d'arceaux en accolades, et tous ces ornemens se terminent par des flèches chargées de larges fleurons : le dessus des fenêtres est rempli par des courbes bizarrement entrelacées, et dont les extrémités sont coupées à angle vif. Derrière cet avant-portail on voit la porte de l'ancienne façade; elle est à plein cintre, et accompagnée de colonnes dont les chapiteaux et l'entablement sont ornés de larges feuilles. Le second étage est percé de deux fenêtres décorées de petites colonnes et se terminant en ogives : on les voit dépasser la balustrade qui termine l'avant-portail. Le troisième présente deux roses, disposées conformément au style byzantin. Cet étage est surmonté d'une colonnade du même style, auquel appartiennent aussi les ornemens du fronton; mais sur les côtés de celui-ci s'élèvent deux clochetons gothiques[31].

La tour octogone dans laquelle se prolonge le centre de la croisée, n'offre, dans la petite portion qui paraît à l'extérieur, aucun mélange de l'arc pointu; mais les trompes et les arceaux de ce système, qui la soutiennent à l'intérieur, attestent suffisamment qu'elle a été renouvelée, aussi bien que les ailes, depuis la construction de Wernher. Elle est d'ailleurs environnée vers le haut d'une galerie à petites colonnes, dont plusieurs présentent des traces de moulures retranchées, qui semblent prouver qu'elles ont été employées à une colonnade semblable plus ancienne et plus ornée. Cette tour se terminait autrefois par une petite flèche assez mesquine, environnée des huit frontons qu'a fait crouler et démolir l'incendie de 1759. Elle est couverte aujourd'hui d'un toit formant une pyramide octogone tronquée, au haut de laquelle on a établi un télégraphe[32]. Le portail de l'aile méridionale présente, dans l'ensemble de ses dispositions, beaucoup d'analogie avec celui de l'aile opposée; mais il en diffère considérablement dans les détails. Il a deux portes accouplées, terminées par des arcs à plein cintre, que couronne une large archivolte. Les tympans sont ornés de bas-reliefs, les côtés et le trumeau sont décorés de statues : d'autres statues, détruites par les ravages de la révolution, étaient placées sur des saillies en forme de chapiteaux, à la moitié de la hauteur des colonnes qui garnissaient les faces rentrantes de ces portes, et auxquelles on a substitué depuis des colonnes unies[33].

Elles représentaient les douze apôtres : celle de S. Jean portait un écriteau indiquant, par un distique latin, qu'elle avait été sculptée par Sabine, fille d'Erwin. Quelques auteurs ont prétendu que la porte elle-même était l'ouvrage de son père; mais, d'après le style, elle lui est antérieure au moins d'un demi-siècle. En disant dans l'histoire du monument que l'étage supérieur de cette aile a été renouvelé par cet architecte, nous avons suivi une tradition moins dénuée de vraisemblance, mais que cependant il faut peut-être restreindre encore davantage : nous y reviendrons en parlant de l'intérieur. Le second étage de ce portail a des fenêtres en ogive, semblables à celles de la face septentrionale, mais plus alongées : le troisième est décoré de deux roses, disposées d'après le système gothique, et encadrées par des arceaux en ogive. Ces deux étages sont surmontés de galeries dont les balustrades présentent une ingénieuse variété. Au haut, un fronton, percé de trois fenêtres pointues, est accompagné, comme celui du portail du nord, par deux clochetons, mais plus sveltes et plus transparens.

La saillie orientale du chœur n'est que de quarante pieds[34]. Cette partie ne se termine, ni comme la plupart des chœurs du système byzantin, par une abside demi-circulaire, ni comme les chœurs gothiques, par un octogone, mais carrément et par une façade droite: dans les parties supérieures seulement les angles latéraux sont un peu émoussés. Sur chacune des trois faces on voit une grande fenêtre dépourvue d'ornemens, et terminée par un arc légèrement pointu. Celle du côté de l'orient est plus large que les deux autres, et la manière dont le mur est évidé, tant autour de sa partie supérieure qu'au-dessous de sa base, semble indiquer qu'elle a été agrandie depuis la construction primitive: peut-être en a-t-il été de même des deux autres. Au milieu de la ligne de terre de la face orientale, une fenêtre basse s'ouvre dans la chapelle souterraine : cette fenêtre se termine également par une ogive aplatie, mais elle est couronnée par des moulures de l'ancien style, et notamment par un gros tore surmonté d'un zigzag, qu'environnent deux filets arrondis, liés aux moulures du socle de cette façade. Du reste, ce chœur se distingue par une construction tellement massive, qu'aux deux angles, des escaliers montent dans l'épaisseur du mur : l'on remarque aussi que jusqu'en haut les pierres n'ont été taillées qu'avec des instrumens peu raffinés. Ces indices d'une haute antiquité sont en opposition avec l'époque que semblerait indiquer la forme ogive de la fenêtre dont il vient d'être parlé; il serait difficile cependant de croire qu'elle a été disposée ainsi par un changement partiel[35]. En même temps, la difficulté de fixer l'époque de la construction de cette partie de l'édifice, s'augmente encore par des contradictions qui existent entre les témoignages historiques. C’est là cet arrière-chœur [36] auquel Specklin restreint l'assertion (étendue depuis avec tant de légèreté à toute la croisée) qu'il a résisté à l'incendie de 1oo7, et qu'il nous présente un reste du chœur bâti par Charlemagne. Nous avons fait voir qu'un document contemporain ne permet guère d'admettre que ce monarque ait eu une part tant soit peu importante à la construction de cette cathédrale, et même au 13ième siècle l'on ne plaça point sa statue parmi celles des rois qui passaient alors pour y avoir contribué. Toute tradition de ce genre est donc nécessairement récente et de nulle autorité : d'ailleurs les édifices religieux appartenant le plus certainement à l'époque de ce souverain, se distinguent, au contraire, par une grande élégance et par l'imitation des formes gracieuses de l'architecture des Romains, ou même par l'emploi d'ornemens dérobés à leurs monumens. Mais la reconstruction totale de cette église par Wernher n'étant attestée que par des auteurs qui ont vécu plus de deux siècles après lui, il serait permis de supposer, malgré la précision de leurs textes, que cette partie fait exception à ce renouvellement, et qu'elle pourrait être un reste d'une construction du 9ième  ou du 10ième siècle. Dans ce cas, comme dans l'hypothèse plus simple quelle serait l'ouvrage de ce célèbre évêque, cette fenêtre basse, terminée en ogive, ajouterait un exemple de plus au petit nombre de ceux que l'on connaît de l'emploi de cet arc antérieur au 12ième  siècle; mais il faut avouer que, malgré les raisons contraires, on ne saurait assurer avec une certitude complète que cette saillie orientale n'ait pas été renouvelée tout entière après l'un ou l'autre des incendies de ce siècle : on pourrait même citer en faveur de cette opinion sa liaison parfaite avec le centre de la croisée et la ressemblance des modulons de sa corniche avec ceux qu'on voit au-dessous de la colonnade dont celle-ci est surmontée. Nous parlerons, en faisant la description de l'intérieur, et de la chapelle souterraine et de deux autres chapelles basses, qui s'avancent des deux côtés de l'arrière-chœur: on n'en aperçoit à l'extérieur que les portes, l'une à plein cintre et d'un style très-ancien, l'autre en ogive.

À suivre...

[1] Des mesures qui variaient entre elles et la différence de l'ancien pied de Strasbourg à celui de France, auquel le premier se rapporte dans la proportion de 128,1667 à 144 jetaient autrefois quelque doute sur la véritable hauteur de cet édifice. Une opération trigonométrique, exécutée avec la précision la plus rigoureuse, par M. le colonel Henry et les ingénieurs géographes employés sous ses ordres aux travaux préparatoires pour une nouvelle carte de la France, l'a fixée à 437pieds,5o2 de Paris, où 491pieds,549 de Strasbourg. Les calculs faits d'après les observations des deux stations qui ont été employées, n'ont varié que de trois millimètres : l'une a donné 142mètres, 109, l'autre 142 mètres,112. Quelques autres cathédrales n'ont été crues plus hautes que parce qu'on a pris pour des pieds de France des mesures locales d'une moindre dimension. [2] Voyez Summum Argentomlensium templum, par Osée Schad (Schadxus); Strasbourg, 1617, in-4.°; et Essais historiques et topographiques sur l’église cathédrale de Strasbourg, par M. l'abbé Grandidier; Strasbourg, 1782, in-8 ° Ces deux ouvrages, dont le second abonde en recherches historiques d'un intérêt varié, ont servi de base à toutes les autres descriptions de cet édifice. [3]  Cet homme distingué par plus d'un genre de mérites, nous a laissé deux volumes manuscrits, contenant un recueil de matériaux pour une histoire d'Alsace. Ce sont des notes et des extraits disposés par ordre chronologique. On y trouve beaucoup de faits curieux; mais aussi un grand nombre d'erreurs. Ces manuscrits autographes étaient en la possession de Schad, qui eu a tiré la plupart de ses notices. Ils sont déposés aujourd'hui à la bibliothèque publique de la ville de Strasbourg, et m'ont été fort utiles, en me faisant connaître la source et la rédaction primitive de beaucoup d'assertions répétées, et souvent dénaturées, par les auteurs postérieurs. C'est ainsi que Specklin ne parle que de la conservation de l'arrière-chœur à travers l'incendie de 1oo7, et que depuis ou a dit que tout le chœur actuel et les deux ailes transversales ont résisté à ce malheur. [4] Ce poème a été imprimé plusieurs fois, et entre autres dans Muratori Scriplores rerum italicarum, T. II, Pars. II, p. 16 et suivantes. Le passage relatif à cette cathédrale se trouve à la page 77. [5]  On les voit au bas d'un mur appartenant à la chapelle où se trouve le monument de l'évêque Conrad de Lichtenberg, dans une cour située derrière l'aile septentrionale de la croisée. Au-dessus des épitaphes d'Erwin et de son fils se trouve celle de Husa, femme du premier, morte en 1316. [6] C'est le manuscrit autographe latin de cet auteur [fol. x43, verso) qui supplée ce détail, omis dans le texte allemand publié par Schiller en 1698. Ses termes sont : Turis autem ejusdem monasterii quœ dicitur turris nova, versus prœdicatores, inchoata fuit A. 1277- Cujus planities superior, supra quam galea vel pinnaculum débet poni, explela est A. 1365. Turris autem illi collaleralis, quœ dicitur antiquior, interim fuit ex toto extrucla. La fin de la dernière phrase est plus complète dans le texte allemand. La table des matières du manuscrit latin ajoute aux mois galea vel pinnaculum celui de conus. [7] Dans ce nombre se trouve M. Boisserée, estimable auteur de l'Histoire et Description de la cathédrale de Cologne, etc.; Paris, 1823, à la page i5 de laquelle il est question de cette hypothèse. C'est avec les regrets les plus sincères, et non sans une juste défiance dans ma manière de voir, que je diffère en plusieurs points des opinions d'un connaisseur aussi habile, et qui a eu la bonté de me faire part de beaucoup de notions très-précieuses sur l'objet que je traite ici. Mais je n'ai pu qu'indiquer les résultats auxquels m'a semblé conduire l'examen, bien souvent réitéré, tant du monument lui-même, que des différens témoignages, tant manuscrits qu'imprimés, qui peuvent en éclaircir l'histoire. [8] Il a laissé un petit volume manuscrit, où il traite avec beaucoup de soin plusieurs questions relatives à l'histoire de ce monument, et surtout celle-ci. C'est lui qui le premier a appelé l'attention sur l'anachronisme qu'il v aurait à attribuer à un architecte mort en 1449 une construction antérieure à l'an 1365. [9] L'une de ces statues semble être, d'après les attributs dont elle est accompagnée, celle d'un architecte. On voit sur son piédestal un écusson renfermant une ligne doublement brisée, dans laquelle M. Boisserée a cru reconnaître un H renversé, ce qui confirmerait son hypothèse d'un premier Hültz; mais on pourrait y trouver avec la même probabilité plusieurs autres lettres de l'alphabet, et peut-être n'en représente-t-elle aucune. Cet écusson, qu'on voit aussi un peu plus haut, sur l'un des piliers du cinquième étage de la tour, a déjà été remarqué par Heckler; mais il n'a point pu découvrir à qui il appartenait. Son fils, docteur en médecine, qui a écrit une histoire de cette cathédrale, restée manuscrite, et dont je ne viens que d'avoir connaissance, conjecture que ce pourraient être les armoiries de Nicolas de Lohre ou d'Ulrich d'Ensingen, cités par d'anciens documens comme ayant eu la direction de l'édifice vers l'an 14oo; mais auxquels nul autre témoignage n'attribue des travaux importans. [10] Il dépasse même le haut de la tour méridionale de deux pieds et quelques pouces; la tour septentrionale ayant été portée à cette élévation de plus, pendant que les étages supérieurs de l'une et de l'autre étaient encore isolés. [11]  Les tours de Notre-Dame de Paris ont deux cent quatre pieds de hauteur; la plate-forme de la cathédrale de Strasbourg en a deux cent deux et demi. [12] Tandis qu'ailleurs on étend souvent le nom de portail jusqu'au haut des tours, à Strasbourg l’élévation extraordinaire de l'une et de l'autre moitié de cette façade a fait prévaloir pour son ensemble le nom de tour, et ou la distingue en tour inférieure et tour supérieure. [13] La largeur du corps de cette façade est de cent trente-quatre pieds; à sa base cette largeur est augmentée de vingt-quatre pieds par la saillie des contre-forts latéraux, qui est de douze pieds de chaque côté. Les intervalles de ceux de la façade occidentale donnent au portail du milieu quarante-deux, à celui de gauche vingt-neuf, et à celui de droite trente pieds de largeur. Cette dernière différence provient de ce que l'épaisseur des contre-forts n'est pas exactement la même : elle est dans la tour du nord d'un peu plus, et dans celle du midi d'un peu moins de huit pieds. Les faces latérales de ce portail sont larges de quarante-huit pieds et demi. A l'orient il déborde les bas-côtés de la nef de toute l'épaisseur de ses contre-forts, qui de ce côté est de dix pieds. La hauteur du premier étage est de soixante-huit, celle du second de cinquante-sept pieds et demi, et celle du troisième de soixante-dix-sept pieds. La planche 2ième fait voir l'effet de l'ensemble de cette disposition du côté de l'occident; la 7ième représente le côté méridional de l'étage inférieur, et les planches 1ère  et 6ième montrent le revers oriental de cette façade. [14]  Celles qu'on voit des deux côtés de la porte septentrionale représentent les quatre vertus cardinales : sur les pieds droits des faces rentrantes ce sont des vierges couronnées, qui écrasent sous leurs pieds les péchés mortels. Les bas-reliefs du tympan figurent la purification de la Vierge, l'adoration des mages, le massacre des innocens et la fuite en Egypte. Les quatre rangées de sculptures qui décorent les voussures représentent des anges, des saints, des évêques et d'autres personnages religieux. Heckler le médecin (celui dont il a été parlé dans la note de la page 14) assure, dans la partie historique de son ouvrage sur cette cathédrale, que l'inscription relative à Erwin [A. D. MCCLXXVII in Die beati Urbani hoc gloriosum opus inchoarit Magister Erwin de Steinbach) se trouvait sur la porte du milieu, où la placent aussi la plupart des autres témoignages; mais, dans la description de l'édifice, il affirme qu'elle existait au-dessus de cette porte septentrionale. L'exactitude qu'il met dans tout le reste de cette description, donne beaucoup de poids à cette assertion, et elle peut jeter un nouveau jour sur le passage de Koenigshoven, dans lequel l'époque où l'on a commencé la construction de la tour septentrionale est indiquée avec précision, cl exactement comme dans cette inscription, tandis qu'il ne parle que vaguement des commencemens de l'autre tour, et se tait sur le portail du milieu. C'est peut-être fort arbitrairement que cet auteur n'a appliqué cette date qu'à la tour, sur la porte de laquelle elle était inscrite, tandis qu'elle semble plutôt avoir dd se rapporter au portail tout entier. Dans ce cas rien n'empêcherait On prétend que les statues des côtés et des faces rentrantes de la porte du milieu, dont quelques-unes tiennent des bandes de parchemin, représentent les grands-prêtres et les scribes qui ont condamné Jésus-Christ à mort; mais je serais plutôt tenté d'y voir les auteurs sacrés qui ont prophétisé la venue du Messie. Une Vierge, tenant l'enfant Jésus sur les bras, est placée sur le trumeau. On voit sur le tympan les principales scènes de la passion et de la résurrection du Christ, et dans les voussures soixante-dix petits groupes figurent les principaux traits de l'histoire sacrée, depuis la création du inonde jusqu'aux actes des apôtres. On appelait autrefois cette porte celle des couronnes (porta sertorum, ou, en vieux allemand, Schapelthure), parce que l'on y vendait des couronnes de fleurs pour les noces. Les battans étaient couverts de plaques d'airain, ornées de ciselures fort curieuses : elles ont été fondues pendant la révolution. Enfin, les statues des faces latérales de la porte de droite représentent la parabole des dix vierges avec leurs lampes : les chapiteaux de leurs soutiens sont ornés de bas-reliefs figurant les signes du zodiaque et les travaux des douze mois de l'année. On voit dans le tympan la résurrection des morts et le jugement dernier. Les creux des voussures, vides en ce moment, étaient remplis autrefois de petites figures d'anges et de saints. Les sculptures ornant les voussures et les tympans de ces trois portes avaient été détruites pendant la révolution; mais on a refait, d'après les anciennes gravures, et remis à leur place, celles des deux premières : on travaille encore à celles de la troisième. La plupart des grandes statues avaient été cachées et préservées de la destruction. [15] On voit vers le haut du triangle intérieur du fronton du milieu le roi Salomon assis sous un dais. A ses côtés quatorze lions sont disposés par échelons et diversement groupés : les deux de dessus touchent aux pieds d'une Vierge assise, tenant d'une main l'enfant Jésus et de l'autre un globe. C'est ainsi qu'elle était représentée dans les anciennes armoiries de la ville de Strasbourg, auxquelles l'artiste a sans  doute voulu faire allusion. Cette figure était d'ailleurs accompagnée d'une inscription relative en même temps à la gloire de cette ville et à celle de la Vierge. Une tète radiée, placée au-dessus de la sienne, indique la présence de Dieu le Père". D'autres personnages sacrés étaient représentés autrefois tant dans des niches placées au-dessus des lions, qu'entre les montans des flèches. On voit une partie de ces dispositions, ainsi que de celles dont il a été parlé plus haut, sur la planche 3ième, où l'on a dessiné, d'après une ancienne élévation, exécutée avec beaucoup de soin, les figures qui ont disparu pendant la révolution. [16] On les appelle la grande et la petite montagne des oliviers, parce qu'elles ont plusieurs montées et descentes, cachées par le haut des ogives des portes et par les contre-forts. Aux deux portes latérales l'une de ces petites galeries surmonte immédiatement la première retraite du mur. [17]  Le côté du midi est dessiné sur la planche 7ième, où l'on voit aussi la petite porte et la tourelle par laquelle on monte à cette tour. Cette tourelle a été rebâtie en grande partie il y quelques années : elle ne s'élève que jusqu'à la hauteur du second étage; et, pour aller à la plate-forme, on traverse la galerie qui passe au-dessus de la belle fenêtre représentée sur cette planche. On trouve alors un autre escalier, dont la tourelle est derrière le contre-fort oriental. [18] C'est au-dessus de la galerie dont il vient d'être parlé que se trouvent ces sculptures, et on peut les examiner de près en montant à la plate-forme par l'escalier ordinaire : on v a vu une danse, parce que des femmes, terminées en monstres, y jouent de divers instrumens de musique. Mais d'autres personnages, soit fantasques, soit naturels, se battent ou se font des caresses : des monstres hideux insultent ou déchirent des hommes; un centaure combat un lion, etc. Au-dessus et sur la droite de cette frise, les flèches des tourelles placées devant les contre-forts, sont surmontées de petits diables, qui complètent cette scène infernale. Dans la corniche de la face opposée on a représenté des traits de l'histoire sacrée, mêlés de figures allégoriques. [19] Ses compartimens ne sont formés que par des rayons, liés vers la périphérie par des arcs pointus, subdivisés chacun en deux arcs plus petits, et ornés de rosaces et de trèfles découpés à jour. [20]  Ces statues, abattues pendant la révolution, ont été successivement rétablies, et l'on y a joint en dernier lieu celle de Louis XIV. Les statues de quelques autres niches du même genre n'ont point encore été refaites, et plusieurs paraissent n'en avoir jamais été pourvues. [21]  Sur la face orientale seulement la fenêtre extérieure de chaque tour est remplacée par un mur plein, en avant duquel montent des tourelles d'escaliers. [22]  A côté de ces fenêtres on voyait autrefois les statues des quatre évangélistes : leurs têtes étaient celles de l'ange et des trois animaux qu'on leur a donnés pour attributs symboliques. Déjà l'on a refait les statues, qui rappellent la manière dont les anciens Egyptiens représentaient quelques-unes de leurs divinités; mais elles ne sont pas encore replacées. Plus haut, un Christ assis, et présidant au jugement dernier, était environné de figures appartenant à cette scène auguste. Déjà il a été dit que ce milieu renferme les grandes cloches : la plus considérable a six pieds dix pouces de diamètre, et pèse cent quatre-vingts quintaux; elle a été fondue en 1427. [23]  On démolit alors une vieille tour ronde, peu élevée et tout-à-fait accessoire, enclavée dans un angle de l'ancienne maisonnette : ses restes ont été pris, bien à tort, par quelques personnes pour le commencement d'une tour correspondant à celle qui a été portée si haut. Au-dessous de cette maisonnette, ainsi qu'au-dessous de la tour supérieure, il y a des voûtes basses, dans les murs desquelles on remarque de très-grosses barres de fer, servant à lier les pierres. Le même moyen a été employé aussi dans d'autres parties de cet édifice, et ne contribue pas peu à sa grande solidité. Vis-à-vis de la maisonnette on voit, auprès de la porte de la tour, une inscription latine qui rappelle les effets extraordinaires d'un tremblement de terre arrivé en 1728. [24]  Cette horloge, renouvelée en 1786, est placée dans le bas de la tour supérieure, au niveau de la plate-forme. Trois cloches, suspendues un peu plus haut, sonnent les heures, et sont employées tant à d'autres services ordinaires qu'à sonner le tocsin. Sans qu'elles soient d'un volume considérable, leur position élevée les fait entendre non-seulement dans toute la ville, mais encore dans les campagnes environnantes. [25] Voyez, pour les différentes dispositions dont il vient d'être parlé, le haut de la planche 4ième où l'on a donné le plan d'une partie de la plate-forme comprenant celui de la tour supérieure et des escaliers qui l'environnent, et, outre les trois planches pittoresques qui représentent la tour, l'élévation d'architecture que fournit la planche 5ième.  On verra par le plan que les tourelles des escaliers ont chacune une forme différente. Celle où l'on aperçoit deux portes renferme un escalier double, c'est-à-dire que deux rampes à limaçon y sont disposées sur un seul noyau : deux sociétés peuvent y monter en même temps, et se parler sans se voir; on ne se retrouve qu'à la moitié de la hauteur, où cet arrangement finit. Chaque côté de la tour octogone, mesuré jusqu'au centre des contre-forts qui garnissent les angles, a seize pieds de largeur. [26] Quelques-uns tic ces effets sont présentés par les planches 1ère, 2ième  5ième  et 6ième ; mais ils sont encore plus frappans à une plus grande distance de l'édifice. [27] On n'y arrive que par de petits degrés disposes verticalement, et formant saillie sur les parois de la lanterne : au milieu de la couronne il y a encore un petit escalier; ensuite on ne monte plus qu'au moyen de crampons de fer. [28] Le même accident arriva dès l'an 1754 à une poire de cuivre doré, qu'on avait eu l'imprudence de poser sur cette pointe en 1751, et qui augmentait de trois pieds la hauteur de cette tour. La pierre d'aujourd'hui a vingt-un pouces de diamètre : elle est élevée de vingt-neuf pieds deux pouces et demi au-dessus de la base intérieure de la couronne. On verra sur la planche 5ième, les détails de la disposition de cette flèche. A l'intérieur toutes les voûtes jusqu'à la couronne sont percées à leur centre d'ouvertures circulaires, destinées à faire monter les matériaux nécessaires aux réparations. Au haut de la couronne on voit suspendue une énorme clef, dont la signification symbolique est une sorte d'énigme. [29] Voyez les planches 1ère et 7ième, où l'on verra aussi l'arrangement des contre-forts et des arcs-boutans avec leurs clochetons, et, sur la 1ère  la chapelle de Sainte-Catherine. Les portiques qui enveloppent cette dernière, servent d'atelier aux tailleurs de pierre et au statuaire de l'œuvre: les autres sont loués à des particuliers. [30] Les faces orientales de chacune de ces ailes sont plus uniformes : de ce côté l'aile du nord a deux fenêtres en ogive, et chaque moitié de celle du midi, deux fenêtres accouplées, également en ogive. [31]  Voyez le dessin de ce portail fourni par la planche 8ième. [32]  Les planches 1ère  et 8ième  font voir ce télégraphe et une partie de la petite colonnade. La planche 6ième  place le spectateur sur la galerie qui environne le toit. Le clocheton qui parait au premier plan surmonte l'un des escaliers par lequel on y arrive. [33]  Les deux statues qu'on voit à l'extérieur des portes ont été préservées de la destruction : elles représentent, l'une, l'église chrétienne, et l'autre la synagogue. Un roi Salomon, qui ornait le trumeau, a été renouvelé; il était surmonté d'un Christ, paraissant à mi-corps et tenant un globe : on est occupé à le rétablir. Les bas-reliefs du haut des tympans figurent, l'un, la Vierge mourante, entourée des apôtres, et l'autre son couronnement. Ces sculptures anciennes sont d'un grand mérite : celles du dessous ont été refaites; elles représentent, l'une, l'enterrement de la Vierge, et l'autre son assomption. On avait placé à quelque distance au-dessus de la porte l'image de la Vierge qui se trouvait depuis 1439 à 1488 au haut de la flèche; elle a été renouvelée de nos jours pour la seconde fois : elle est surmontée d'un cadran astronomique, que mettait en mouvement la célèbre horloge placée dans l'intérieur de cette aile. Enfin, l'on aperçoit, vers le haut de ce portail, la statue de l'évêque Arbogaste. La planche 1ère fait voir les dispositions principales de cette façade dans son état actuel. [34]  Tandis que, dans les cathédrales construites en entier d'après le système qui s'est développé au 13ième siècle, le chœur a souvent la même longueur que la nef, la proportion de ces deux parties est ici de deux à neuf; car la longueur de la nef est de cent quatre-vingt-un pieds. La largeur des ailes varie de cinquante-six à cinquante-huit pieds; elles dépassent les bas-côtés de trente-trois à trente-quatre pieds, et la nef centrale, ainsi que la partie extérieure du chœur, de soixante-cinq à soixante-six pieds. La longueur totale de l'édifice, depuis les angles des contre-forts de la façade occidentale jusqu'à l'extrémité extérieure du chœur, est de trois cent quarante-deux pieds. La largeur de la face orientale du chœur est de cinquante-six pieds, et elle a soixante-un pieds de hauteur. On ne l'aperçoit que dans la cour du Séminaire, et sa partie inférieure est masquée par le toit d'une sorte de portique, construit pour mettre à couvert la communication extérieure entre deux chapelles qui s'ouvrent à ses côtés. [35]  On voit aussi deux niches pointues au bas de la fenêtre supérieure; mais elles peuvent avoir été évidées lorsqu'on a agrandi cette fenêtre. [36]  On l'appelle ainsi, parce qu'à l'intérieur sa petitesse a fait comprendre dans le chœur non seulement tout le centre de la croisée, mais encore une travée de la nef.

 

Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg. Lithographies de Chapuy. 1827. Photo couverture. Rhonan de Bar.
Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg. Lithographies de Chapuy. 1827. Photo couverture. Rhonan de Bar.
Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg. Lithographies de Chapuy. 1827. Photo couverture. Rhonan de Bar.
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Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg. Lithographies de Chapuy. 1827. Photo couverture. Rhonan de Bar.
Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg. Lithographies de Chapuy. 1827. Photo couverture. Rhonan de Bar.
Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg. Lithographies de Chapuy. 1827. Photo couverture. Rhonan de Bar.
Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg. Lithographies de Chapuy. 1827. Photo couverture. Rhonan de Bar.
Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg. Lithographies de Chapuy. 1827. Photo couverture. Rhonan de Bar.
Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg. Lithographies de Chapuy. 1827. Photo couverture. Rhonan de Bar.
Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg. Lithographies de Chapuy. 1827. Photo couverture. Rhonan de Bar.
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Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg. Lithographies de Chapuy. 1827. Photo couverture. Rhonan de Bar.
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