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L'Avènement du Grand Monarque

L'Avènement du Grand Monarque

Révéler la Mission divine et royale de la France à travers les textes anciens.

Publié le par Rhonan de Bar
Publié dans : #CHÂTEAUX DE FRANCE.

VERSAILLES. LES JARDINS. Pierre de Nolhac.

LA PROMENADE DE VERSAILLES AU XXe SIÈCLE

(Deuxième extrait.)

La grande façade développe ici sa longueur de quatre cent quinze mètres (qui atteint six cent soixante-dix mètres avec les façades en retour). La monotonie de cette immense bâtisse est rompue par les avant-corps, formés de colonnes que surmontent cent deux statues, par les sculptures en relief qui encadrent les fenêtres cintrées du premier étage, par les clefs des arcades du rez-de-chaussée, enfin par les trophées et les vases de pierre couronnant la balustrade de l'attique, qui avaient été détruits lors des restaurations du premier Empire et qui viennent d'être heureusement rétablis sur le corps central du Château.

Quatre bronzes d'après l'antique, posés contre le mur, sont d'assez belles fontes françaises, un peu noires, qui furent les premiers essais des frères Keller pour Versailles; ces figures, Bacchus, Apollon, Antinous et Silène, annoncent les merveilles de bronze du Parterre d'Eau, tandis que les deux grands vases de marbre, placés aux angles de la même terrasse, semblent continuer, au seuil des jardins, la sculpture décorative répandue si abondamment sur les façades.

Le premier fut sculpté par Coyzevox. Le pied svelte et puissant soutient une coupe ouvragée de feuilles d'acanthe; les deux anses sont formées de têtes de faunes grimaçants, à la longue barbe tressée. Le haut vaisseau porte un bas-relief imité d'une peinture de la Galerie des Glaces. Les scènes qu'il retrace furent d'une actualité glorieuse ; elles représentent la prééminence de la France reconnue par l'Espagne, après la défaite des Turcs par nos armes en Hongrie (1664). D'un côté, des guerriers enturbanés sont mis en déroute par Hercule et par la France, sous la fière apparence d'une femme casquée. De l'autre, se dresse la même figure, devant laquelle s'incline une autre femme, l'Espagne, avec le lion à ses pieds. Tel est le vase de la Guerre.

Celui de la Paix est de même forme et de même élévation ; le bas-relief seulement diffère. C'est une allégorie des traités d'Aix-la-Chapelle (1668) et de Nimègue (1678-79). Le jeune Louis XIV, couronné .d'olivier, est assis sur un trône; près de lui, se tient debout Hercule, le demi-dieu qui fut une de ses images olympiennes ; une Victoire suspend des trophées à un palmier. Un autre groupe est formé de Renommées portant des branches d'olivier. Les femmes aux longs corps gracieux s'enlacent, enroulées dans les plis de leur vêtement à l'antique ; l'une d'elles tient un caducée et indique ces mots inscrits sur une tablette : Pace in leges sims confecta Neomagi, 1679. Ce vase est de Jean-Baptiste Tubi, sculpteur romain, devenu de bonne heure sujet du roi de France et l'un des meilleurs maîtres qu'il ait employés à son service.

Les bronzes maintenant déploient devant nous leur magnificence. Le long de la margelle des deux vastes bassins, la merveilleuse matière, patinée par le temps, étale ses œuvres de grâce et de majesté. Elles valent qu'on les examine à loisir, car elles forment, par leur réunion ingénieuse, le plus important ensemble de ce genre qui existe dans le monde. Ces deux bassins sont décorés chacun de quatre statues couchées, figures de fleuves et de rivières de France, de quatre groupes de nymphes et de quatre groupes d'enfants debout aux coins de la pièce d'eau.

Sauf ces derniers, chacun porte le nom de l'artiste qui l'a modelé et aussi la signature des fondeurs du Roi, les frères Keller, et la date de la fonte dans les ateliers de l'Arsenal de Paris.

La plus ancienne date de 1687, la plus récente de 1690.

Par ces indications, l'étude de ce grand ouvrage est singulièrement simplifiée. Au reste, dès le premier regard, on se rend compte que les sculpteurs qui créèrent les modèles de cire subordonnèrent exacte- ment leur travail à la conception de l'ensemble. Nous savons, en effet, que l'invention et la disposition des figures du parc appartenaient de droit à un ordonnateur général, le Premier Peintre du Roi, Charles Le Brun.

Les croquis destinés aux sculpteurs étaient de sa main ; il les soumettait au Roi, et les remettait, avec son approbation, aux artistes chargés d'exécuter, après une maquette préalable, le modèle définitif. On a conservé un certain nombre de ces dessins, au crayon et au lavis, et l'illustration de ce livre présente quelques-uns de ces intéressants documents.

Nous n'avons retrouvé aucun des croquis originaux qui servirent à composer la décoration du Parterre d'Eau; mais il est certain que, sur ce point comme sur tous les autres, le Premier Peintre donna ses projets.

Non seulement il désigna les sujets et imposa les attitudes des figures, mais encore il évita aux artistes toute hésitation dans le choix des accessoires et des symboles. De cette façon fut assurée l'unité - d'exécution de la magnifique assemblée de bronze qu'on rêvait et qui devait être consacrée aux fleuves et rivières du royaume.

Ainsi guidé et comme maîtrisé, il semblerait que chaque sculpteur ne dût réaliser qu'une œuvre impersonnelle concourant simplement à l'harmonie générale; mais il n'en est rien. Tout en obéissant à une loi rigoureuse, chacun reste lui-même en ses manifestations d'artiste ; et tout d'abord Coyzevox dans sa puissance et Tubi dans sa souplesse sont hors de pair ; on sait distinguer en leurs œuvres l'élégant Magnier de l'expressif Le Gros, et c'est à peine si l'on est tenté de confondre entre elles celles des maîtres secondaires, tels que Le Hongre, Raon et Regnaudin.

C'est Thomas Regnaudin, le sculpteur de Moulins, que nous rencontrons d'abord, au pied du vase de la Paix, avec ses deux figures couchées de la Loire et du Loiret. Le fleuve de la Loire est représenté par un vieillard robuste et souriant, couronné de fleurs de roseaux et tenant une corne d'abondance, qui dit la richesse du pays arrosé. Une écrevisse et de beaux légumes de France, melon, concombre, asperges, sont épars sur le sol. La double source qui jaillit d'un rocher, symbolise apparemment les deux cours égaux de la Loire et de l'Allier.

Le corps du Fleuve est nu et majestueux dans sa raideur; sa longue barbe bouclée caresse sa poitrine; ses jambes sont croisées ; le regard semble chercher au loin, alors que, près de lui, un petit génie soufflant dans un coquillage montre ses ailes impatientes.

Sur le même plan, la rivière du Loiret a la même beauté puissante, un peu lourde, mais non sans noblesse. Cette femme, au profil si grave, a des fleurs dans ses cheveux tressés; la draperie qui l'enveloppe laisse à nu sa généreuse poitrine et ses jambes allongées ; elle s'appuie sur une urne renversée d'où l'eau s'écoule, pendant qu'un Amour lui présente une corne chargée de fruits. L'urne est énorme, pour rappeler les fameuses « Sources », dont la seconde, le « Bouillon », jaillit en 1672. Un serpent, une grenouille, des pommes de pin ont été modelés dans la cire avec le soin réaliste d'un Bernard Palissy.

Derrière les grands bronzes, et après la courbe de chaque angle du bassin, se dressent trois bambins enlacés, potelés et vivants, les mains pleines de fleurs, d'oiseaux, de coquillages ou de miroirs. Un coup d'œil suffit à nous assurer que toute cette grâce enfantine est bien celle du XVIIe siècle, et n'a rien de la joliesse maniérée qu'offriront les mêmes jeux d'amours au XVIIIe. Nous passons aussi devant les deux Nymphes couchées, qu'accompagne un Amour, pour rejoindre à l'autre extrémité du bassin les magnifiques figures de Tubi, le Rhône et la Saône.

Le fleuve est un dieu des eaux, au visage sévère sous sa couronne de feuillage; son corps, de vigueur nerveuse, a pris une pose abandonnée; ses jambes se croisent; il s'appuie d'une main sur le rocher, d'où la source jaillit ; dans l'autre main est un aviron soulevé par un petit Triton souriant qui semble questionner le vieillard. Le bronze verdi a, sous la lumière, une chaleur admirable.

La Saône, au corps élégant, aux formes amples, au mouvement aisé, est couchée sur le côté droit. Des grappes de raisins lui font une ceinture; elle repose sur des épis et des pampres épars; son sein rond se penche sur une urne d'où l'eau s'écoule. La déesse, couronnée de fleurs et de pampres, sourit au Rhône, qui la regarde. Le petit Amour qui lui fait compagnie s'amuse à presser des raisins. C'est une claire et charmante personnification de l'heureuse Bourgogne aux vins renommés.

 

JEUX D’ENFANTS, par C. VAN CLEVE. Groupe de bronze, en Parterre d’Eau, fondé en 1690.

NYMPHE ET AMOUR, par RAON. Groupe de bronze, au Parterre d’Eau, fondu par les frères Keller en 1668.

NYMPHE ET AMOUR, par LE GROS Groupe de bronze, au Parterre d’Eau, fondu par les frères Relier en 1688.

LE FLEUVE LA LOIRE,par REGNAUDIN. Groupe de bronze, au Parterre d'Eau, fondu par les frères Keller en 1689.

LE FLEUVE LA GARONNE, par COYZEVOX (l686) Groupe de bronze, au Parterre d'Eau, fondu par les frères Keller en 1688.

LA RIVIÈRE LA DORDOGNE, par COYZEVOX Groupe de bronze, au Parterre d'Eau, fondu par les frères Keller en 1688.

ANTOINE COYZEVOX, SCULPTEUR DU ROI (1640-1720) Peinture de Gilles Allou.

JEUX D’ENFANTS. Groupe de bronze, au Parterre d'Eau, fondu en 1690.

NYMPHE ET AMOUR, par LE GROS. Groupe de bronze, au Parterre d’Eau, fondu par les frères Keller en 1688.

LA RIVIÈRE LE LOIRET, par REGNAUDIN Groupe de bronze, ait Parterre d'Eau, fondu par les frères Seller en 1689

LA RIVIÈRE LA SAÔNE, par J.-B. TUBI Groupe de bronze, au Parterre d'Eau, fondu par les frères Keller (sans date).

 

 

LES JARDINS DE VERSAILLES. PIERRE DE NOLHAC.
LES JARDINS DE VERSAILLES. PIERRE DE NOLHAC.
LES JARDINS DE VERSAILLES. PIERRE DE NOLHAC.
LES JARDINS DE VERSAILLES. PIERRE DE NOLHAC.
LES JARDINS DE VERSAILLES. PIERRE DE NOLHAC.
LES JARDINS DE VERSAILLES. PIERRE DE NOLHAC.
LES JARDINS DE VERSAILLES. PIERRE DE NOLHAC.
LES JARDINS DE VERSAILLES. PIERRE DE NOLHAC.
LES JARDINS DE VERSAILLES. PIERRE DE NOLHAC.
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