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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #FAVORITES ROYALES.

LES PORTRAITS DE MADAME DE MONTESPAN

I

Mademoiselle de La Vallière mourut de chagrin d'avoir été maîtresse du roi, et madame de Montespan mourut de chagrin de ne l'être plus.

Quand madame de Montespan est venue, peut-être n'y avait-il plus que le roi: Louis s'était évanoui dans la dernière étreinte de mademoiselle de La Vallière.

Toute la poésie du règne, j'ai voulu dire la jeunesse, était partie pour le couvent des Carmélites.

Madame avait emporté à son lit de mort la joie de Saint-Germain et de Fontainebleau ; mademoiselle de La Vallière emporta l'amour de Versailles, et tout s'en alla en oraisons funèbres! —Madame se meurt ! Madame est morte!

Vous ne verrez plus les mascarades galantes ; vous n'entendrez plus ces belles conversations qui commençaient avec un madrigal de l'Astrée et qui s'achevaient par un éclat de rire de Molière ; vous n'assisterez plus à ces chasses où, dans les halliers retentissants, chaque Endymion eut sa Diane! Plus de fanfares et plus de cavalcades! Plus d'île enchantée où vivaient les romans de l'Arioste et les contes du Décaméron ! Mademoiselle de La Vallière se meurt ! Mademoiselle de La Vallière est morte! Elle le cric elle-même : elle a jeté sa vie « dans le cercueil de la pénitence ! »

C'en est fait! Le roi Apollon ne poursuivra plus Daphné sous les ramées mystérieuses ! Racine ne chantera plus les Andromaque et les Bérénice, ces La Vallière métamorphosées, ces plaintives figures qui osent dire au roi lui-même les faiblesses du roi !

Si Mignard veut encore peindre l'amour, il ne peindra plus que l'amour de Madeleine repentie.

II

Madame de Montespan n'est pas introuvable comme mademoiselle de La Vallière au musée de Versailles, Elles sont toutes les deux dans les grands appartements; mais là où mademoiselle de La Vallière n'a qu'une douteuse copie, madame de Montespan a un portrait original, sans doute peint par Mignard, Elle est adorablement belle, dans sa robe rouge, toute noyée de perles et de dentelles, avec ses blonds cheveux qui lui baisent l'épaule. Quoique blonde, elle aimait les tons vifs et heurtés; ce n'était point assez pour elle d'avoir une robe rouge, il lui fallait encore une plume rouge sur la tête. Ce portrait la représente jeune, mais l'esprit va se lever avec cette aurore, Le rayon transperce déjà cette légère brume matinale qui est le duvet de la jeunesse, Dans la galerie des Portraits on la retrouve, mais plus moqueuse : cette bouche-là va parler, le trait va partir, le mot rit déjà sur la lèvre. Qu'est-ce qui va être montespanisé?

Madame de Montespan, qui est tout esprit, ne se fait jamais peindre ni en Diane, ni en Junon, ni en Daphné; le sentiment poétique n'a pas hanté son âme; elle rit tout haut du carnaval mythologique ; elle trouve que c'est assez d'être la fière, belle et charmante marquise de Montespan, sans vouloir être encore une divinité olympienne, Mignard l'a pourtant décidée un jour à se laisser peindre dans une nuée de Cupidons armés de flèches et de roses. Ce portrait, connu sous le nom de Portrait aux Amours, a été souvent copié.

La Palatine, qui a été forcée de vivre beaucoup avec elle, à son corps défendant, a plus d'une fois peint à la plume la marquise de Montespan: « La Montespan étoit plus blanche que La Vallière ; elle avoit une belle bouche et de belles dents, mais elle avoit l'air effronté. » Madame de Montespan avait l'air hautain et spirituel plutôt qu'effronté. La duchesse d'Orléans continue ainsi : « Elle avoit de beaux cheveux blonds, de belles mains, de beaux bras; ce que La Vallière n'avoit pas; mais celle-ci était fort propre, et la Montespan une sale personne.» La Palatine donnait un coup de griffe après avoir donné un coup de plume. Je ne m'explique pas bien ce dernier trait. Quand on a de belles dents, de beaux cheveux, de belles mains, on est le contraste d'une personne propre[1].

Madame de La Fayette peint ainsi madame de Montespan — avant la lettre —a la cour d'Henriette d'Angleterre : « La seconde fille du duc de Mortemart, qu'on appeloit mademoiselle de Tonnay-Charente, étoit encore une beauté très achevée, quoiqu'elle ne fût pas parfaitement agréable. Elle avoit beaucoup d'esprit et une sorte d'esprit plaisant et naturel, comme tous ceux de sa maison. »

Saint-Simon disait : « belle comme le jour », une beauté en pleine lumière qui semblait répandre des rayons[2]. Mais qui l'a mieux peinte que madame de Sévigné: « Un jeu de reversi donne la forme et fixe tout. Le roi est auprès de madame de Montespan, qui tient la carte, C'est une chose surprenante que sa beauté. Elle étoit tout habillée de point de France, coiffée de mille boucles; les deux des tempes lui tombent fort bas sur les joues; des rubans noirs à sa tête, des perles de la maréchale de l'Hôpital, embellies de boucles, et des pendeloques de diamants de la dernière beauté, trois ou quatre poinçoins, point de coiffe; en un mot une triomphante beauté à faire admirer à tous les ambassadeurs, Elle a su qu'on se plaignoit qu'elle empêchoit toute la France de voir le roi ; elle l'a redonné, comme vous voyez; et vous ne sauriez croire la joie que tout le monde en a, ni de quelle beauté cela rend la cour, » L'abbé Testu, un des quarante, celui-là que Ninon avait surnommé : Testu, tais-toi, a très finement dit des trois filles du duc de Mortemart, pour exprimer les nuances de leur esprit: « Madame de Thianges parle comme une personne qui rêve, madame de Fontevrault comme une personne qui parle, et madame de Montespan comme une personne qui lit[3]. » Elle lisait un beau livre, très savant, très varié, très spirituel : le livre de son coeur. Le père de madame de Montespan était un homme de plaisir qui ne doutait de rien, excepté de Dieu peut-être; il avait épousé une dévote qui passait toutes ses journées à l'église. Il disait que c'était le mariage le mieux assorti, puisqu'il ne voyait jamais sa femme; en effet, si elle passait la journée dans les églises, il passait la nuit au jeu, dans le cortège des mauvaises passions. Il était batailleur, insolent, hautain, fort en gueule. Madame de Montespan était le portrait de son père, adouci par sa mère. Le diable-à-quatre était tempéré par l'idée de Dieu. Pendant toute sa vie, même aux jours les plus emportés, elle aimait, comme sa mère, le pieux spectacle des églises.

III

Madame de Montespan n'était pas une beauté ; c'était la beauté : un profil fier et noble, un front de marbre, de blonds cheveux jaillissant en gerbes rebelles aux morsures du peigne, des yeux ardents tour à tour allumés par l'esprit et par la passion, un nez franco-grec aux narines mobiles comme des ailes d'oiseau, une bouche rieuse, toujours ouverte pour railler, montrant à demi des dents destinées à vivre cent ans, comme les perles : un cou divinement attaché à des épaules d'un dessin ferme et d'un ton vivant. Quand il la peint, Mignard dévoile son sein, parce qu'elle a le sein fort beau et fort orgueilleux, comme tout le reste. La main et le pied sont du format diamant: je juge du pied par la main que j'ai sous les yeux, si toutefois Mignard n'a pas vu cette main par le petit bout de la lorgnette. Et comme elle marchait bien! Quelle éloquence de mouvements! Quelle souveraineté dans le geste ! Celle-là était née pour régner, celle-là avait le sang, la race, la divinité, — je parle à la surface.

Et encore cette belle calomniée n'avait pas jeté son coeur sous les pieds des chevaux du roi, ni son âme aux passions honteuses. Si elle fut belle toujours, elle fut noble jusqu'à la fin. Elle ne s'humilia jamais que devant Dieu : car ce fut pour Dieu qu'elle s'humilia devant son mari quand sonna l'heure de la pénitence.

Ah! Celle-là était née pour aller dans les carrosses du roi, pour présider les carrousels, pour changer l'eau en vin dans les soupers de Versailles ! Quel entrain diabolique! Quel esprit à tout propos! Quelle folie éclatante! Le roi-soleil n'était plus qu'une ombre devant elle, — son ombre !

Et pourtant, quelle tristesse sous cette gaieté du dehors! Elle a étouffé mademoiselle de La Vallière dans sa passion pour le roi, mais du même coup elle s'est tuée elle-même.

C'est une femme mal comprise jusqu'ici: on l'a jugée sans l'entendre. Sa beauté et son esprit ont masqué son coeur. On n'a pas pénétré dans celte nature inquiète et chercheuse, éprise du bien et tombant dans le mal sans y penser, voulant et ne voulant pas, toute au caprice de l'heure, fantasque et dangereuse comme la Méditerranée à l'équinoxe ; obéissant à la raillerie pour dominer, pour s'amuser, pour se venger ; se pavanant, parce qu'elle voulait contraster avec mademoiselle de La Vallière, riant à gorge déployée, parce que sa rivale pleurait toutes ses larmes.

Elle raillait tout le monde et se raillait elle-même « pour dispenser les autres de le faire ». Quand le roi était avec elle à la fenêtre de son cabinet de Versailles, les courtisans se détournaient de peur de la mousqueterie. Elle avait imaginé un jeu de cartes en action, composé des hommes et des femmes de la cour. Rien n'amusait Louis XIV comme sa manière de battre les cartes et de retourner le valet de cœur sur la dame de carreau. Il fallait avoir la clef du jeu pour le comprendre, et comme elle ne la donnait à personne, le soir, au jeu de la reine, elle osait tout haut brouiller les cartes et amener les batailles et les rencontres les plus curieuses.

La reine elle-même n'était pas sacrée pour elle.

Un jour, on racontait que dans une promenade Marie-Thérèse avait vu tout à coup dans un gué son carrosse se remplir d'eau, « Ah! Si nous avions été là, dit en riant madame de Montespan, nous aurions crié: La reine boit![4]»

Le roi, qui ne put c'empêcher de rire, rappela pourtant ce jour-là à l'ordre madame de Montespan.

« C'est votre reine, madame! » La marquise aurait pu répliquer; «C'est la vôtre, monsieur! » Madame de Montespan était contemporaine de mademoiselle de La Vallière[5], et elle arriva au coeur du roi en passant par le même chemin. Comme mademoiselle de La Vallière, elle débuta dans les filles d'honneur de Madame. C'était alors mademoiselle de Tonnay-Charente. A son mariage, elle obtint le titre de dame du palais de la reine. Se maria-t-elle par amour ou par vanité? Le marquis de Montespan était beau, galant, comme elle hautaine dédaigneux. C'était son homme, avant qu'elle eût trouvé son homme dans le roi. Il jouait sans sourciller, perdait ou gagnait avec le même sourire vingt mille écus. Il faisait sonner haut toutes les cloches héraldiques de sa maison. Elle commença par l'adorer et par lui donner un fils, celui-là qui devint le duc d'Antin, qui fut joueur comme père et mère, et qui se moqua de tous les deux.

 

[1] La Palatine la calomnie encore dans sa manière de raconter qu'une revue, «les soldais s'étant misa crier: Konigs Hure! Hure! Elle dit au roi que les Allemands étoient trop naïfs d'appeler toutes choses par leur nom ».

Les chansonniers accusaient madame de Montespan d'avoir eu des amants avant d'être au roi. On citait tout haut le comte de Fontenac, mais il n'était que son ami : Je suis ravi que le roi, notre sire, Aime la Montespan ; Moi, Fontenac, je me crève de rire...

[2] M. le duc de Noailles, qui a étudié de tout près la marquise de Montespan, dans son Histoire de madame de Maintenon, peint la femme visible avec une véritable sympathie : « La nature avoit prodigué tous ses dons à madame de Montespan : des flots de cheveux blonds, des yeux bleus ravissants avec des sourcils plus foncés, qui unissoient la vivacité à la langueur, un teint d'une blancheur éblouissante, une de ces figures enfin qui éclairent les lieux où elles paroissent. »

[3] Selon Voltaire, « Athénaïs de Mortemart, femme du marquis de Montespan, sa soeur aînée la marquise de Thianges, et sa cadette, pour qui elle obtint l'abbaye de Fontevrault, étaient les plus belles femmes de leur temps; et toutes trois joignaient à cet avantage des agréments singuliers dans l'esprit. Le duc de Vivonne, leur frère, maréchal de France, était aussi un des hommes de la cour qui avaient le plus de goût et de lecture. C'était lui à qui le roi disait un jour: Mais à quoi sert de lire? Le duc de Vivonne répondit : La lecture fait à l'esprit ce que vos perdrix font à mes joues. C'est qu'il avait de l'embonpoint et de belles couleurs. Ces quatre personnes plaisaient universellement par un tour singulier de conversation mêlé de plaisanterie, de naïveté et de finesse, qu'on appelait l'esprit des Mortemart. »

[4] Mot qui indigne beaucoup un historien de la marquise : « Cette parole rappelle les bouffonneries sanguinaires du proconsul Carrier. »

[5] Moins jeune de trois ans, mais plus femme et plus maîtresse femme. Elle avait vingt-deux ans quand elle épousa, en 1663, le marquis de Montespan.

 

Françoise Athénaïs de Rochechouart de Mortemart dite Madame de Montespan au château de Clagny. Peinture d'Henri Gascard. Françoise Athénaïs de Rochechouart de Mortemart dite Madame de Montespan au château de Clagny. Peinture d'Henri Gascard. Françoise Athénaïs de Rochechouart de Mortemart dite Madame de Montespan au château de Clagny. Peinture d'Henri Gascard.

Françoise Athénaïs de Rochechouart de Mortemart dite Madame de Montespan au château de Clagny. Peinture d'Henri Gascard.

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