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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #CHÂTEAUX DE FRANCE.

LES JARDINS DE VERSAILLES

Pierre de Nolhac.

Avec ses souvenirs impérissables, son décor royal encore debout, avec son château, ses terrasses, ses marbres et ses fontaines, Versailles n'est qu'une harmonie. Tout s'y présente dans l'unité majestueuse d'une œuvre d'art accomplie; la construction, l'ornementation, le détail le plus modeste et l'ensemble le plus grandiose, tout obéit à la même pensée, la réalise, l'exalte et l'impose.

L'enchantement d'un passé, que cette forte conception révèle, saisit l'imagination dès que les grilles des jardins sont franchies. Pour que l'impression soit complète et ineffaçable, on devrait choisir, pour cette visite, un jour de solitude, au moment du printemps, alors que lès parterres de Le Nôtre se rajeunissent par la profusion des fleurs nouvelles, ou plutôt vers la fin de l'automne, quand, dans les allées désertes, les pas soulèvent avec les feuilles mortes une jonchée de souvenirs.

Au déclin de la saison, la maison de nos rois, alors abandonnée des foules, prend une force d'évocation plus souveraine, et les coulées d'or et de cuivre qui chamarrent les hauts feuillages s'accordent avec le rappel des splendeurs d'autrefois. L'âme la moins ornée, la pensée la moins vive est émue par la puissance d'un tel décor de tristesse et de beauté. Car ce n'est point en vain que ce parc de novembre, en sa somptuosité désolée, célèbre chaque année une commémoration magnifique de la royauté.

L'illusion devient maîtresse en ce lieu de fastueuse mélancolie ; on y sent revivre ceux qui l'animèrent, personnages de gloire, de noblesse, d'intrigue et d'amour; et c'est là surtout qu'on arrive à comprendre l'esprit de la monarchie française, dont ils furent l'orgueil, la parure ou le soutien. Versailles donnera des sensations plus profondes et plus rares à qui cherchera à le mieux connaître, à qui consentira à y vivre quelque temps, pour en pénétrer peu à peu le lent secret.

L'homme de loisir avisé, qui a pu réaliser ce rêve, nous dira comment le charme opère, comment il le subit tout d'abord, puis le goûte davantage à mesure qu'il le sent plus familier, et enfin comment il s'y livre avec un enthousiasme reconnaissant. Ce n'est pas qu'il y ait en cette ville une plus riche accumulation de souvenirs historiques qu'en tel autre lieu illustre; mais l'œuvre qui les con centre et les fait revivre dispose d'une force vraiment évocatrice, parce qu'elle ne disperse point l'émotion. Bien que l'art de Versailles soit un des plus vastes et des plus variés, toutes ses manifestations s'assemblent et se juxtaposent suivant les mêmes règles interprétées par des maîtres divers; elles obéissent aux lois d'équilibre et de noblesse qui sont les lois même de ce génie français, dont elles offrent une des parfaites images.

La création de Louis XIV, à peine retouchée et ornée par le XVIIIe siècle, et dont le siècle dernier n'a altéré que des détails, est sous nos yeux encore presque intacte et presque vivante.

Sous l'incantation de la pensée, aisément ressuscitent les scènes d'autrefois. L'escalier de Mansart nous conduit au seuil des appartements du Grand Roi ; voici l'antichambre de l'Œil-de Bœuf ; qui semble pleine encore de la rumeur des courtisans, du mouvement d'une cour impatiente de plaire au maître. Traversons la Chambre de parade, qui fut comme le centre de la monarchie et où mourut celui qui, par l'éclat unique de sa fortune, avait ébloui le monde. En suivant la Grande Galerie et les appartements de marbre et d'or, nous arrivons à la Chapelle où se célébrèrent les unions royales, les mariages princiers, les baptêmes des dauphins et aussi les pompeuses funérailles. De l'autre côté du Château, nous parcourons les appartements de la Reine et la chambre somptueuse où, pendant trois règnes, naquirent les Enfants de France. Et dans l'intimité des cours intérieures, inconnues du public d'aujourd'hui comme de celui de jadis, que de cabinets, de pièces secrètes, de passages et de réduits aux boiseries merveilleuses, où les reines devinrent de simples femmes, où Louis XV et Louis XVI se livrèrent à leurs divertissements, à leurs plaisirs si différents, où toutes les anecdotes de l'ancien régime prennent leur explication, pour qui sait patiemment identifier les emplacements et préciser les lieux.

Et maintenant que nous descendons dans les Jardins, il faut peu d'effort pour reprendre les promenades royales, se figurer qu'on suit Louis XIV, Monseigneur, Madame la duchesse de Bourgogne, alors que la longue file des « roulettes » se déroule LA REINE MARIE LECZINSKA Peinture de J. -B. Vanloo sur les pentes de Latone et sur les allées du Tapis Vert, pendant que les eaux glorieuses et délivrées jettent, sur les margelles de marbre, leur pluie jaillissante.

S'il est tel coin retire du parc de Versailles où le goût du temps de Louis XVI a fait quelques transformations « à l'anglaise », si l'on y revoit surtout les dames de Marie-Antoinette, avec les chapeaux de bergères et les robes de linon, Versailles garde avant tout la marque de son créateur dans les lignes intactes du Grand Siècle.

Les marbres et les bronzes sont encore à la place que leur désigna Charles Le Brun, où les ont vus Racine et Boileau ; les eaux ont perdu peu de chose de ces effets singuliers dont s'enchanta Madame de Sévigné ; les blanches marches, où grandissent çà et là, d'année en année, les taches roses, sont encore celles que balayait la traîne de Madame de Montespan, conduisant la promenade de la Cour.

Ces degrés, ces pièces liquides, ces parterres, ces larges perspectives ouvertes sur la plaine lointaine ou sur les bois de la colline, ce décor de fleurs, d'eau et de pierre, cet enchantement du regard et de la pensée, c'est encore l'œuvre ancienne qui rappelle à la postérité, autour du Versailles de Mansart, le nom de Le Nôtre. Dédaigné comme une grandeur morte, oublié longtemps par ceux-là même qui eussent dû en tenir le respect éveillé, méprisé aussi par tant d'artistes français déracinés de leur tradition, Versailles a repris, depuis peu d'années, la place d'exception et de gloire qu'à d'autres titres les siècles monarchiques lui avaient conférée.

Des peintres et des sculpteurs modernes s'intéressent passionnément à ce qu'il peut donner d'inspiration, de motifs et de modèles; des poètes, émus par la grâce fanée du parc endormi, célèbrent le charme de ses quatre saisons; un public toujours renouvelé de visiteurs proclame à voix haute l'admiration de ses découvertes, tandis qu'une petite église de dévots plus discrets sait à quels jours et à quelles heures célébrer le mieux son culte paisible.

Nous mesurons aujourd'hui, après l'avoir trop méconnu, ce qui manquerait au patrimoine de la nation et au témoignage de son génie, si Versailles eût été détruit. Ô Palais, horizon suprême des terrasses! Un peu de vos beautés coule dans notre sang.

Ainsi parlent, avec Albert Samain, tous ceux des nôtres qui expriment ou dirigent la sensibilité contemporaine. L'impertinence des vers d'Alfred de Musset sur « l'ennuyeux parc de Versailles » nous choque moins que son inintelligence, ne nous attriste; car il n'est pas de beauté plus émouvante que celle de ces architectures, où se composent avec tant d'harmonie les jeux de la lumière, de la verdure et des eaux. Nous y associons la sculpture qui les décore et qui représente, en sa maturité, cet art qui fut toujours un art de France. La convention pompeuse de la peinture de l'époque, l'esthétique impérieuse et tout italienne du grand ordonnateur Le Brun, n'ont eu presque nulle prise sur la robuste originalité de nos sculpteurs. Soumis aux nécessités d'un ensemble décoratif, ils ont su garder dans l'exécution les qualités de leur race et faire passer en leurs nobles figures souplesse et vérité. A ces vieux maîtres, prodigues de chefs-d'œuvre et pour lesquels nous avons été si ingrats, ce livre voudrait avant tout rendre hommage.

Telles sont les leçons faciles et fortes que donne Versailles. A quelques pas de Paris, la ville la plus agitée et la plus bruyante, les grands ombrages ouvrent un refuge de silence et de recueillement.

C'est un abri pour les amoureux du rêve et aussi un lieu d'élection pour les chercheurs de beauté. Celui qui a une fois pénétré Versailles ne se lasse donc pas d'y revenir. C'est un ensemble incomparable qu'offrent, sans jamais l'épuiser, à la joie de son esprit, au plaisir de ses yeux, ce château qui, par sa structure même, est l'image éloquente de la monarchie; ces jardins qu'une volonté singulièrement forte a fait surgir du terrain le plus ingrat ; ce parc, aux lointaines percées, où semble sonner encore l'hallali des chasses royales, et ces larges surfaces d'eau vivante qui reflètent, depuis deux siècles et demi, le ciel changeant et léger de l'Ile-de-France.

(Fig 1) LE ROI LOUIS XIV. Peinture de Charles Le Brun (1619-1690)

(Fig 2) NYMPHE ET AMOUR, par Philippe Magnier. Groupe de bronze, au Parterre d'Eau, fondu par les frères Keller, en 1690.

(Fig 3) LOUIS XIV EN PROMENADE DANS LES JARDINS DE VERSAILLES Détail d’un tableau de P.-D. Martin, représentant la fontaine de l’Obélisque.

(Fig 4) LE BOSQUET DU THÉÂTRE D’EAU, aujourd'hui détruit. Estampe de J.Rigaud. PLAN DU BOSQUET DU THÉÂTRE D’EAU. Tiré d’un album ayant appartenu au Roi Louis XIV.

(Fig 5) ANDRÉ LE NOTRE, ARCHITECTE DU ROI (1613-1700) Peinture de Carlo Maratta.

(Fig 6) NEPTUNE ET AMPHITRITE Groupe de plomb du Bassin de Neptune, exécuté par Sigisbert Adam en 1740.

(Fig 7) LA REINE MARIE LECZINSKA. Peinture de J.-B. Vanloo.

(Fig 8) FONTAINE DE DIANE. Groupe d'animaux de bronze, par Van Clive

(Fig 9) LA REINE MARIE-ANTOINETTE ET LOUIS XVI EN PROMENADE DANS LES JARDINS DE VERSAILLES. Détail d'une peinture de Hubert Robert.

(Fig 10) PROJET POUR UNE FONTAINE DE PLOMB (AUJOURD'HUI DÉTRUITE) DU BOSQUET DU THÉATRE D'EAU.  Dessin de Charles Le Brun.

 

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